S’informer dans le monde du numérique
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S’informer dans le monde du numérique

Vincent Lahondere
mercredi 29 mars 2017

Le développement du numérique au cours des vingt dernières années, qui ont vu l’émergence des « autoroutes de l’information » et l’essor des réseaux sociaux, bouleverse les modalités d’accès aux informations et aux savoirs et donc à la connaissance... Aussi cet article propose des pistes de réflexion et des propositions pédagogiques.

Le développement du numérique au cours des vingt dernières années, qui ont vu l’émergence des « autoroutes de l’information » et l’essor des réseaux sociaux, bouleverse les modalités d’accès aux informations et aux savoirs et donc à la connaissance... Nous sommes passés d’une époque où les ressources étaient cantonnées aux bibliothèques (scolaire, municipale et parentale) et aux médias (télévision, radio, presse) à l’ère de la profusion d’informations. Aussi dans ce labyrinthe, il importe de guider nos élèves pour leur permettre d’acquérir une démarche efficace et pertinente, en particulier en histoire-géographie et EMC, mais aussi les alerter sur les risques de désinformation.

Constats et enjeux

(voir diagramme ci-dessous)

Quelles sont aujourd’hui les sources d’informations des élèves ? Pour quelles pratiques ?

Les études et les sondages sur le numérique montrent qu’avec l’usage de plus en plus massif des tablettes et des smartphones, internet tend à devenir la première source d’informations des jeunes générations, que ce soit pour entretenir les relations sociales, se tenir au courant de l’actualité ou accéder à un savoir encyclopédique. A l’inverse pour les usagers plus âgés (au-delà de 35 ans), la télévision est la première source d’information suivie d’internet puis des autres médias (radio, presse...). Il y a donc un décalage générationnel, en simplifiant, entre le professeur et les élèves. La communauté éducative ne peut nier le phénomène et se doit au contraire de l’utiliser à des fins pédagogiques et plus généralement citoyennes (Éducation aux médias, Semaine de la presse...et pourquoi pas Semaine du numérique ?).

Deuxième constat important : contrairement aux idées reçues les élèves ne savent pas utiliser internet même s’ils sont très habiles dans la manipulation du clavier ou des différents boutons d’une tablette ou d’un smartphone...D’autre part, pour les jeunes générations, le rapport à l’outil informatique est essentiellement ludique mais c’est aussi un automatisme de la vie quotidienne censé répondre à tous leurs besoins et/ou à leur interrogations. En dehors du temps scolaire (et parfois pendant), l’élève est souvent face à son écran. Il utilise les réseaux, transmet un contenu sans la présence de son interlocuteur. Plus besoin d’apprendre par cœur, il peut retrouver l’information sur le web (blogs, wikis, podcasts, réseaux sociaux, moteurs de recherche...). L’élève est ainsi au cœur de son propre parcours : il est un apprenant, un diffuseur, un créateur d’informations. Quelle est la place aujourd’hui de l’enseignant dans cet univers ? C’est une question que nous devons tous nous poser. Diffuseur de savoir, de savoir-être...certes...mais il doit être aussi un guide, un accompagnateur car le web et le web 2 offrent des risques (voir l’organigramme). Doit-on par exemple rejeter Wikipédia ou au contraire en comprendre les ressorts pour l’utiliser dans nos pratiques pédagogiques et permettre ainsi à nos élèves d’en éviter les pièges. Nous ne pouvons ignorer cette révolution technologique et sociétale. Le rôle de l’enseignant ne s’en trouve pas amoindri mais au contraire enrichi.

Dernier constat : aujourd’hui, les outils nous accompagnent partout, faisant de nous des nomades numériques ; la recherche d’informations ne se fait plus seulement dans un cadre défini (la bibliothèque par exemple), mais dans n’importe quel lieu parfois improbable. Nous « pêchons » l’information pour immédiatement passer à autre chose : un zapping sans recul et sans réflexion a posteriori. Comment utiliser l’outil numérique ? Quelles démarches et processus cognitifs sont impliqués lors d’une recherche d’information sur support électronique (on n’utilise pas un journal comme une tablette ou un smartphone) ? Comment montrer aux élèves la nécessité de dépasser « le regard zapping » pour un travail intellectuel beaucoup plus exigeant ? Des questions que les pédagogues doivent se poser pour permettre à chaque élève d’acquérir une autonomie tant au niveau de la recherche que de l’analyse de l’information.

Démarches et limites

En utilisant les outils numériques, on accède à une foule d’informations immédiates ou quasi-immédiates, de natures différentes, plus ou moins virtualisées, partagées et socialisées. Aussi la recherche d’informations avec un objectif précis (exposé par exemple) ou simplement par curiosité, est confrontée à plusieurs risques qu’il importe de déjouer par la mise en place de démarches pédagogiques (voir organigramme) :

1 - La désinformation

Afin de lutter contre ce risque, il n’existe aucune solution technique mais des méthodes à acquérir qui doivent devenir des automatismes : vérifier l’origine, la source des informations et leur pertinence, les recouper si nécessaire.

2 - « Le déluge informationnel »

Trop d’informations tuent l’information. Comment repérer le vrai du faux ? Comment éviter le découragement de l’élève, son aveuglement, sa perte de repères ou à l’inverse sa volonté d’aller au plus vite et de sélectionner les informations de la première page (copier-coller). L’usager doit trouver, sélectionner et exploiter des informations. Le travail de filtrage, pour être efficace, nécessite d’apprendre à utiliser judicieusement les mots clés et de connaître la « philosophie » de chaque moteur de recherche employé, en n’hésitant pas à faire appel à plusieurs moteurs de recherche, notamment spécialisés comme Educasource, Culture.fr, Eduthèque

3– L’immédiateté et la mobilité

Il faut se méfier de l’information en temps réel. D’où vient-elle ? L’information est-elle sérieuse ? A-t-elle déjà été interprétée ? S’inscrit-elle dans le spectaculaire ou le sensationnel ? La source est-elle fiable ? Aussi il est indispensable de prendre du recul face à l’information en souscrivant à un travail d’analyse des sources et des informations données. Par exemple, on apprendra aux élèves à différencier une dépêche émise par l’AFP d’une rumeur sans origine identifiée.

D’autre part pendant longtemps les informations étaient contenues seulement dans des lieux fixes (l’école, la bibliothèque, l’encyclopédie...) sous le regard d’un acteur social identifié, véritable point de repère, le maître. Aujourd’hui l’élève est un nomade, parfois seul face à l’information qu’il reçoit... sans la personne capable de l’aider à sélectionner l’information ou simplement à en discuter. Il apparaît indispensable de former à l’évaluation de l’information de manière critique...

4– L’information partagée ou socialisée

Il y a quelques années les usagers du web accédaient directement à des sites d’informations animés par des journalistes ; ensuite les pratiques se sont recentrées essentiellement sur l’usage des moteurs de recherche : les mots clefs de nos requêtes nous amenaient à l’information. Aujourd’hui les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter tendent à devenir, notamment chez les jeunes, les principaux médias. On ne cherche plus l’information, on se la transmet de proche en proche. Nos amis sont des filtres devenant ainsi nos principaux prescripteurs d’informations. Paradoxalement, ces habitudes représentent un frein évident à la variété des opinions, l’ouverture d’esprit et l’esprit critique ; une éducation aux réseaux sociaux semble donc indispensable.

5 – La virtualisation de l’information

Lorsque l’élève consulte une page multimédia (texte, image, graphique, hypertexte...) la lecture devient une exploration beaucoup plus active que la lecture d’imprimé. Comment le système cognitif de l’élève parvient-il à prélever l’information importante dans une série continue de données issues de différents formats de présentation (texte, image, son, vidéo...), alors qu’il est sans cesse invité à « naviguer » d’un lien à l’autre ? Aussi il apparaît important de décoder pas à pas le document numérique en évaluant les différents supports et leurs sources correspondantes. Pour cela une série de démarches et de questions peuvent aider à la compréhension de la page web : Quelle information je recherche ? Les sources sont-elles fiables, connues ou inconnues ? Quelles sont les informations pertinentes ? Quel contenu en extraire ? Comment l’intégrer ensuite aux informations déjà acquises ?

Des pistes pédagogiques en histoire-géographie et en EMC

Chacune des compétences évoquées plus haut peuvent être travaillées à travers des activités pédagogiques, en classe et à la maison, individuellement ou en groupe. La curiosité, la créativité, l’esprit critique doivent être particulièrement sollicités afin que les élèves ne restent pas passifs devant les écrans mais tirent pleinement parti des outils numériques.
On trouvera dans l’organigramme des pistes de réflexion pour la mise en œuvre de telles activités et chacune de ces activités sera accompagnée de sites et de logiciels. Ces pistes pédagogiques peuvent être ainsi alimentées.

Des pistes de réflexion et quelques logiciels utiles (pour accéder aux sites et/ou aux logiciels, cliquer sur les mots ou phrases écrites en bleu)


L’ensemble des logiciels et des sites proposés n’est bien sûr pas exhaustif : il existe dans ce domaine une multitude de ressources.

  • 1 - Savoir lire et/ou créer un article de Wikipédia

Pourquoi utiliser Wikipédia en classe ?

Il s’agit d’un kit pédagogique où vous trouverez des exemples concrets d’activités menées par des enseignants, des tutoriels, des espaces d’aide et de discussion.

  • 2 - Créer une infographie à partir de données numériques

Les logiciels en ligne sont nombreux ; certains sont gratuits comme Canva ; d’autres comme Piktochart offre une version gratuite.

La dataviz (Data Vizualisation) désigne les techniques permettant de présenter des données sous forme visuelle afin d’en faciliter la compréhension et/ou l’analyse

  • 3 - Créer une dataviz « fixe » ou animée

Là aussi les logiciels sont nombreux : Google charts est une solution simple pour créer une infographie dynamique ; on peut utiliser Infogram , Datawrapper , un outil en ligne pour réaliser des graphiques interactifs ou Tableau Public.

L’infographie est un outil qui séduit pour trois raisons : parce qu’elle simplifie la compréhension (cela peut donc être un outil pédagogique de premier ordre), parce que notre mémoire visuelle est plus efficace pour une image, un schéma ou un graphique, parce que la capacité d’attention sur le web est de plus en plus courte (rarement plus de 10 secondes sur une même page).

  • 4 - Créer la Une d’un journal à partir d’un thème donné

On peut citer ici l’excellent dossier pédagogique de la BNF « Quand les unes racontent l’histoire », le site du CLEMI qui est chargé de l’éducation aux médias et a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias, et la plate-forme Médiaeducation qui cherche notamment à fédérer les initiatives et les pratiques dédiés à l’éducation aux médias

 
Ce scénario permet de d’associer sur une même page une photographie, un croquis ou un schéma, éventuellement une infographie, un court article. Pour les élèves cet exercice est ludique et permet d’aborder la question du choix des documents et donc d’éveiller la compétence « trouver, sélectionner et exploiter des informations ».

  • 5 - Comment utiliser un moteur de recherche ?

Parmi les moteurs les plus utilisés, Google qui sur un des sites explique comment effectuer des recherches : « la recherche sur Google : nouveautés et astuces ».
On peut aussi utiliser des moteurs de recherche spécialisés (voir page 2)

  • 6 - Utiliser régulièrement un globe virtuel (Google Earth) et un SIG

Utiliser régulièrement un globe virtuel comme Google Earth, un SIG comme Géoportail ou Edugéo et un tableau comparatif sur Eductice.

Créer des mots clés à partir d’un article…sous la forme d’un nuage de mots
Créer des nuages de mots avec des générateurs de nuages de mots : Tagul, Worditout, Tagxedo et Wordle.

Ce scénario permet aux élèves de comprendre l’importance des mots clés. On peut d’ailleurs rapprocher cet exercice de la construction d’une carte mentale.

  • 7 - Créer un outil de veille dans la classe (Scoop.it)

Scoop.it est un outil de veille de grande qualité qui permet de créer un outil de veille sur un domaine ou une thématique donnée. J’utilise quotidiennement cet outil avec mes élèves à partir de deux scoop.it que j’ai créés : Univers géographique et Pour la classe d’Histoire-Géographie.

On peut utiliser d’autres outils de veille avec ce tableau comparatif d’outils de veille.

  • 8 - Comparer une version électronique d’un quotidien à sa version papier

La revue TDC de Canopé propose un numéro consacré aux « discours médiatiques » consultable en ligne.

  • 9 - Créer et utiliser un compte Twitter pour la classe

Un excellent article sur Twitter : « pratiques numériques en éducation : "l’exemple des usages de Twitter en milieu scolaire  ». Au-delà de Twitter, Canopé propose un dossier « Comment et utiliser internet ».

On peut prévoir le même type d’exercice avec Facebook par exemple.

  • 10 - Critiquer un jeu sérieux

Cet exercice permet aux élèves de leur apprendre à prendre du recul. On peut citer un article du CLEMI intitulé « Des jeux sérieux pour un regard critique sur ses usages d’internet ».

On peut construire des activités pédagogiques à partir d’un jeu sérieux et de prévoir des questions critiques sur le jeu

  • 11 - Préparer un exposé en utilisant des sources de natures différentes

Lorsque les élèves construisent un exposé, il est intéressant d’évaluer la pertinence du site. Il existe plusieurs méthodes pour déterminer la crédibilité d’un site. Le site commentcamarche propose de mesurer cette fiabilité dans un article : «  repérer si un site web est fiable ». Des applications permettent aujourd’hui de connaitre l’origine géographique du site visité. Ceci peut être d’un grand secours : l’appli. Citizen-ex est à télécharger sur son ou ses navigateurs.

Lorsque des élèves préparent un exposé, ils utilisent très souvent internet sans vérifier la fiabilité des sites.

Par Vincent Lahondere

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