Les voyages de Sylvain Venayre, entre histoire et poésie
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Les voyages de Sylvain Venayre, entre histoire et poésie

Jean-Michel Crosnier
samedi 14 janvier 2017

Les Clionautes ont eu plusieurs occasions de témoigner ces derniers temps de l’activité de l’historien Sylvain Venayre.
Revenant d’un voyage familial au Vietnam, j’avais lu son dernier livre avec intérêt. Bernard Lamon vient d’en faire un compte-rendu dans la Cliothèque [1].

Dans "Une guerre au loin, Annam, 1883". L’auteur, professeur d’histoire contemporaine à l’université Grenoble-Alpes, y poursuit le fil rouge de ses recherches sur le voyage lointain en enquêtant sur le récit écrit par Pierre Loti de la prise des forts de Huê. On sait - ou l’on apprend - que le récit, publié dans Le Figaro, avait fait scandale, par le détails réalistes rapporté par Loti. Guerre victorieuse et propre ou bain de sang avec une résistance acharnée des "indigènes" ? Loti lui-même, éloigné des combats sur l’une des canonnières, qu’a-t-il vu ? Loti l’écrivain nourri des lectures des classiques et des récits des guerres - on pense à Solférino - a-t-il relaté, inventé ? L’occasion pour l’auteur d’enquêter sur ce que peut restituer l’historien de ce qui fut, et qui met en abîme la question toujours actuelle de ce que l’on peut savoir aujourd’hui "des guerres qui sont menées au loin en notre nom"...

Nous l’avions auparavant écouté avec grand intérêt aux Rendez-Vous de l’Histoire de Blois et ma collègue et amie Déborah (1) en avait tiré une belle recension [2]. Je me contenterai donc d’y adjoindre ma petite musique, tant Sylvain Venayre nous aura séduit.

Se présentant comme intimidé par une commande des Rendez-Vous, notre homme nous aura surpris en montant sur scène avec pour seul bagage l’anthologie de la poésie française de Georges Pompidou... De quoi laisser perplexe l’auditoire dont l’âge moyen trahit une certaine familiarité avec l’ouvrage en question, mais que M. le professeur ouvrira avec une certaine gourmandise : ses auteurs préférés s’y trouvent !
Voilà comment nous fûmes invités à son voyage et conviés à goûter les mots de ces "étonnants voyageurs" :

Honneur d’abord à ceux de la Pléiade, ces gens de bien qui ont eu les premiers le goût d’écrire en français, et que nous avions appris et souvent fredonné :
"Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage"...
Parlons-en du beau voyage d’Ulysse et de celui de Jason. En fait ce qui fait la beauté de la chose et le retour chez soi. C’est le sens donné au XVIe siècle, ici la valorisation du pays natal, la petite patrie angevine et la France, mère des Arts.

Puis vient La Fontaine. Le Grand Siècle y verrait-il de bonnes raisons de voyager ? La fable des 2 pigeons nous enseigne ce que nous savions déjà - que tout voyageur est "imprudent" - mais que "le désir de voir" est plus fort que l’humeur inquiète". Le retour n’est plus le seul but salvateur, il faut avoir vécu. De là à valoriser le récit de voyage, il y a un pas que le conférencier ne s’autorise pas ; le pigeon ne rentre pas dans les catégories de voyageurs que définit JJ Rousseau au milieu du XVIIIe siècle. Sa place est à la maison, lieu de l’amour conjugal.

Le XIXème siècle, cher à l’auteur, sera celui de Baudelaire et de Rimbaud.
On se doutait forcément que le poème éponyme ne serait pas celui choisi, mais celui que Baudelaire dédie à Maxime Du Camp, voyageur qui accompagne Flaubert en Egypte et en revient avec le 1er récit de voyage accompagné de photos. Cette nouvelle technique fascine le poète, qui se fait photographier par Nadar quelques années plus tard [3]. Le portrait nous le montre plus dandy que poète reconnu, déjà s’ennuyant du monde, ce sentiment qui sera le moteur de la création poétique.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent

Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,

De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,

Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,

Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,

De vastes voluptés, changeantes, inconnues,

Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

Alors se mêlent à l’esprit les réminiscences de deux oeuvres fondatrices de la pensée occidentale, L’Iliade (la guerre) pour ce livre récompensé du prix Augustin Thierry 2016, et L’Odyssée (le voyage) pour cette méditation qui aura enchanté le public de la Maison de la Magie.

Par Jean-Michel Crosnier

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