Gaston d’Orléans, prince rebelle et mécène
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20e édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Du 4 au 8 octobre 2017

Gaston d’Orléans, prince rebelle et mécène

Salle de conférences, Château royal de Blois, 07 octobre 2017, 18h30-20h00

Déborah Caquet
mardi 10 octobre 2017

Conférence de présentation de l’exposition qui se tient actuellement au château de Blois, consacrée à Gaston d’Orléans, frère cadet de Louis XIII et occupant du château. Autour de la table, se trouvent réunis les différentes personnalités qui ont rendu possible cet événement : Jean-Marie Constant et Pierre Gatulle, tous deux professeurs et spécialistes reconnus de la période, Cédric Michon, le responsable éditorial du catalogue, Elisabeth Latremolière, conservatrice en chef, Michelle Lenoir, directrice honoraire des Bibliothèques du Museum national d’histoire naturelle et Pascale Heurtel, directrice des bibliothèques du CNAM.

Cédric Michon : Le catalogue est à la fois un bel objet et un livre qui tire le bilan d’un sujet. Il ravira ceux qui aiment autant le fond que la forme. Gaston d’Orléans, dans l’imagerie laissée par Alexandre Dumas, est souvent réduit à son goût pour la chasse, sa superficialité, son tempérament ennuyeux. Ce portrait est-il historiquement exact ?

Jean-Marie Constant : Gaston d’Orléans traîne une réputation guère reluisante et pourtant, si l’on en croit les sources, cela ne devait pas correspondre avec la réalité. A Blois, il a par exemple fondé le collège jésuite, il a fait planter et distribuer des plantes médicinales, il était très aimé. Il a été un général tout à fait remarquable, comme lors des campagnes de Flandres.
En réalité, ce prince a souffert de la postérité littéraire et historiographique de ses ennemis, le cardinal de Richelieu en premier lieu mais aussi le cardinal de Retz ou le comte de Montrésor. Ses relations difficiles avec son frère, Louis XIII, n’ont rien arrangé. Même son mariage a été occasion de brouille puisqu’il n’a pas, à rebours de tous les usages, demandé l’autorisation de son aîné avant de convoler. Exilé deux fois en Lorraine à la suite de révoltes, ce prince n’a jamais réussi à imposer ses vues. A son décès, cruelle ironie, son oraison funèbre n’est même pas publiée par son neveu, le jeune Louis XIV.

Cédric Michon : Pierre Gatulle, c’est votre deuxième livre sur Gaston. Qui est votre Gaston d’Orléans ? Quelle est sa postérité au XIXe siècle ?
Pierre Gatulle : Gaston d’Orléans n’a aucune descendance masculine donc personne n’est en mesure de prendre en charge sa mémoire. Les vaincus de l’histoire comme le cardinal de Retz sont les seuls à s’en charger… Et ce sont eux qui ensuite sont repris, notamment par Voltaire dans Le siècle de Louis XIV. L’historien doit donc faire preuve de prudence.
Par exemple, on a beaucoup glosé sur l’indécision de Gaston d’Orléans. Or, dans le même temps, nous avons plusieurs sources qui affirment que le prince était l’incarnation de l’idéal de l’ « honnête homme ». Au XVIIe siècle, l’honnête homme, dans le sillage des Essais de Montaigne, est un individu qui doute, qui accorde de la place à de l’ambiguïté et qui de ce fait, est indécis... Ce qui est une qualité chez certains devient un défaut chez d’autres. Du reste, les collections laissées à la postérité donnent à voir un prince curieux, intéressé par les sciences, la nature.

Cédric Michon : Elisabeth Latremolière, peut-on résumer la relation entre Gaston et le château de Blois à la « pente raide » sur son retour de chasse dont parle Alexandre Dumas ?
Elisabeth Latremolière : Le château est resté malheureusement inachevé, après avoir été un modèle d’architecture au XVIIe siècle. La naissance de Louis XIV a définitivement ruiné les ambitions du prince ainsi que ses fonds. Le prince a alors continué de vivre dans l’aile François Ier, dans un bâtiment écartelé entre château neuf et château vieux. Bien sûr, cela aurait pu être pire.
La malchance continue au XIXe siècle car le bâtiment a failli ne pas être restauré dans les années 1870. Aujourd’hui encore, on a du mal à s’extirper des partis pris de Viollet-le-Duc.

Cédric Michon : Cet étrange château est souvent cité en référence par les enseignants. Car avec une rotation à 360° sur Google Earth, le professeur peut d’un tour de souris retracer facile les grands traits de l’histoire de l’architecture. Cette histoire tourmentée a donc du bon... Parlons maintenant des jardins, ces grands oubliés quand on parle du domaine de Blois.
Pascale Heurtel et Michelle Lenoir : Les jardins ont été aménagés sous Louis XII et ont aujourd’hui complètement disparu, hormis deux bâtiments, le pavillon de la Rhénane et l’Orangerie. Le jardin a été confié à des botanistes compétents qui ont collecté des plantes rares venues de toute la France. Il y avait des fleurs exotiques remarquables mais aussi beaucoup d’espèces médicinales et des fleurs triviales comme les trèfles.

Cedric Michon : L’exposition accorde une place importante aux collections de Gaston.

Dernier intervenant : Les collections ont souvent été réduites à peu de choses, des manuscrits et quelques statues en somme. Nous réévaluons aujourd’hui cela. Certes, aucun inventaire précis n’a été fait au XVIIe siècle mais nous disposons d’un testament du prince qui fait état de médailles, d’antiques, de raretés, de livres de fleurs et d’oiseaux. Alors bien sûr, on ne sait pas ce que sont devenues précisément chacune des coquilles ou médailles d’or et d’argent mais pas parce que ces objets se sont volatilisés mais plutôt parce qu’ils ont été intégrés en 1660 aux collections royales et qu’il n’y a jamais eu de référencement distinctif. De même, nous avons conservé les deux célèbres portraits de Gaston d’Orléans mais la collection de peinture du prince devait certainement être plus importante.
Quelques certitudes, notamment sur les vélins et sur les manuscrits, qui révèlent d’ailleurs des goûts assez variés entre la botanique, la cartographie, les manuscrits médiévaux, la grammaire latine, etc.

Cédric Michon : On a reproché à Gaston de ne pas avoir assez soutenu ses amis. Pourriez-vous maintenant nous expliquer ce point.
JM Constant : Je me contenterai d’un seul exemple. Lors de la révolte de 1632, Gaston d’Orléans est en exil en Lorraine où il veut abattre le tyran Richelieu. Très influencé par les oratoriens, Gaston pense qu’il faut lutter pour soulager la misère populaire. Il recrute alors 4 à 5000 cavaliers allemands et liégeois et parie sur la révolte de la noblesse française. Or, hormis le Languedoc et le Quercy, la noblesse ne vient pas. C’est un affront pour Gaston mais on peut comprendre la noblesse. Le dilemme n’est en effet pas mince, car il faut choisir entre le roi et celui qui, à l’époque, est toujours l’héritier du trône. Par ailleurs, les déclamations de Gaston sur sa propre mort qu’il souhaite héroïque et au combat, inquiètent tout le monde.
Finalement, Gaston se montre prudent pour sa vie mais la bataille tourne au cauchemar (Castelnaudary, 1632). Le duc de Montmorency, un des rares qui avait suivi Gaston, est arrêté et exécuté à Toulouse, au grand dam de la noblesse. Condé lui-même avait tenté d’obtenir sa grâce. Gaston, lui, est exilé pendant près de deux ans et, le moins que l’on puisse dire est que beaucoup lui ont reproché son manque de loyauté vis à vis de Montmorency. Deux ans plus tard, en 1634, nous avons quelques gravures qui figurent la réconciliation des deux frères. Mais entre les deux

Cédric Michon : Quelles sont les caractères du mécénat de Gaston d’Orléans ?
Pierre Gatulle : Grosse question dont la réponse peut être résumée en deux-trois traits. Tout d’abord, il s’agit de faire éclater son rang de Fils de France et d’héritier du trône. Puis, l’oeuvre doit insister sur son positionnement face à Richelieu. Lors du siège de l’ile de Ré et de La Rochelle, l’imagerie royale ne glorifie que Louis XIII et Richelieu. Gaston est indigné et répand des images qui ne montrent pas Richelieu. Et il y a enfin ce qui renvoie à l’idéal de l’honnête homme. Peut-être avait-il d’ailleurs l’ambition de fonder une académie scientifique. Il y a des correspondances avec Helvétius.

Questions de la salle :

Q1 : Est-ce que la révolte de 1632 n’est pas une préfiguration de la Fronde ?
Gaston est favorable à une monarchie tempérée, contre les excès de Richelieu. Lieutenant-général du Royaume à partir de 1643, Gaston d’Orléans a été proche d’Anne d’Autriche et de Richelieu . Il était alors un atout précieux pour la Régence car il savait discuter avec les corps constitués, c’était un prince français, avec des idées sociales. Finalement, il s’est fâché avec Mazarin. Or Louis XIV, par ses compromis avec les Parlements, s’est montré plus conciliant que Louis XIII et Richelieu ; d’une certaine façon, il a appliqué le programme de la Fronde.

Q2 : Lorsque les nobles se révoltent, veulent-ils substituer au pouvoir du roi, le pouvoir des nobles ou souhaitent-ils la monarchie tempérée ?
Dans toute démarche, il y a deux raisons à rechercher : la bonne ...et la vraie ! La monarchie tempérée a pu servir d’alibi.

Q3 : Quelles étaient les relations entre Louis XIII et Gaston d’Orléans ?
On manque de sources. Nous n’avons pas de lettres par exemple. Lors de la révolte Cinq-Mars, Louis XIII et Gaston ont eu des entretiens juste avant. Il y a une part de mystère autour de cette affaire. Par ailleurs, les relations avec Anne d’Autriche interfèrent. Les sentiments ont été partagés.

Q4 : Et la Grande Mademoiselle ?
JMC : Gaston ne voulait pas s’engager militairement pendant la Fronde. Il était lieutenant général, il avait une stature… Sa fille était beaucoup plus engagée et, il faut le dire, Gaston ne l’a pas empêchée. Les relations entre le père et la fille étaient conflictuelles. Malgré ce qu’elle a pu en dire, elle n’a pas été si essentielle dans le conflit. D’ailleurs, lors de la prise de Paris, elle a été choquée par les effusions de sang. La guerre a été comme un jeu pour elle.

Par Déborah Caquet

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