La dégradation des espaces peut affecter profondément notre bien-être et provoquer un sentiment appelé solastalgie : la détresse ressentie lorsque les lieux où l’on vit se transforment. Des enquêtes menées aux États-Unis et en Suède montrent comment la solastalgie modifie notre relation aux paysages.

Pour avec Emma WOLTON, chercheuse interdisciplinaire en géographie et philosophie

Qu’est-ce que la solastalgie ?

La solastalgie, terme développé par G. Albrecht en 2005, signifie de ne plus reconnaître l’espace dans lequel on a vécu,  : c’est le mal du pays alors que l’on vit toujours dans son environnement habituel. Il exprime cela dans Les émotions de la Terre et le terme a été inventé au moment de l’ouverture d’une mine à ciel ouvert à Ravensworth, dans la Hunter Valley. Cette ouverture de mine provoque des symptômes physiques chez les habitants, comme des problèmes respiratoires, mais aussi des problèmes moraux. « La nostalgie, c’est le pays que l’on quitte ; la solastalgie, c’est le pays qui vous quitte » (Alice Desbiolles). L’environnement est alors devenu méconnaissable.

Terrains d’enquête

Emma Wolton a deux terrains d’étude, l’un en Arizona et l’autre en Laponie. Deux espaces avec des paysages remarquables dans lesquels vivent des autochtones. D’un côté, la nation Tohono O’odham, en Arizona, par ailleurs l’État qui en compte le plus aux États-Unis. D’un autre côté, les Samis, seule population autochtone reconnue en Europe. Dans les deux situations, il y a une ouverture de mines : la Mission mine, à quelques kilomètres de Tucson, et la mine de Kiruna, à l’extrême nord de la Suède – plus grande mine de fer souterraine au monde. Un article paru dans The Conversation en juin 2025 expliquait cette dernière situation.

Son travail s’appuie sur l’observation, les entretiens (mais elle n’a pas eu l’habilitation pour mener des entretiens avec les Samis), les photographies et l’analyse documentaire.

Comment se manifeste la solastalgie ?

La solastalgie est une expérience sensible d’espaces en cours de transformation. Il y a des impacts visuels, dont l’importance va être encore plus grande prochainement. L’association « Save the Scenic Santa Ritas » s’oppose de ce fait au projet). Les montagnes vont être arrasées pour permettre le creusement de la mine. Des saignées dans les forêts vont être faites pour amener l’électricité. Des impacts sonores sont perceptibles dans des endroits calmes, surtout si la faible végétation ne permet pas de bloquer le son des mines et des camions. Plus fort encore, le son des explosions pour mettre en place la mine. En conséquence un lieu familier devient étranger : cela a une dimension individuelle et collective.

Les émotions environnementales

L’éco-anxiété est une expérience d’ordre temporel : on craint une menace dans l’avenir. La solastalgie est une expérience de transition, car on doit changer ses pratiques (modification des itinéraires, des loisirs). Pour Emma Wolton, c’est une émotion géographique, car elle est ancrée dans un lieu. Le deuil écologique est une perte effective d’un lieu, d’une espèce végétale ou animale, ou d’une pratique.

 

Conclusion

À la fin de la présentation, des auditeurs racontent leurs expériences d’incendies, de sécheresses (les herbes brunissent plus vite et plus fortement l’été), d’éco-anxiété, d’espaces pratiqués par les randonnées à moto…

Une question sur l’odorat qui change, avec l’exemple des algues vertes en Bretagne.

Une question posée sur les émotions engendrées par la solastalgie — réponse : la solastalgie est une émotion motrice qui amène à des mobilisations d’opposition. Cette solastalgie peut se manifester de manières multiples et dépend aussi de l’attachement que l’on a au lieu.

À partir d’une question sur l’histoire du cas de Serre-Ponçon, Emma Wolton raconte son parcours : alors qu’elle travaillait depuis des années sur la solastalgie, elle réalise qu’elle vivait à côté de ce lac qui était une vraie expérience de solastalgie pour les générations d’avant.

On peut évoquer la concaténation de trois saisons dans un paysage (Baptiste Morizot), quand l’été voit des arbres verts et des arbres qui perdent leurs feuilles à cause de la sécheresse (article paru dans Critique : « Ce mal du pays sans exil. Les affects du mauvais temps qui vient »).