Édouard Drumont et la caricature antisémite en France
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Grégoire Kauffmann

Édouard Drumont et la caricature antisémite en France

Journée d’étude sur l’antisémitisme d’hier à aujourd’hui : comprendre,comparer, combattre

Laure Müller
lundi 27 mars 2017

Une intervention de G Kauffmann qui a publié une biographie de E Drumont chez Perrin en 2008 ( sa thèse ).

Édouard Drumont et la caricature antisémite dans la Libre Parole


Édouard Drumont est le fondateur de l’antisémitisme moderne par la publication de la France juive en 1886. Il accompagne l’âge d’or du papier, expression de F Vallotton. Il sait flatter les goûts du public, mesurer la puissance de la presse sur l’opinion et est donc à l’affût des réflexes des lecteurs. Il connait la caricature car elle est déjà présente sous le II Empire (contre Napoléon III).
Vers 1880, il se convertit au catholicisme sous l’influence du jésuite Stanislas Du Lac et devient un antisémite virulent dans une République triomphante. L’antisémitisme est alors une arme contre la laïcité qui serait une idée juive afin d’affaiblir le monde clérical. Le père jésuite l’aurait même encouragé à écrire son ouvrage : la France juive. Il s’intéresse aux caricatures comme appui de ses discours.

Son ouvrage, la France juive est un succès d’édition, plus de 60000 exemplaires sont vendus en une année soit autant qu’un roman de E Zola. Dans ces 1200 pages ( en 2 volumes dont un est consacré à une liste de noms de personnalités politiques, artistiques ... juives ), il fait sienne la théorie d’inégalité des races.

Par la suite, il doit sa notoriété à des articles de presse notamment dans le Pilori, journal ultra catholique, antisémite dont certains membres seront intégrés à son journal ; la Libre Parole. C’est le cas de J. Blass et de J Drault qui dédie son ouvrage « Chapuzot est de la classe ! » au secrétaire de la ligue nationale antisémite de France.
Drumont comprend vite l’intérêt de la caricature c’est pourquoi il publie une version illustrée de la France juive à destination d’un public plus populaire. Sur la couverture, il est héroïsé. Il est représenté en chevalier blessé, allusion à un duel contre André Meyer. Ce dernier avait été cité dans son livre comme juif (il était devenu catholique). Meyer a remporté son duel par traitrise, en ne respectant pas les règles ( quoi de plus normal pour un juif ). Drumont est alors un croisé versant son sang chrétien pour la cause.


Pourtant, sa notoriété se retourne contre lui, car il est lui-même victime de caricatures qui le présente en diable, en croquemitaine en ogre, mangeurs d’enfants juifs. Parfois ces caricatures vont jusqu’à lui donner des traits juifs ( nez, lippe ) et prêtent des origines juives à son nom de famille.

En conclusion, E Drumont est un anti-moderne qui utilise la modernité de la presse pour véhiculer son désir d’une France passéiste, celle de "la fille ainée de l’Église". L’utilisation de la caricature lui permet de diffuser l’antisémitisme avec un aspect très boulevardier.

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Par Laure Müller

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