Leçon n°3 : Autogestion, société civile et nouvelle culture politique
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Pierre Rosanvallon Les années 1968-2018 : une histoire intellectuelle et politique

Leçon n°3 : Autogestion, société civile et nouvelle culture politique

Jorris Alric
vendredi 4 août 2017

"Et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie" (Paul Eluard)

Le Mai 68 de Pierre Rosanvallon est, comme pour beaucoup, tout d’abord une période de prise de conscience, de discussions, de lectures, de réflexions, d’utopies à envisager. Or c’est aussi un moment de bifurcation où, alors qu’il est étudiant, il fait le choix d’adhérer à la CFDT. Ce choix lui fait découvrir un "autre" Mai : le Mai ouvrier, avec ses préoccupations et ses revendications plus concrètes (mensualisation des salaires, critique de la hiérarchie, demande d’autonomie au sein du monde du travail...). C’est ce cheminement paradoxal, pour un élève d’HEC, qui le conduit à faire un "stage ouvrier" ! L’ "élite" se doit alors de connaître la réalité des travailleurs et, bien entendu, prendre en considération leurs demandes. Cette démarche, alors très en vogue, n’est toutefois pas dénuée d’une certaine perversité puisqu’elle conjugue en réalité deux positions : un "management" plus efficace et une vision somme toute assez paternaliste. Toutefois, dans l’effervescence du moment, la découverte d’un monde inconnu (on pourrait dire, non sans malice, "exotique") attire de nombreux étudiants. Pierre Rosanvallon, ayant lu "Militant chez Renault" de Daniel Mothé, frappe à la porte du constructeur automobile et se fait embaucher pour deux mois sur une chaîne de montage de 4L ! Cette expérience à l’île Seguin le marque car il découvre alors un "autre monde", tout simplement celui du travail. Aussi lorsque, durant la même période, il voit "La Chinoise" de J.L Godard, il perçoit le décalage entre le réel et cette sensation d’être plongé dans un monde du discours déconnecté de la réalité. C’est alors qu’il comprend qu’il ne fera pas carrière dans les voies que lui ouvre HEC.

En 1969 Pierre Rosanvallon devient secrétaire confédéral de la CFDT et, vivant l’après-Mai loin du monde étudiant, il prend conscience que les événements récents, au-delà de la révolte estudiantine, ont changé en profondeur l’ensemble de la société française. La CFDT a alors une place centrale dans les mouvements de modernisation de la société : elle participe à la création du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), intègre les prémices de l’écologie, travaille avec l’UNEF... Alain Touraine dit alors de la CFDT qu’elle est un "opérateur" du changement social. En 1973 les conflits sociaux sont multiples (Lip en étant le symbole) et c’est au cœur de ce bouillonnement, à la fois social et intellectuel, que germe le capital politique de la Deuxième Gauche : l’autogestion et la nouvelle politique qui cherchent à donner une cohérence théorique et pratique à la multiplicité des initiatives. La volonté de la Deuxième Gauche est d’inscrire la contestation sociale non seulement dans l’histoire plus ancienne du mouvement ouvrier mais aussi dans la modernité. L’objectif est la construction d’un nouveau modèle de société. Aussi, pour Pierre Rosanvallon, la réalité de ce qu’il s’est vraiment passé en Mai 68 et dans les années suivantes est bien loin des relectures que l’on en fait aujourd’hui. Mai 68 ne saurait être défini de façon étroite comme un simple moment d’extase hédoniste. Ce sont les mouvements profonds, parfois longs et silencieux, qu’il convient de prendre en compte.

Les années 70 ont été un laboratoire politique et intellectuel. Le futur spécialiste de la démocratie évolue alors dans ces cercles comme membre de la CFDT et en tant que fondateur, avec d’autres, des revues "CFDT Aujourd’hui" et "Faire" (revue rocardienne). C’est dans la proximité de Michel Rocard et de nombreux intellectuels que se forme le jeune Pierre Rosanvallon qui comprend que l’enjeu est de refonder la pensée et la politique mais aussi de les associer. Rédacteur en chef de la revue "CFDT Aujourd’hui" et conseiller d’Edmond Maire, Pierre Rosanvallon se mue en intellectuel organique du syndicat. Il rédige des articles, les textes des congrès, assure les rencontres avec la CGT et les partis de gauche, participe aux sessions de formation des militants au sein des Ecoles Normales Ouvrières (ça ne s’invente pas !). Pierre Rosanvallon anime alors avec Patrick Viveret la revue « Faire » qui est l’organe de la mouvance rocardienne et se trouve ainsi au premier plan de la production intellectuelle de la Deuxième Gauche. Cette appellation est en fait plus tardive car elle n’apparaît qu’en 1982 dans l’ouvrage de Hervé Hamon et Patrick Rotman : « La deuxième gauche : histoire intellectuelle et politique de la CFDT ». Dans les années 70 les acteurs de ce mouvement lui préfèrent la dénomination de « nouvelle culture politique ». Les éléments constitutifs de ce courant de pensée peuvent être résumés autour de trois notions qui ont constitué son identité : l’autogestion, la nouvelle politique, la critique du socialisme à la fois étatique ou social-démocrate.

Autogestion est le mot phare de l’époque. Dès le début de Mai 68 un communiqué de la CFDT le met en exergue : « A la monarchie industrielle et administrative il faut désormais substituer des structures démocratiques à base d’autogestion ». Le terme d’autogestion, avant d’être ainsi conceptualisé, a tout d’abord décrit le système de gestion des entreprises yougoslaves (conseils ouvriers, responsables élus, gestion de la production par des unités décentralisées). Des syndicalistes français se sont intéressés à ce modèle yougoslave ainsi qu’à des expériences dans l’Algérie de Ben Bella ou encore aux kibboutzim israéliens en tant « qu’utopies pratiquées » incarnant un socialisme importé par des sionistes héritiers du Bund. Ces exemples démontrent la possibilité d’une alternative socialiste au système soviétique. Parallèlement, le mot « autogestion » est associé aux expériences « conseillistes » du passé. La revue « Autogestion », lancée en 1966 par les Editions Anthropos dont la ligne éditoriale relève d’un « marxisme dépoussiéré », rassemble tous ces éléments. Henri Lefebvre, l’un des fondateurs de la revue, parle alors de l’autogestion comme « l’une des formes actuelles de la science de la liberté ». Cette revue rappelle des initiatives oubliées du mouvement ouvrier et consacre ainsi des numéros aux mouvements conseillistes d’après 14-18 : les Républiques des Conseils en Hongrie et en Bavière, les conseils d’usine turinois… La revue se situe donc à l’opposé de la vision communiste classique de masses encadrées par le Parti et de la théorie de la Dictature du prolétariat. Ainsi d’autres voies révolutionnaires semblent pouvoir être empruntées d’autant plus qu’elles paraissent, pour beaucoup, plus fidèles à Marx pour lequel : « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Les Soviets de 17 ou les marins de Cronstadt sont ainsi célébrés, tout comme l’héritage de la Commune qui occupe une place importante.

Ainsi c’est tout un héritage intellectuel et politique, marginalisé voire persécuté par le marxisme officiel, qui refait surface. Fourier, Proudhon ou encore Rosa Luxembourg sont en quelque sorte réhabilités alors que, longtemps, ces figures n’avaient eu d’intérêt que pour des cercles restreints : des Situationnistes, le Groupe « Socialisme ou Barbarie » (Castoriadis, Lefort), des libertaires. Dans les années 60 la volonté d’une forme de révisionnisme du marxisme leur garantit un écho plus large. Toutefois le concept d’autogestion n’atteint encore qu’un public limité. C’est Mai 68 qui marque une rupture en brandissant l’autogestion à la fois comme une aspiration nouvelle et comme le retour d’une histoire et d’une mémoire refoulées. Le mot devient un élément de langage de l’esprit de Mai. « Et par le pouvoir d’un mot je recommence ma vie ». Cette formule de Paul Eluard frappe le jeune Rosanvallon en ce qu’elle résume l’effervescence et les aspirations du moment et il l’intégrera comme épigraphe en 1976 dans son ouvrage « L’Âge de l’autogestion ». Or le mot « autogestion » peut être défini comme un « mot-carrefour » qui fait se croiser plusieurs notions. Renvoyant essentiellement au monde de l’entreprise et à son mode de gestion dans l’immédiat après-Mai, le terme prend rapidement un sens plus large qui recouvre la vision globale d’une société émancipée. L’enjeu fondamental est l’extension d’une expression démocratique qui ne se limiterait pas au jeu électoral. En réalité le terme d’autogestion se substitue à celui de démocratie qui semble vieilli, galvaudé, vidé de son sens véritable. Il renvoie ainsi à la volonté d’une démocratie réelle et généralisée. Par ailleurs, la référence à l’autogestion véhicule également une dimension anthropologique et sociétale : le souhait qu’émerge une société d’égaux autonomes.

Le mot, on le voit, demeure structurellement flou car l’autogestion relève plus d’une société en mouvement que d’une véritable doctrine. De fait, comme le dit Pierre Rosanvallon, il s’agit « d’une idée creuse et d’une idée à creuser ». Autogestion est aussi un « mot-identité » en cela qu’il est un marqueur politique et donc un vecteur d’identification. Il offre ainsi à la CFDT, qui compte alors trois fois moins d’adhérents que la CGT, son identité politique qui se veut porteuse de l’esprit de Mai. La CFDT, récemment renouvelée et déconfessionnalisée en 1964 (sur cette transformation en fait de la CFTC voir notamment le rôle de Jacques Julliard), donne le ton. Les « gauchistes » se font bienveillants à son égard ou pratiquent l’entrisme en son sein tandis que de nombreuses associations se tournent vers ce syndicat qui apparaît comme un partenaire privilégié sinon un allié naturel. Le PSU, petit parti de quelques milliers d’adhérents, partage l’essentiel des conceptions de la CFDT. La force du PSU réside alors simplement dans la figure de Michel Rocard et l’héritage mendésiste qu’il a capté. Ainsi, si les idées autogestionnaires sont assez vagues, elles possèdent cependant suffisamment de force d’attraction pour dessiner une identité politique : le socialisme autogestionnaire. Ce dernier renvoie à des figures intellectuelles, des courants et des organisations précises. Après le Congrès d’Epinay (1971), le CERES de Jean-Pierre Chevènement en fait sa marque de fabrique tout comme le PSU et la CFDT ce qui, au regard de l’Histoire, peut paraître étonnant. C’est pourquoi devant ce large éventail de « familles » de gauche se réclamant de l’autogestion (CERES, PSU, CFDT, marxistes dissidents, libertaires…), la CFDT organise en 1974 une série de colloques visant à les rassembler.

Le projet de créer un véritable mouvement autogestionnaire, auquel participe activement Pierre Rosanvallon, ne connaît qu’un succès limité (les Assises pour le socialisme, 1974) alors qu’il visait au bouleversement des structures politiques de la gauche. L’idée d’autogestion offre cependant une image novatrice et attractive aux promoteurs d’un « autre socialisme ». Afin de mieux saisir les enjeux de l’époque il convient de rappeler la suprématie du PCF, en termes électoraux, dans le paysage politique. La montée, certes relative, de la pensée autogestionnaire inquiète le Parti communiste garant d’un marxisme orthodoxe et exclusif. Dès 1973, PCF et CGT se lancent dans la lutte contre cette « utopie dangereuse » que constitue pour eux l’idée d’autogestion et dans laquelle ils ne voient, en quelque sorte, qu’une « maladie infantile du communisme ». Aux yeux des communistes l’autogestion n’est en réalité que la réactualisation et la reconnaissance de deux courants existants dans le mouvement ouvrier : l’un autogestionnaire, autonome et, pour faire vite, disons plus « libertaire » ; l’autre, marxiste, organisé, hiérarchisé. La question centrale de l’identité de la gauche est donc (re)-posée. Or, la capacité d’attraction de l’idée autogestionnaire réside en grande partie dans le fait qu’elle constitue un territoire vierge sur lequel de nombreuses aspirations peuvent se développer. Entre 1974 et 1976 Pierre Rosanvallon s’attèle à la tâche de sa construction intellectuelle et de sa déclinaison institutionnelle.

En ce qui concerne sa dimension économique et sociale l’autogestion veut tout d’abord repenser le monde de l’entreprise en refondant théoriquement la légitimité et la centralité de l’intervention directe des travailleurs. Dans les années 70 la socialisation des moyens de production reste indissociable de la pensée socialiste courante. La volonté des partisans de l’autogestion est précisément de dépasser cette conception, celle de la nationalisation et donc de l’étatisation, en déconstruisant l’idée même de propriété. A cette fin ils distinguent « l’usus », « le fructus » et « l’abusus » en prétendant que ces différents droits ne doivent pas être confondus et réunis dans une seule main. Pierre Rosanvallon met alors en avant l’idée de « dépropriation » pour qualifier cette dissociation. L’objectif étant de faire de l’entreprise une entité achetant à crédit ou louant du capital et non l’inverse. Il est à noter qu’aujourd’hui, face au règne absolu du capital, des chercheurs, notamment de l’Ecole des Mines, reprennent cette discussion quant à la définition d’une entreprise. Parallèlement, les « autogestionnaires » réfléchissent aux modalités d’une intervention des salariés au sein de l’entreprise. Dès les années 1930 des sociologues et psychologues du travail (la « sociologie industrielle ») ont démontré que l’ignorance des conditions d’exercice du travail entraînait des erreurs de méthode et de gestion. Les organisateurs du travail, les conceptualisateurs, étant alors trop éloignés de la réalité pratique. Dans les années 70 c’est la biologie qui intervient aussi dans l’analyse du monde du travail (Henri Laborit, Henri Atlan). Quant à Edgar Morin il va nourrir sa « pensée complexe » de toutes ces approches.

Faire du travailleur la pièce centrale d’une « nouvelle entreprise » n’est pas une idée abstraite, déconnectée mais entre en convergence avec les théories d’alors sur le marché, l’institution et l’information (les différents espaces de l’entreprise). Toutefois l’idée d’autogestion, si elle définit l’esprit d’une méthode, n’offre pas de modèle « clé en main ». L’autogestion a un caractère intrinsèquement composite qui renvoie à une aspiration sociale diffuse ainsi qu’à des techniques spécifiques d’organisation. Ainsi apparaît une philosophie politique cherchant à redéfinir l’idée de socialisme que la seule appellation de Deuxième Gauche ne saurait traduire. C’est pourquoi Pierre Rosanvallon propose le terme de « nouvelle culture politique » dans un article de la revue « Faire ». Par cette formule il entendait désigner l’ensemble des représentations, des conceptualisations et des actions du champ politique. Cette approche allait à l’encontre de celle de nombreux historiens, dont René Rémond, pour lesquels la politique se définissait comme un ensemble de normes, de valeurs, de croyances, de procédures s’exprimant dans l’exercice démocratique du suffrage. « Pour une nouvelle culture politique », ouvrage publié avec Patrick Viveret en 1977, propose un cadre conceptuel permettant de rénover les formes de l’action politique et le statut même du politique en mettant l’accent sur quatre points essentiels : la reconnaissance de la société civile comme acteur central, un changement fondé sur l’expérimentation sociale, le militant défini comme un entrepreneur et le caractère délibératif de la démocratie.

Le rôle de la société civile issu, notamment, des Lumières écossaises, et alors oublié, est reconsidéré. L’essentiel de cette vision est de définir la société non comme un corps institué mais comme un système d’interactions libres. Les dissidents polonais (Adam Michnik, Bronislaw Geremek) se sont emparés de la formule « société civile » pour opposer le pays réel au pays légal ce qui les a conduit également à une réflexion sur la nature du totalitarisme et la prétention d’un Etat-parti à représenter la société. La notion s’impose aussi dans les pays d’Amérique latine qui sortent d’une dictature militaire car elle semble garante de démocratie. Dans le cas français, l’emploi des termes de « société civile » est quelque peu différent puisqu’il lui faut tenir compte de la prédominance historique de l’Etat dans l’organisation de la vie sociale. Ce rôle exorbitant de l’Etat, consubstantiel de notre construction nationale, est jugé dépassé dans l’après-Mai. Face à cette spécificité française certains en appellent, et c’est le cas de Pierre Rosanvallon, à renforcer la notion de contrat par rapport à la loi, à l’auto-organisation des citoyens, à la reconnaissance des mouvements sociaux et de leur importance, à la décentralisation. La notion de société civile devient alors un élément clé du vocabulaire politique et social.

Dans l’après-68 la question essentielle demeure celle de la prise du pouvoir mais l’on débat aussi à l’infini sur la « rupture nécessaire ». Au Congrès d’Epinay, François Mitterrand prévient qu’il n’y aura pas de place au sein du PS pour ceux qui refusent cette rupture. Ainsi, la notion de « rupture », débarrassée de ses accents insurrectionnels, reste, après Mai 68, mentalement fondamentale et, si l’on peut dire, s’ « institutionnalise ». Le PCF lui-même est ébranlé en son sein quand lors de son XXIIe congrès (1976) les notions de « Dictature du prolétariat » et de « centralisme démocratique » font l’objet de critiques de la part de militants mais aussi de Louis Althusser et d’Etienne Balibar. Il faudra attendre 1994 pour que ces références disparaissent des statuts du Parti… Ainsi le réformisme n’est plus totalement rejeté (Marx et Engels l’ayant d’ailleurs toujours reconnu comme légitime dans la sphère d’action syndicale) mais il reste intellectuellement suspect : soit il signifie l’abandon de l’horizon révolutionnaire ; soit il est « récupéré ». Le terme de « récupération » possède alors un intense pouvoir culpabilisateur puisqu’il est implicitement lié à la trahison. Si l’on est « récupéré » c’est que l’on est « intégré » et que l’on fait le jeu de l’ennemi dont on devient un « allié objectif ». La théorie de l’expérimentation sociale propose justement de rompre avec ces procès en sorcellerie en dessinant une alternative pratique à l’utopie révolutionnaire.

En réalité le « moment réformiste » et l’horizon révolutionnaire ont toujours coexisté dans le même espace-temps historique. Le réformisme proposant de distiller progressivement les avancées sociales quand la révolution souhaite un changement rapide et brutal. L’un et l’autre se sont, de fait, souvent révélés complémentaires. La stratégie de l’expérimentation sociale bouscule ces théories de l’utopie, de la réforme et de la révolution car elle s’enracine dans d’autres représentations du temps et de l’espace, moins homogènes. La volonté réformatrice formulée par Pierre Rosanvallon et ses camarades ne consiste pas en la mise en place d’un gradualisme réformateur ou d’îlots d’utopies mais prend appui sur les zones floues de l’organisation sociale, les espaces « vides » pour les subvertir. Ainsi, selon Henri Lefebvre l’expérimentation doit produire de « l’espace différentiel ». Cela suppose de redéfinir les institutions et de ne plus les envisager de manière traditionnelle. Dernier point mais d’importance : le militant d’après 68 n’est plus simplement un « bon petit soldat » mais revendique un droit à la parole et à la décision. L’objectif fixé par Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret semble, en partie du moins, atteint : le militant se fait entrepreneur, innovateur, acteur du changement.

Pour conclure, Pierre Rosanvallon ne nous expose t-il pas au cours de ses leçons une histoire des « petits ruisseaux », des idées souterraines qui mettent la société en mouvement ? C’est aussi l’histoire d’un échec politique mais d’une victoire « sociétale ». Mais peut être que j’anticipe et que j’extrapole…

Par Jorris Alric

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