L’exposition « Forêts natales », Arts d’Afrique équatoriale atlantique
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Du 3 octobre 2017 au 21 janvier 2018

L’exposition « Forêts natales », Arts d’Afrique équatoriale atlantique

Musée du quai Branly, Paris 7ème

Christine Valdois
mardi 14 novembre 2017

« L’Afrique équatoriale atlantique a donné aux arts africains quelques-uns de ses plus exceptionnels chefs-d’œuvre. De la puissance plastique des Fang à l’élégance naturaliste des Punu, panorama des principaux styles artistiques de cette vaste région.
Au cœur de l’Afrique équatoriale atlantique, l’aire culturelle embrassant la République gabonaise, la République de Guinée équatoriale, le Sud du Cameroun et l’Ouest de la République du Congo, est une région de grande tradition sculpturale.
Le génie plastique des artistes Fang, Kota, Tsogo ou Punu s’est notamment illustré dans une sculpture religieuse liée au culte des ancêtres et aux masques d’esprit. Des arts majeurs qui, dès leur découverte au début du XXe siècle par des artistes comme Picasso, Derain ou Braque, ont été déterminants dans la constitution du regard moderne en Occident. » (Revue en ligne africa vivre)

Légende des photos sur l’exposition « Forêts natales », Arts d’Afrique équatoriale atlantique

« Forêts natales », un vers tiré du poème les Fenêtres de Guillaume Apollinaire, qui dès 1906, donne une place importante aux chefs-d’œuvre exotiques placés au même niveau artistique que la statuaire occidentale. Ce titre fait aussi référence à la grande forêt dense équatoriale d’Afrique centrale, irriguée par des réseaux fluviaux formant un contexte géographique unique, une aire culturelle du sud du Cameroun, de la Guinée équatoriale, de la République du Gabon jusqu’à l’ouest du Congo. Les groupes semi-nomades occupent cette zone au gré des migrations bantoues (une cinquantaine de tribus de langues différentes) qui s’opèrent à partir du Ier siècle de notre ère, en repoussant les Pygmées, les chasseurs-cueilleurs de la forêt, jusqu’au XVIIème siècle.

L’exposition présente 325 objets, du XVIIe au XXe siècle, issus des collections françaises du musée Dapper et du musée du quai Branly-Jacques Chirac complétées par celles du MOMA de New-York et du musée suisse Barbier-Mueller. Le parcours souligne les grands ensembles stylistiques en quatre sections : le nord, l’est, le centre et le sud de l’Afrique équatoriale atlantique. Il offre un panorama artistique à la manière d’une histoire de l’art classique.

Les particularités de chaque peuple et les similitudes dans la conception de l’univers génèrent des correspondances, des influences, des mutations dans les formes artistiques des objets utilisés dans le cadre de rituels précis. Le commissaire Yves Le Fur a choisi de s’intéresser aux masques, aux statuettes et à la représentation de la personne. Les sculptures relient les vivants au monde des ancêtres et les masques expriment les nombreux aspects des entités spirituelles intervenant dans le fonctionnement des sociétés.

Section 1 : le Nord, les Fang, statues reliquaires et masques

La vie spirituelle régit les manières de vivre et de penser. Les traditions orales rapportent l’existence d’un héros fondateur et de divinités créatrices qui assurent le passage d’une rivière sur le dos d’un serpent et l’entrée dans la forêt guidée par les Pygmées par le trou d’un arbre géant. Les ancêtres de la famille influencent les vivants. Ils apportent la chance, le succès à la chasse, la fécondité des femmes… Les reliques des anciens sont conservées (seulement certains os) dans des paniers reliquaires, des boites d’écorce cousues, surveillés par des gardiens sculptés au pouvoir magique mêlant les traits des ancêtres et ceux de nouveau-nés proches du monde de l’au-delà. Certaines têtes ont des coiffures raffinées et tressées avec un front bombé, une face creuse et des yeux en grain de café ou plaqués de laiton. Des reliquaires ont des patines suintantes dues à l’application de certaines huiles qui donnent l’impression que la statue est encore vivante.

Section 1 : le Nord, les Kwele, peuple croyant aux esprits de la forêt.

Ils sculptent uniquement des masques anthropozoomorphes (antilopes, gorilles) liés à la société initiatique masculine. Les rites mobilisent les forces des ancêtres pour régler des situations de crise ou favoriser la chasse. Les esprits entrent dans le corps du porteur de masque pour communiquer avec les vivants.

Section 2 : l’est de l’Afrique équatoriale, les Kota et les Mbede.

Les masques emboli Kota, utilisés au moment des initiations évoquent les animaux mâles de la forêt. Les conventions plastiques privilégient une composition géométrique où le sujet est représenté par une architecture de plans dont les éléments morphiques sont exacerbés. La géométrisation et la variété des reliquaires Kota invitent à la comparaison et à la classification des styles. Se succèdent dans une salle vitrine un des plus grands ensembles jamais réunis, 150 reliquaires Kota ornés de cuivre, d’une variété inouïe alliant le travail du métal (importé à partir des comptoirs portugais) et du bois. Tous étaient reliés à des boites où sont conservés les os des ancêtres les plus prestigieux à des fins cérémonielles. Les plus anciens ont été collectés par des membres de la mission de l’explorateur Savorgnan de Brazza. Les peuples sauvent davantage les ossements plus précieux que les sculptures qu’ils peuvent reproduire. Le fait d’avoir conservé certaines pièces montrent que des artistes étaient plus cotés que d’autres et qu’ils devaient passer d’un groupe à un autre.

Les Mbede, lointains parents des Kota, produisent des formes plastiques variées. Des milliers de figures reliquaires à panier côtoient des statues qui comprennent des cavités dans l’épaisseur du tronc pour garder des ingrédients magiques. Elles vont parfois par paire reconstituant le couple des jumeaux primordiaux.

Section 3 : le centre de l’Afrique équatoriale

Les Galwa, installés sur les rives de l’Ogwé, fabriquent des masques ovales et polychromes qui garnissent un costume couvrant totalement le corps et qui s’animent lors de l’Okukwe, une danse en l’honneur de l’esprit d’un ancêtre vénéré. Ils apparaissent lors de moments importants de la vie du village, souvent la nuit pour susciter la peur chez les femmes et les enfants.

Chez les Tsogo, peuple vivant au sud du fleuve, les sociétés masculines instituent des rites d’initiation pour les jeunes dès l’âge de neuf-douze ans. Le passage vers le monde adulte consiste à absorber des décoctions de plantes hallucinogènes pour connaître les secrets des ancêtres dont les effigies surmontent les boites à ossements. Les statues sont sorties lors des rites agraires ou funéraires. La maison des hommes, siège des initiations, est aussi un lieu cosmique où les hommes communiquent avec les ancêtres et où les objets sont conservés. Cette demeure rectangulaire est couverte de dessins géométriques. Portes et piliers sont ornés de sculptures.

Section 4 : les masques Punu

Les Punu peuplent une vaste étendue de forêt et de savane au Gabon et au sud-ouest du Congo. Les membres des clans se revendiquent comme les descendants d’un seul ancêtre commun féminin. Ils sculptent des masques de femme, portés lors d’événements sportifs exceptionnels comme le mukudj, qui donne lieu à des prouesses physiques impressionnantes avec des échasses de trois mètres de haut. Le danseur, habillé d’un costume de fibres végétales tient dans sa main un chasse mouche menaçant symbole d’autorité.

Le masque blanc couvert de kaolin montre le visage idéalisé et scarifié d’une jeune fille morte qui porte une magnifique coiffure étagée avec des postiches. Elle dort et elle matérialise les liens entre les esprits et les vivants. Le masque noir effraie par sa puissance maléfique.

Cette exposition conçue par et pour des spécialistes enchante tous les amoureux des arts africains. Elle peut inspirer des collègues qui voudraient relier la pratique des reliquaires au Moyen-Age à celle des peuples d’Afrique centrale. En géographie, la forêt et ses tribus, sont des enjeux majeurs du développement durable et pourraient être travaillés avec les sciences et les arts plastiques.

Il faut noter que le musée du quai Branly-Jacques Chirac laisse sur son site les dossiers pédagogiques des expositions passées très utiles. « L’Afrique des routes » offre un parcours d’une extrême richesse. A partir des divers documents présentés, les liens avec nos programmes sont multiples : l’esclavage, les traites et leurs mémoires, les représentations des colons et des colonisés, la circulation des hommes et des produits, les représentations cartographiques du continent… Cette institution muséale reste inépuisable sur les civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques.

Du 3 octobre 2017 au 21 janvier 2018
Expo LES FORÊTS NATALES - Arts d’Afrique équatoriale atlantique
Musée du quai Branly, Paris 7ème

1-) Les principaux groupes culturels d’Afrique équatoriale atlantique

2-) Panorama des déplacements en Afrique équatoriale atlantique du XVIIIe siècle au XIXe siècle

3-) Panorama des grands styles des gardiens de reliquaire en Afrique équatoriales atlantique

4-) Panorama des grands styles : les masques

5-) Statue d’ancêtre gardien de reliquaire, Fang, Ngumba, sud du Cameroun, XIXe, début du XXe, bois, cuivre laiton

6-) Statue d’ancêtre gardien de reliquaire, Fang, Ntumu, Cameroun, XIXe, bois, laiton, patine suintante, MQB

7-) Tête d’ancêtre, gardien de reliquaire, Fang, région des estuaires du Cameroun, XVIIIe siècle, bois, fragments de miroir, patine suintante, musée d’ethnographie de Neuchâtel.

8-) et 9-) Masque heaume « Ngontang », Fang, Gabon, XIX e, bois, pigments dont Kaolin, laiton, MQB


10-) Masque Kwele, République du Congo, XIXe début XXe siècle, bois et pigments, musée d’histoire naturelle de la Rochelle

11-) Masque Kwele, République du Congo, XIXe début XXe siècle, bois et pigments, musée Barbier-Mueller, Genève.

12-) Masque Kwele, République gabonaise, XIXe début XXe siècle, bois et pigments, musée Barbier-Mueller, Genève

13-) Masque à 6 yeux dit le masque Lapicque, Kwele, république gabonaise, XIXe siècle, bois et pigments, MQB

14-) Schéma d’une statue reliquaire Kota, Shamaye

15-) Figure d’ancêtre, gardien reliquaire Kota , Shamaye, Gabon et Congo, XIXe début, XXe siècle, bois, cuivre et laiton, musée d’art et d’archéologie de Périgueux

16-) Schéma d’une statue Kota, Obamba

17-)et 18-) Figure d’ancêtre, gardien de reliquaire, Kota, Obamba, Gabon, XIXe début XXe siècle, bois, cuivre et laiton, musée Dapper de Paris


19-) Figure d’ancêtre, gardien de reliquaire, Kota, Ndasa, Gabon, XIXe début XXe siècle, bois, cuivre, laiton et fer, Musée d’Art moderne de la ville de Paris

20-) Schéma d’une statue Kota, Obamba

21-) Figure d’ancêtre, gardien de reliquaire, Kota, Gabon, XIXe début XXe siècle, bois, cuivre, fer et laiton, MQB

22-) Statue-reliquaire, Mbede, République du Congo, XIXe siècle, bois, peinture ou kaolin, perles de traite en verre, vertèbre de serpent, liens en fibres végétales, collection privée

23-) Arrière des statues reliquaires Mbede.

24-) et 25-) Masque Punu, République gabonaise, XIXe début XXe siècle, bois et pigments, MQB

26-) Exemple de statue-reliquaire Punu.

27-) et 28-) Masque Punu, République gabonaise, XIXe début XXe siècle, bois, pigments dont Kaolin, collection particulière

Par Christine Valdois

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