L’éternel retour du « nivôquibaiss’ »
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L’éternel retour du « nivôquibaiss’ »

Mathieu Souyris
dimanche 24 février 2013

« Tu baisses ou tu baisses pas ? Si tu baisses pas tant mieux, si tu baisses tant pis »...
Et voici l’éternel serpent de mer du « niveau qui baisse » qui remonte à la surface. Mais attention, cette fois-ci, c’est sérieux car c’est Antoine Prost [1] qui l’écrit, et comme il est le plus connu des historiens de l’éducation, on est bien obligé de le croire, http://tinyurl.com/85s7kf3 d’autant que c’est imprimé noir sur blanc dans les colonnes du Monde, notre New York Times hexagonal.
Et déjà certains accusent Prost d’être passé dans le camp des déclinistes (sur le site des Néo-profs) ou de ne pas savoir compter (Bernard Girard sur son blog « Journal d’école ». http://blogs.rue89.com/journal.histoire

En ce qui me concerne, je trouve l’article en question bien court
 [2]

et, en dehors de chiffres effrayants lancés à la cantonade, assez peu étayés, ce qui est surprenant de la part de Prost. [3]
La polémique est vieille comme l’éducation, c’est à dire comme le monde. Mais on se réfère à quoi ? A quel niveau d’excellence fantasmé ?

Celui des années de la Troisième république ou des années 50-60 où la démocratisation de l’enseignement était largement inachevée ?
Celui des années 90 marquées par une relative bonne croissance et l’espoir européen et français d’un avenir meilleur ? Et puis, avouez, c’est fluctuant, c’est subjectif, un bon niveau...

Le chasseur du néolithique pouvait ainsi pester contre son gamin qui gâchait ses pointes de flèches alors que le malheureux n’aspirait qu’à être maître-cuivrier. De même, on s’inquiète de la mort de la maîtrise de la lecture et de l’écriture, mais nos rejetons directs et indirects maîtrisent d’autres langages liés aux technologies numériques qui nous échappent peut être ? Mais encore faut-il faire sens...

Le véritable problème, à mon avis, c’est qu’il s’agit du non pas du niveau mais du seuil d’acceptation qui baisse. Comme si on ne pouvait plus lutter contre un phénomène qui nous dépasse. Une acceptation parfois complaisante, qui se déguisera en pédagogies de couveuse. Un de mes amis, collègue de lettres d’un lycée parisien, doit dans les jours qui viennent prendre voir son IPR afin que ce dernier lui apprenne à mieux noter ses élèves.

La belle affaire ! Car si on descend en dessous de 80% d’élèves reçus au Bac ou au DNB, de quoi aurons-nous l’air face à l’opinion publique et aux parents ?

Antoine Prost termine son article en disant qu’il incombe aux enseignants et à leurs Inspecteurs pédagogiques régionaux de trouver les solutions. Encore faudrait-il marcher dans le même sens et que les IPR soient moins dépendants de pressions extérieures.

Si on veut toujours (parfois j’en doute...) créer une véritable école républicaine il faut d’abord cesser de mentir aux élèves et à leurs parents en leur facilitant tout le temps les choses. La fameuse pédagogie de couveuse ! Or c’est la première forme d’irrespect envers eux. Et nous sommes que trop nombreux à avoir baissé les bras, individuellement ou collectivement, dans notre détermination à garder un haut niveau d’exigence, car de bien des endroits on nous dit « à quoi bon ? ».

Toutefois nous nous garderons de nous endormir en ces temps difficiles de crise économique et politique. La lettre vindicative du PDG de Titan (marchand de pneus...je le rappelle) devrait nous renforcer dans cette volonté de ne pas apparaître comme des attardés inadaptés aux yeux du reste du monde. Nous avons besoin de ce type d’électrochoc.

Même aux Clionautes, alors que nous sommes assez souvent sur la même longueur d’onde.

Mais encore faut-il que nous soyons soutenus, accompagnés, respectés et pris en compte par le reste de la société, encore faut-il que nous ayons les moyens financiers de réussir ce que font certaines écoles privées de prestige sans pour autant pratiquer le nettoyage social. Le chemin, je vous le concède, reste long et semble semé d’embûches, car beaucoup trop de gens planifient notre chute. Pour autant, il n’est pas dans mon caractère de baisser les bras. Et j’espère que vous êtes de la même trempe.

Mathieu Souyris, de la Nouvelle-Calédonie où le niveau ne baisse pas (et c’est vrai !).

À ce propos on écoutera avec profits cet extrait d’émission
http://www.youtube.com/watch?v=CZ1eo0Ji0RQ&feature=share

Par Mathieu Souyris

[1Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France . poche | Perrin | 08/2004

[2Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ! Par Antoine Prost
Source : LE MONDE Taille de l’article : 547 mots Les enquêtes montrent une France en totale régression. A force de crier au loup, c’est en vain qu’on appelle au secours s’il surgit... On a tellement dénoncé la baisse du niveau, alors qu’il montait, comme le montraient les évaluations faites à la veille du service militaire, lors des « trois jours », qu’aujourd’hui l’opinion ne s’alarme guère, alors qu’il baisse pour de bon. Il faut pourtant sonner le tocsin. Tous les indicateurs sont au rouge. Dans les fameuses enquêtes PISA, la France est passée entre 2000 et 2009, pour la compréhension de l’écrit, du 10e rang sur 27 pays au 17e sur 33. La proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas cette compétence a augmenté d’un tiers, passant de 15,2 %, à 19,7 %.

[3Éducation, société et politiques , Une histoire de l’enseignement en France de 1945 à nos jours septembre 1997 Seuil Collection Points Histoire, numéro 242

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