6. L’enseignement de l’Histoire-Géographie dans le secondaire

Pourquoi l’histoire-géographie est-elle indispensable dans le cursus du secondaire ?

L’histoire-géographie a un rôle important à jouer dans la structuration des esprits : temporel, spatial, critique. Elle se situe à la charnière des connaissances et des compétences, que l’on oppose souvent alors qu’elles sont complémentaires. Les premières ne peuvent s’acquérir sans les secondes, les secondes tiennent leur utilité des premières.
Transmettre seulement des compétences aurait comme effet de fabriquer des automates interchangeables, dispenser excessivement des connaissances remettrait en cause une des missions fondamentales de l’école : favoriser une insertion sociale et professionnelle satisfaisante à chaque génération d’élèves.

Un manque de cohérence entre les exigences officielles et la réalité du terrain

Au collège comme au lycée, le volume horaire consacré à l’histoire-géographie n’a cessé de se réduire alors que les programmes demeurent chargés. Le socle commun de connaissances et de compétences, s’il doit permettre à chaque élève d’acquérir un bagage minimum, est souvent un camouflet, les items étant validés d’office par les chefs d’établissement qui ne veulent pas empêcher certains de leurs élèves d’obtenir le brevet des collèges et ainsi influer sur les résultats de l’établissement. Il en est de même pour le palier 2 du socle validé en fin du CM2. Les items ne sont pas en lien avec les notions du programme et sont très généraux. Il n’y a pas ou peu de lien entre le primaire et le secondaire. On peut espérer que la mise en place du conseil école-collège améliorera cela, surtout pour le passage en 6ème, qui est un moment sensible dans la scolarité d’un enfant.

Cafouillages et désorganisation autour de la refonte des programmes de 3e

Les aménagements dont a bénéficié le programme d’histoire-géographie de 3ème, estimés à une réduction de 25%, s’avèrent un bricolage dont la cohérence est incomplète, particulièrement chronologiquement, et trop lourde à mettre en œuvre. La refonte tardive – arrêté paru en octobre 2013, pour une mise en œuvre dès la rentrée scolaire de la même année – a nécessité un important investissement des collègues, pour répondre aux nouvelles exigences. Ceux qui n’avaient pas été informés d’un allégement probable ont travaillé avec leurs élèves des leçons aujourd’hui supprimées du programme.

L’étrange nouveau DNB : quels objectifs pour quels résultats ?

La mise en place du nouveau brevet, qui valorise fortement les connaissances sur les compétences, met moins en valeur l’esprit critique que l’accumulation de savoirs encyclopédiques, et changent les méthodes de rendus de ceux-ci, sans que les élèves aient pu y être préparé depuis le début du collège. Ce nouveau format a comme effet de creuser encore davantage les écarts entre les bons élèves et les autres, même observation entre les différents types d’établissements.

Problèmes du programme des 3e PrépaPro.

Le programme HGEC des 3e PrépaPro se plaque sur celui du Collège, dans l’éventualité qu’un jeune puisse rejoindre la voie générale. Idée honorable mais qui ne concerne souvent qu’une minorité de jeunes. Le grand défi de cette classe est de trouver rapidement une orientation en Professionnel. Les élèves doivent en effet se spécialiser dès la Seconde Pro. La place de l’Histoire Géographie pourrait davantage les aider dans leur choix. Mais pour ce faire, il faudrait penser un contenu spécifique à cette section : les séances pourraient cibler les enjeux économiques de leur région, les particularités locales proches du vécu des élèves et de leur famille. La difficulté est que, beaucoup d’élèves ayant échoué au DNB, ils le repassent en candidats libres l’année suivante. Dans la continuité scolaire, cela les prépare également aux épreuves de Certification en Première Pro et de Baccalauréat en Terminale Pro. Il faudrait donc trouver un moyen d’adapter les programmes à la fois à la nécessité de l’orientation et à un passage du DNB. Finalement, la question renvoie au problème du nouveau DNB, recentré sur le contenu et moins sur les compétences.

Des programmes trop lourds par rapport au poids horaire de l’histoire-géo au lycée

Le poids de l’Histoire-Géographe n’a cessé de se réduire, sous l’effet de la suppression des modules et de la mise en place de l’AP (aide personnalisée, non dédoublée contrairement aux modules) qui n’est pas assurée uniquement par les enseignants d’Histoire-géographie mais aussi par d’autres enseignants de la classe.
Les enseignements d’exploration dont le bilan n’a pas été tiré ont aggravé la situation.

Aussi, la réalisation des programmes mis en œuvre à partir de 2008 est de plus en plus difficile. Les transformations successives des cursus bouleversent la préparation aux examens. L’épreuve anticipée d’histoire-géographie en 1ère S a bouleversé la préparation des élèves à des épreuves exigeantes, malgré des allégements opérés au cours de la seconde année de mise en œuvre. Les enseignants se félicitent du retour de l’Histoire-géographie en terminale S, même s’ils déplorent que celui-ci ne s’accompagne pas d’un retour à l’horaire précédant la réforme. Cela fait partie de nos engagements, même si ce n’est pas du ressort du CSP.

Limites des nouveaux programmes, défaut des examens terminaux

les programmes choisis en TS, qui reprennent une grande partie des programmes de TLES, illustrent tous les défauts de la conception des programmes en France :

  • accumulation de connaissances,
  • cohérence discutable,
  • lourdeur excessive par rapport à des horaires réduits,

tout cela pour une épreuve qui consiste en partie en une récitation du cours (non problématisée) ou d’un croquis appris par cœur (la fiche eduscol de la nouvelle épreuve d’HG en TS n’est pas loin de donner la liste des sujets qui peuvent tomber…).

Les épreuves d’HG au Bac, pour au moins l’épreuve majeure et le croquis, s’apparentent de plus en plus à une récitation/ restitution qui évacue toute dimension réflexive et critique de l’élève. Ce qui n’incite d’ailleurs pas à la pratiquer en classe quand les programmes sont trop lourds.
Seule l’épreuve du document avec consigne peut encore intégrer ces dimensions fondamentales dans nos matières.

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À propos de l'auteur

Bruno MODICA

Agrégé d'histoire, Chargé du cours d'histoire des relations internationales Prépa École militaire interarmes (EMIA) Chargé du cours de relations internationales à la section préparatoire de l'ENA. (2001-2006) Enseignant à l'école supérieure de journalisme de Lille entre 1984 et 1993. Rédacteur/correcteur au CNED de Lille de 2003 à 2016. Concepteur de la maquette et du cours d'histoire des relations internationales EMIA Correcteur de la prépa. Sciences-po Paris. Master 1. Rédacteur CAPES …

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