Florence Pinot de Villechenon, professeur-chercheur à l’ESCP Europe et membre fondateur du comité “Expo-France2025”

http://www.expofrance2025.com/lequipe.html

nous propose pour introduire sa conférence une vidéo sur la candidature de la France pour 2025 en préalable. Reprenons-en les points principaux :

Que recouvre l’expression “expo universelle” ?
On pourra d’abord dire que les expos universelles laissent des traces durables dans les villes sans être durables. Pas de patrimonialisation pérenne, même si des exemples fameux ont pu faire figure d’exceptions, la Tour Eiffel de l’expo de 1889, l’Atomium de Bruxelles, 1958, mais l’exposition des talents dans une 2e moitié de ce XIXe siècle bouillonnant d’inventions et de foi au progrès technique.

Quelles critères retenir pour en définir le contenu et les intentions ?

1- “Les olympiades du progrès” (nouveautés, course aux records, les récompenses) : on retrouve là l’esprit du XIXe d’innovation tous azimuts : le classement des crus de Bordeaux furent par exemple créés à l’initiative de Napoléon III pour l’expo de 1855 à Paris.
2- La mission pédagogique qui va avec les innovations (j’instruis le visiteur qui va à l’école et qui ira voter).
3- L’accentuation de la dimension festive avec l’avénement de l’électricité : le pavillon argentin illumine Paris en 1889.
4- L’expo comme cité éphémère par définition sinon c’est un musée, même si, on l’a vu des exceptions célèbres demeurent…
5- L’expo comme vitrine nationale, et qui invite les autres nations à partager sa gloire.
6- Les “joutes de la paix” signifient l’organisation de compétitions pacifiques.

De Londres à Milan, une chronologie de 164 ans :

Marqués jusqu’en 1931, date de l’installation du BIE (Bureau International des Expositions) par le “match” franco-britannique, auquel se mêlent les Etats-Unis et la Belgique, celui-ci propose un cadre réglementaire privilégiant les Etats, mais cette vision portée par la France est refusée par les EU qui préfèrent une démarche privée mettant en avant une ville et ses entrepreneurs. Le BIE distingue les expos universelles de celles dites “reconnues” par lui mais ne satisfaisant pas au protocole de 1931 et alors qualifiées d’internationales. L’expo de 37 celle du face à face au Trocadéro des pavillons allemands et soviétiques est une “internationale”, non une universelle. De même que celle de Grenoble en 1925 dont il subsiste la tour Mistral, oeuvre d’Augustin Perret.
Après la 2nde Guerre Mondiale, l’expo universelle s’ouvre au monde : Montréal pour le Canada francophone en 1967 ; Osaka, en 1970, consacre le retour du Japon sur la scène internationale après les Jeux Olympiques de Tokyo de 68 ; Séville en 92, fête le cincentenaire de l’arrivée de Christophe Colomb en même temps que les JO de Barcelone ; Hanovre, elle choisit de célébrer très discrètement la nouvelle Allemagne réunifiée ; si Shanghai-2010 est le symbole de l’émergence triomphale de la Chine sur la scène mondiale après Pékin 2008, elle ouvre aussi l’ère des expos thématiques modernes (“la ville durable”) avec Milan-2015 (“Nourrir la planète, énergie pour la vie”). La prochaine, celle de Dubaï aura lieu en 2020 avec le thème “Connecter les esprits, construire le futur”.

Musée vs Futuropolis ?

Les expos universelles montrent un visage à la Janus : à la fois témoin de son temps et volonté d’anticiper. Paris 1900, ce sont le Grand et le Petit Palais mais aussi des équipements structurants comme le pont Alexandre III, la gare d’Orsay, les bateaux mouche, le métro, pensés pour le confort et le transport dess visiteurs des expos.

Quelle continuité pour l’influence française ?

La 2e moitié du XIXe est le lieu de la compétition franco-britannique et de la plus forte influence française : l’expo de 1889, année du centenaire de la Révolution française, est boudée par les monarchies européennes mais soutenues par les républiques sud-américaines.
La création et l’établissement du BIE ont lieu à Paris durant l’entre-deux-guerre ; avec la fin du XXe siècle et l’arrivée de nombreux nouveaux pays dans le BIE, l’influence françaises se dilue.
Selon la typologie de Joseph Nye “Soft power / hard power” (1990), complétée par la notion de smart power (Ernest Wilson, 2008) mobilisée par Hillary Clinton comme secrétaire d’Etat, le MAEDI (Ministère des Affaires Etrangères et du Développement industriel) doit combiner la gestion à l’intérieur (plutôt consensuelle) et extérieure (plus compliquée, et qui passe par une diplomatie active) et se comporter comme une plateforme de communication qui s’adresse aux pays qui viennent. Déjà on travaille plutôt sur les valeurs : droits de l’Homme, liberté et architecture se mêlent à l’expo de Séville avec un pavillon français présente le plus grand toit ouvert jamais construit à l’époque.

Faire face à des batailles d’influence (comparables à celles des JO et des Coupes du Monde de football) :

Au BIE, chaque pays a une voix ! En 2007, 42 pays l’ont rejoint qui passe de 98 à 140 pays, soit l’arrivée d’une quinzaine de pays d’Asie et d’une vingtaine d’Afrique. Le rapport de force se déplace hors d’Europe ; mais les pays candidats faisant campagne dans leur région d’influence, le vote étant secret, la France reste donc en lice sans adversaire déclaré (Toronto, Osaka, Manchester, Bakou ?) jusqu’au mois de mai, et s’est mobilisée très tôt avec le député-maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin, le parlement, les entreprises – les fonds sont issus exclusivement du privé – le président de la République ; enfin le soutien d’un groupe intérêt public (GIP) pour la gestion du projet et un concours étudiant visant à trouver les meilleurs ambassadeurs dans la jeunesse.

-> Les expos universelles ont une dimension culturelle et de grand projet type JO et coupe du monde.

Questions du public :

Q1- Quelles faces sombres ?

– La corruption, le vote secret n’empêchant pas le lobbying…
– L’impact environnemental : à l’instar de la nouvelle charte des JO, la France fait le pari d’une expo polycentrique en région parisienne ?
– Le coût économique : projet de 3MM (les JO à Paris seraient de 6MM) avec retombées de 23 MM (les JO 11MM).

Q2- Quid des pays périphériques ?
L’Afrique a toutes ses chances…

Q3- Paris 2024 le meilleur ennemi de Paris 2025 ?

Pas de cannibalisme : ce ne sont pas les mêmes messages ni les mêmes votes. Le projet à l’interne est consensuel, mais quid de l’Extérieur ? Sera-t-il sensible à la continuité ou au grand chelem des candidatures françaises ?
Les infrastructures 2024 serviront pour 2025.