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NON !

jeudi 24 novembre 2016

Le temps est venu pour l’association des Clionautes, qui combat pour promouvoir et défendre l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique, juridique et sociale et une éducation humaniste qui forme des esprits sachant critiquer et raisonner, d’examiner programmes et déclarations des différents candidats aux présidentielles de 2017. Nous nous proposons de constituer une sorte de banc d’essai des programmes des différents candidats aux présidentielles de 2017 en matière d’enseignement en général et d’enseignement de l’histoire et de la géographie en particulier. Actualité oblige, nous commencerons par les propositions des deux candidats arrivés en tête des primaires à droite dimanche dernier.

Des deux candidats, Alain Juppé a déclaré, dans Le Monde du 23 septembre 2016 en réaction aux propos de Nicolas Sarkozy sur « nos ancêtres les Gaulois » et à la question du roman national : « Pour moi, l’histoire n’est pas un roman, c’est une science humaine, pas forcément exacte, mais c’est une science. Ce n’est certainement pas aux responsables politiques d’écrire l’histoire. Laissons ça aux historiens. ». Quant à François Fillon, il a longuement évoqué la question dans son programme pour 2017 et dans plusieurs de ses déclarations, notamment son discours de Sablé-sur-Sarthe prononcé le 28 août 2016 dans lequel il affirmait : « Si je suis élu président de la République, je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’Histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national ».

L’association des Clionautes tient donc à réaffirmer ses positions :

  • 1. En tant que spécialistes, longuement formés disciplinairement, de l’enseignement scolaire de l’histoire, nous enseignons et enseignerons dans nos classes une histoire scientifique et ouverte sur le monde, riche des acquis de l’école historique française et des avancées de la recherche, et qui n’entend éluder aucun aspect du passé. Nous disons non à tout enseignement d’un roman ou d’un récit national (qu’il soit conçu ou non par des académiciens), compilation idéologique et sélective « « d’hommes de femmes, de lieux, de symboles, de monuments, d’événements qui trouvent un sens, une signification dans l’édification progressive de la civilisation singulière de la France » (François Fillon, discours de Sablé-sur-Sarthe, 28 août 2016), au service d’un quelconque projet politique d’exaltation nationale ou nationaliste d’une France éternelle et repliée sur elle-même !
  • 2. Au nom de cette histoire scientifique à laquelle nos maîtres nous ont formé-e-s, nous disons non à toute instrumentalisation de l’histoire ! De l’école primaire au supérieur, nous enseignons et enseignerons que le passé est source d’interrogations, parce qu’au pays de Descartes et de l’école des Annales, le doute n’est pas honteux (« Faire douter de notre histoire, cette instruction est honteuse ! » François Fillon, discours à Sablé-surSarthe, 28 août 2016) mais source de connaissance et de réflexion !
  • 3. En tant qu’enseignants fonctionnaires de l’Éducation nationale, nous sommes et resterons attachés au recrutement par l’État, par la voie des concours disciplinaires. Nous disons non à la polyvalence en début de collège et à tout recrutement par les chefs d’établissement, sur des profils soumis à avis des parents d’élèves (programme de François Fillon pour 2017). Nous disons non à l’autonomie des établissements (prônée aussi, de façon plus vague, par Alain Juppé) qui les soumettrait de fait aux pouvoirs locaux et aux pressions locales de tous ordres, avec les conséquences néfastes que l’on connait déjà dans d’autres pays (États-Unis, Royaume-Uni) et que l’on peut entrevoir en France , comme l’association des Clionautes ne l’expérimente que trop bien déjà, sur le terrain, à Béziers par exemple.

Dans un contexte d’attaques croissantes contre l’enseignement de l’histoire en particulier et contre l’école et les enseignants en général, l’association des Clionautes entend donc, contre les travestissements et les instrumentalisations de tous bords de l’histoire et de son enseignement, poursuivre la lutte qu’elle mène sur le terrain, à Béziers face à l’extrême-droite, et qu’elle a déjà menée, particulièrement lorsqu’il a été question d’imposer l’enseignement du « bilan positif de la colonisation », transformée récemment en simple partage de culture (« Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord », François Fillon, discours de Sablé-sur-Sarthe, 28 août 2016).

Enfin, pour terminer, il convient de revenir sur les approximations de l’un des deux protagonistes de ce débat sur les programmes : lors du débat du 24 novembre 2016 :

« Aujourd’hui, les programmes d’histoire sont rédigés par des idéologues qui veulent imposer leur vision de la société. (…) Dans la dernière instruction, on enlève Clovis, Jeanne d’Arc, même Voltaire et Rousseau. »

ERRATUM : Nous prenons soin de préciser à nos lecteurs que l’erreur manifeste qui s’est glissée dans la vidéo, à savoir que Jules César fut empereur romain, n’est pas de notre ressort, la vidéo ayant été produite au mois de septembre par Arte et Libération afin d’illustrer l’instrumentalisation à l’oeuvre dans les discours de François Fillon.

L’association des Clionautes

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