Les villes africaines, lieux d’incubation des mouvements citoyens
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Christian Bouquet, Professeur émérite de geopgraphie politique - Scences Po Bordeaux

Les villes africaines, lieux d’incubation des mouvements citoyens

Jeusi 9 mars / Auditorium

Christiane Peyronnard
lundi 13 mars 2017

Dans les villes africaines, la jeunesse se mobilise pour dénoncer les injustices. Elle est souvent plus instruite et mieux connectée. Mais les électeurs des campagnes sont encore majoritaires. Quelle est alors la légitimité de cette « ruecratie » ?

Le conférencier rappelle que ces mouvements citoyens ont été reconnus internationalement en 2016 par le prix Ambassador of Conscience d’Amnesty International.

Il va dans un premier temps les définir : : des mouvements de jeunes urbains instruits et connectés dans une Afrique subsaharienne encore majoritairement rurale (62% de la population) d’autant que la notion même de ville reste floue dans ces pays. Il y a environ 40 villes de plus de 2 M d’habitants et pourtant les jeunes urbains sont plus nombreux que les jeunes ruraux, mieux scolarisés par exemple au Sénégal les analphabètes représentent 82% dans les populations rurales et seulement 52% en ville où la culture démocratique a plus de chance de se développer. Par contre le taux de chômage est plus élevé en ville. On peut parler de bidonvilisation et de misère urbaine.

Le mécontentement de tous ces jeunes scolarisés, conscients de la démocratie et qui côtoient la misère s’explique facilement et se trouve renforcé par la révolution numérique.

La croissance de l’accès à la téléphonie mobile s’accompagne du développement des réseaux sociaux, en Afrique on compte 126 000 abonnés à facebook.

Au Sénégal le premier mouvement naît en 2011 : « Y-en-a-marre » se mobilise contre les coupures d’eau et d’électricité et explique le vote protestataire en contre le président Wade. Ce mouvement trouve une reconnaissance sur la scène internationale grâce à sa rencontre avec Obama [1].

Au Burkina Faso c’est le « balai citoyen » qui joue un rôle majeur dans la révolution d’octobre 2014 qui chasse le président Compaoré.

On peut aussi citer : les mouvements « Lucha » et « Filimbi » en RDC hostiles au président Kabila, « Ça suffit comme ça ! » au Gabon, « Tournons la page »au Burundi, « les Sofas de la République » au Mali.

Un point commun : une base artistique forte (Rap, slam, musiques urbaines)

La ville africaine se prête bien aux revendications d’autant que les espaces publiques et privés se mélangent, les animations de rue (musiques, théâtre action) ont permis à ces mouvements de se faire connaître, reconnaître (solidarités panafricaines).

Est-ce que la « ruecratie », selon une expression burkinabè n’a pas de limites par exemple quand le « balai citoyen a refusé la proposition du pouvoir d’un référendum conscient que la campagne n’est pas touchée et reste conservatrice, légitimiste et légaliste ?
Au Burkina la rue a pu imposer quelques choix par ex aux élections locales.

Les cartes électorales en 2016 du Niger, du Benin, de la Côte d’Ivoire montrent une opposition plus forte et plus organisée en ville. Le décalage rural/urbain est aussi à mettre en relation avec une moindre connexion à la campagne.

Ces mouvements africains correspondent-ils à la tradition africaine en matière de gouvernance ?

En Afrique la tradition est la « fatracie » (fa en Bambara = père), le gouvernement par les aînés. Une gérontocratie écoutée dans les campagnes comme le montre la « chambre des rois et chefs traditionnels » instaurée en Côte d’Ivoire qui a une réelle influence même si dans les textes son pouvoir est faible. On peut aussi remarquer qu’en Afrique, à l’image de Mugabé, 31 chefs d’Etat ont plus de 70 ans.


Le conférencier pose aussi la question du financement de ces mouvements qui peut leur nuire. La place dans ce financement du milliardaire Soros entraîne des suspicions [2].
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En conclusion le conférencier propose de réfléchir sur une citation de Frantz Fanon : « il n’y a pas de destin forclos ; il n’y a que des responsabilités désertées ».

Par Christiane Peyronnard

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