a) Pourquoi étudier la métallurgie du fer ?

Les scories, à la fois imputrescibles et difficiles à recycler, nous renseignent sur les techniques et les technologies employées : on peut déterminer à la fois la chaîne opératoire (réduction ou forge) et les conditions de production (origine du minerai, conditions physiques, etc.).  Le volume des scories permet même par déduction de mesurer la production de fer. Reste ensuite à savoir pourquoi une société produit du fer.

b) Pourquoi l’Afrique ?

Parce qu’on sait très peu de choses. L’Afrique, c’est plus de 10 fois l’Europe. Avec un tel potentiel ethnologique, comment résister ? Il existe une fantastique diversité de techniques de réduction (taille des hauts fourneaux, activation avec soufflet ou non, fourneaux en terre ou en pierre, minerais riche ou pauvre, etc.). Par ailleurs, l’archéologie du fer est étonnamment riche dans le continent. Regardez la grosse colline de scories au pays Dogon (Mali) ou encore remarquez l’état de conservation du fourneau Tiwega au Burkina Faso du XVe siècle pour vous en convaincre. Il y a tellement à faire et les chercheurs africains ne sont pas assez nombreux.

L’Afrique est une masse continentale compacte, avec peu de côtes maritimes et peu de fleuves, difficilement navigables (Nil, Niger, Congo, Zambèze), sans compter les déserts. Seule la partie Nord est en contact avec l’Europe et le Moyen Orient. Il n’y a pas de véritable âge du Bronze ou d’âge du Cuivre mais par contre, il y a eu un âge du Fer, par le biais des Hittites. Avec l’empire romain, ce contact descend mais pas au-dessous du Sahara, sauf près de la mer Rouge.

Le contact avec le monde islamique vers 750-1500 permet de développer les sociétés étatiques dans la zone sahélienne (roi du Mali Mansa Moussa vers 1375). Après 1500, le monde islamique progresse et la traite atlantique se développe.

Les premiers visiteurs en Afrique sont frappés par la place du fer. Au début du XXe siècle, on a émis l’hypothèse que le fer avait été découvert en Anatolie puis diffusé en Afrique par les Égyptiens (hypothèse diffusionniste). La découverte de Méroé au Soudan sur la route du chemin de fer du Cap au Caire confirme le site comme voie de pénétration du fer dans le continent. Or, dans les années 1970, les premières datations carbone 14 montrent une origine …sur 1000 avant JC. Se serait-on trompé ? Les Africains n’auraient-ils pas inventé le fer (hypothèse autochtone). Depuis, ces datations ont été contestées, tandis que d’autres confirment la présence de fer entre 800 et 400. Une autre interrogation concerne l’hypothèse diffusionniste. Comment expliquer le manque d’intermédiaires entre l’Est et l’Ouest ? Il y a trop peu de traces de fer en Égypte pour justifier une diffusion de ce côté-là.

c) La question de la production de masse.

Malgré la masse de scories sur le terrain, les petits sites sont tellement difficiles à trouver que l’on peut se demander s’il n’y a pas production de masse dans de grands sites de production.  Quand les Européens sont arrivés en Afrique, la métallurgie du fer est omniprésente au sud du Sahara. À certains endroits, on découvre même des sites exceptionnels. Au pays Dogon, sur une recherche menée en 2000-2010 (thèse de Robion-Brunner), 100 sites de réduction avec environ 500.000 tonnes de scories, ont été repérés. Certains étaient même encore actifs au début du XXe siècle. Dans la zone de Fiko, il y a une quinzaine de sites de réduction. Les fourneaux sont souvent installés par paire. La disposition vise à intensifier la production et le volume considérable de scories y est considérable : 250.000 tonnes ! Cela donne a priori 40.000 tonnes de fer. La révolution de l’âge de Fer est là.

d) Pourquoi fabriquer du fer ?

Le fer est pratique pour produire des armes et des outils. Pour les Dogons, on ne trouve pratiquement aucune autre utilisation, hormis quelques instruments de musique, objets de prestige ou clous. C’est probablement la même chose ailleurs.

La question est de savoir si le fer sert aux outils agricoles. L’agriculture est une occupation saisonnière. Chaque année, il y a un temps pour exécuter chaque tâche. La préparation du sol est déterminante avant les pluies. Plus la surface travaillée est grande, plus la récolte sera abondante. Dans une société avec 95 % d’agriculteurs, l’augmentation de la productivité passe par l’outillage, qui passe de la pierre au fer.

Quelques outils existent : outils pour la moisson (la faucille en fer est légèrement meilleure que la faucille en bronze), outils pour la préparation du sol ou aratoires (pas d’outils en bronze mais des outils en pierre ou en bronze avant, tractés ou à main, la houe et la bêche). Ces outils permettent le renouvellement de la fertilité. Dans les systèmes naturels, la matière morte organique repose sur place; dans les systèmes agricoles, la matière est déplacée.

Le renouvellement de la fertilité par la biomasse (brulis) est temporaire. L’agriculture en zone inondable est bien connue (limon égyptien). Il y a encore l’agriculture par labours : introduction des nutriments dans le sol. Le fer est moins cher que le bronze et moins cassant. Le sol est constitué de 45 % de minéraux/argile avec quartz très dur et abrasif (5 % humus, 25 % air, 25 % eau). L’outil s’use vite, entre 2 et 5 ans. Il faut donc beaucoup de fer pour assurer ce renouvellement.

La production massive de fer change la structure des sociétés avec l’apparition de structure étatique. La révolution de l’âge du fer passe par la création d’un système autosuffisant de production du fer.

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