Les Clionautes https://www.clionautes.org Le mouvement des professeurs d'Histoire Géographie Mon, 06 Jul 2020 14:19:57 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.2 Jeanne d’Arc, une héroïne au service des mangas – Partie 2 https://www.clionautes.org/jeanne-darc-une-heroine-au-service-des-mangas-partie-2.html https://www.clionautes.org/jeanne-darc-une-heroine-au-service-des-mangas-partie-2.html#respond Mon, 06 Jul 2020 13:22:44 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21545 Dans cette seconde partie, je vous propose de revenir sur les différentes manières employées par les mangakas pour intégrer Jeanne d’Arc dans leur fiction. Après lectures il m’est apparu qu’elle peut être rangée dans des catégories prédéfinies en fonction de l’usage déterminé par les auteurs. Pour cette typologie qui tente d’être académique, je suis donc allée du plus pédagogique au plus loufoque et/ou anecdotique tout en tentant de ne pas trop vous spoiler si vous souhaitez lire le manga en question … 😀

 

D’Arc apprenante

Il nous faut d’abord revenir sur un genre peu voire pas du tout diffusé en France (ou alors à l’insu de notre plein gré) : le manga pédagogique. Prenant pour thèmes principaux l’histoire et les « vies illustres », les sciences, et la littérature classique, il est, en principe destiné aux enfants et s’inscrit comme son nom l’indique dans une démarche pédagogique apparu dans les années 60. Natsume Fusanosuke, considéré actuellement comme l’un des critiques majeurs du manga, utilise d’ailleurs l’expression : « apprendre la vie à travers le manga ». En effet, durant les années 60, le manga commence une double mutation :  1) – il se diversifie et cherche à atteindre tous les âges et tous les publics, 2)  -il cherche à devenir pédagogique en devenant et en étant considéré comme un outil potentiellement didactique au service de la pédagogie et non une fin artistique en soi, tandis qu’en parallèle les fictions historiques deviennent un genre à part entière. Le développement et le succès qui s’en suivent sont liés à la diversité grandissante du public recherché et s’explique aussi par sa capacité à susciter l’intérêt du lecteur et à faciliter la compréhension de sujets difficiles. Natsume Fusanosuke analyse cette mutation comme le résultat des attentes de la génération du baby-boom (dont il fait partie), et estime que sa génération (il est né en 1950) a tiré ses connaissances de la vie et du monde du manga, davantage que de la littérature ou du cinéma.

Pour se représenter en France ce que le manga a pu représenter en termes d’approche parlante et stimulante d’une histoire culturelle complexe pour un jeune japonais des années 70, il faut citer encore une fois l’oeuvre incontournable d‘Ideka Riyoko Versailles no bara (Lady Oscar en France) shōjo publié à partir de 1972 grâce à laquelle les Japonais ont étudié en première approche la Révolution française [1]. Les mangas gagnent alors en légitimité et en popularité grâce à la recherche documentaire qui les accompagne, Versailles no bara s’appuyant par exemple sur la biographie de Marie-Antoinette écrite par Stefan Zweig et publiée en 1932 [2]. Mais revenons à Jeanne parce que … C’est le sujet ! …

Jeanne d’Arc s’inscrit dans ce premier courant. Nous la retrouvons naturellement dans les collections pédagogiques dirigées par des universitaires et, la plupart du temps, elle est l’une des rares femme de l’histoire européenne et mondiale présente en couverture.

L’auteur cherche en quelques volumes, à raconter l’histoire de Jeanne d’Arc à proprement parler. Les mangas plus romancés sont également nombreux. Nous citerons ici l’exemple de la Jeanne d’Arc de Chihiro Tamaki est sorti récemment en France aux éditions Salvator, éditions spécialisées dans les titres spirituels et religieux. Préalablement paru au Japon en 2011 chez l’éditeur Shôgakukan, il a été supervisé par Masakatsu Adachi, chercheur spécialisé en histoire de France et par ailleurs auteur d’un roman consacré au bourreau Sanson. Le synopsis de l’éditeur explicite ce souci de coller à la réalité historique : Voici l’épopée de Jeanne d’Arc, de son enfance à Domrémy jusqu’à sa mort, à 19 ans, sur le bûcher de Rouen. Fidèlement restitué dans son contexte historique, il fait entrer le lecteur au cœur des combats militaires et politiques de la Guerre de Cent ans et découvrir la foi, le charisme et la détermination d’une jeune fille exceptionnelle.

Le récit reste en général fidèle à la trame historique mais demeure adapté au public. L’objectif n’est pas de restituer la psychologie de Jeanne qui, à certains égards peut paraître très contemporains et digne parfois d’une lycéenne japonaise actuelle, mais de retracer les grandes lignes de son épopée et de la rendre accessible à son lectorat.

Les zones d’ombres et les angles morts de la vie de Jeanne sont parfois largement exploités dans les one shot à prétention (légitimes) historiques qui cherchent à romancer davantage son histoire, c’est peut-être aussi ce qui donne le « piment » et permet d’établir une différence d’un auteur à l’autre. Dans ce registre nous pouvons ainsi classer le one shot Dance macabre de Seiyou Ankoku Shoushi consacré aux derniers jours de Jeanne et à l’hypothèse de son viol.

A mi-chemin entre une Jeanne réaliste et fantaisiste nous pourrons citer le cas particulier de Mahou Shoujo Taruto Magika : the legend of Jeanne d’Arc, écrit et illustré par le duo Magica Quartet composé de Masugitsune et Kawazuku et publié chez Honbusha à partir de 2013 et déjà évoqué dans la première partie. Malgré son aspect très fantaisiste qui fait de Jeanne d’Arc une Magical Girl dans la plus pure tradition du genre, les auteurs se sont attachés à s’appuyer sur une réalité historique solide présente à travers la présence des cadres chronologique et géographique. L’appui principal est celui de la carte du Royaume de France résumant la situation géopolitique de ce dernier avant l’arrivée de Jeanne. Même si certaines frontières peuvent paraître un peu contestables pour un historien, sa justesse reste remarquable. Ici, ce n’est pas l’histoire qui est au service de la fantaisie mais l’inverse : la fantaisie permet d’inculquer des notions d’histoire complexe à un jeune public peu au fait de l’histoire médiévale française et européenne et plutôt tourné sur son archipel.

Cette volonté de réalisme historique qui sert de point d’appui à l’intrigue est également présente à travers la présentation furtive mais très précise de sa famille et surtout de sa mère Isabelle Devouthon surnommée « Romée », surnom dont elle a probablement hérité après un pèlerinage à Rome, comme le mentionne la case qui lui est dédiée.

La question des capacités littéraires de Jeanne est aussi abordée avec l’épisode de sa signature. Ici, Jeanne est amenée à signer, exercice auquel elle s’exécute difficilement, avec une fantaisie assumée par les auteurs qui ainsi peuvent introduire son surnom de Tart, son nom de famille, d’Arc étant mal interprété par Tink. À noter que les rares documents connus signés par Jeanne et conservés [3] n’ont d’ailleurs jamais porté son nom de famille.

Ce réalisme n’est pas forcément présent cependant dans tous les mangas. Ainsi, la version en deux volumes de Ryo Kurashina et d’Akio Shiba propose une carte anachronique en début avec les frontières actuelles de la France, (sans doute pour simplifier la compréhension du lecteur) pour ensuite être rectifiée au cours du récit afin de présenter la situation géopolitique de la moitié nord de la France à la veille de son intervention.

Enfin, je passerai sous silence quelques mangas qui se livrent à une soupe à l’histoire en mélangeant allègrement les références des époques médiévales et de la Renaissance comme Yurishīzu Jan’nu Daruku to Renkin no Kishi  (en français : Ulysse : Jeanne d’Arc et le chevalier alchimiste) pour parvenir au genre fantasy …

 

Jeanne fantasy

A l’inverse, Jeanne est un prétexte pour introduire des personnages fantaisistes aux pensées plus ou moins … voire pas du tout complexes. Les mangas avec une Jeanne d’Arc prétexte ou « Jeanne fantasy » sont légion et ici, nous avons affaire à une véritable foire à l’imagination sur le fond et la forme mais qui cependant peut s’avérer intéressante si l’on s’intéresse aux traits qui ont été conservés malgré l’extrême légèreté du traitement du personnage. La Jeanne historique s’efface et se met au service de l’imagination du mangaka. Ne pouvant faire le tour des titres et pour éviter l’effet catalogue, j’en retiens trois ici pour la démonstration représentative des « délires créatifs » des mangakas.

Dans le seinen de Kumiko Suekane Afterschool charisma publié entre 2009 et 2014 au Japon, Jeanne est intégrée à une école de clones de personnages historiques où elle détonne par son caractère sombre. De sa référence historique elle garde les cheveux courts, une certaine idée de sa vie et de son armure, mais guère plus. Les anachronismes les plus assumés sont de mise : entre Adolf H. aux grands yeux de cocker soucieux de son amie et Napoléon B. le BG qui ne reste pas insensible à son charme, nous sommes servis !

Consciente d’être le clone d’une héroïne au destin tragique, ses questionnements l’agite jusqu’au jour où elle rencontre la précédente Jeanne qui semble avoir pris son destin en main et cherche à la sauver[4].

Dans un genre plus fantaisie Fate / Apocrypha propose une Jeanne un cran au-dessus (mais en dessous de certaines versions en jeux vidéo …). Comment résumer Fate / Apocrypha ? Pour faire (très très) simple, retenons qu’il s’agit d’un univers parallèle à celui de Fate /stay night qui n’est pas un manga au départ. Dans cet univers retenons que deux factions luttent dans le cadre de la guerre du Graal : La Faction Noire et la Faction Rouge pour l’obtention du Graal. Ce dernier a la capacité d’invoquer Ruler, un Servant qui agira en tant que médiateur de la Guerre du Saint Graal tout en restant neutre aux combats entre les Servant des deux factions (c’est bon j’ai perdu personne ?). Qu’est-ce qu’un Servant ? Ce dernier est la réincarnation d’un ancien Esprit Héroïque, un mythe populaire par excellence et … justement il s’agit de Jeanne d’Arc. Ses caractéristiques fixes témoignent de la caricature dont Jeanne fait l’objet puisqu’ici son versant « fantaisie » aime prier et brandir son arme (mais pas étudier), son drapeau, tandis que Gilles de Rais est son ennemi. Nous passerons sur le merchandising massif qui accompagne Fate/Apocrypha et le personnage de Jeanne en particulier, qui en dit long sur l’hypersexualisation de l’héroïne pratiqué par les marchands de figurines et de t-shirt en tout genre au Japon.

Dans quelques cas elle est simplement un prête-nom et la Jeanne historique s’efface quasi totalement. C’est le cas dans Kamikaze kaitō Jeanne, shōjo signé par Arina Tanemura, prépublié à partir de février 1998 dans le magazine Ribon au Japon et proposé en France par Glénat depuis juillet 2014. Cette version s’inscrit dans la tradition de la Magical Girl n’affichant aucune prétention historique (look, buts, fond de l’histoire… nada …) mais lorgne plutôt du côté de trois influences majeures dans l’histoire et le genre du shōjo :

Cat’s Eye avec le fameux tryptique « lancer de carte en préavis de vol /armée de voitures de police impuissante qui la course la nuit / amour avec un flic qui la recherche »,

Sailor Moon pour le stylisme, la double identité et le pouvoir (issu) de la Lune

Card Captor Sakura pour une partie de l’intrigue et des ressorts magiques.

 

Ici Maron respecte la tradition de la jeune lycéenne le jour et la réincarnation de Jeanne d’Arc la nuit. Grâce à l’aide de l’ange Fin, elle se transformer pour combattre les démons ! Maron ne vole pas pour le plaisir (comme les sœurs Kisugi), mais pour rendre leur pureté aux œuvres d’arts instrumentalisées par des créatures maléfiques afin de pervertir les humains. Le thème de la réincarnation de Jeanne est présente dans un certain nombre de mangas la mettant en avant, que ce soit dans Chrome Breaker de Chaco Abeno ou encore Fate/Apocrypha.

 

Dark d’Arc

Enfin, dans quelques mangas, Jeanne bascule du côté obscur mais ils sont rares. Je n’ai retenu que celui de Jeanne réalisé dans le seinen Drifters. Le synopsis est le suivant : Toyohisa Shimazu, jeune samuraï participant à la bataille de Sekigahara se retrouve soudain plongé dans un autre monde. Rapidement il découvre que plusieurs autres guerriers renommés ont dérivé dans cette dimension. Une guerre sans merci dont il ignore encore les tenants et les aboutissants l’attend d’entrée de jeu, sous la bannière du célèbre Oda Nobunaga !

Deux camps s’affrontent : celui du Bien, les « Drifters », et celui du Mal incarné par les « Rebuts ». Ce manga mélange d’ailleurs assez aisément les personnages historiques puisque nous retrouvons pêle-mêle Hannibal, Scipion l’Africain, Raspoutine et quelques personnages de l’histoire japonaise qui bien entendu se retrouvent de manière privilégiée dans le camp du Bien, celui des « Drifters ». Chez les « Drifters » nous retrouvons Oda Nobunaga [1534-1552], Daimyo ayant oeuvré pour la réunification du Japon pendant  l’ère Sengoku. Ici, Jeanne d’Arc (qui fait quasiment office de miroir maléfique et féminin à Nobunaga) fait partie du club des « Rebuts » aux côtés de la Princesse calculatrice (et maîtresse des glaces) Anastasia Romanov. Elle combat dans cet au-delà guerrier pour un Empire créé 60 ans plus tôt par un certain … Adolf Hitler (tiens ? encore lui ?) ayant atterri dans cette dimension et dont les elfes ne savent déterminer s’il était un « Rebut » ou non … mais ceci est une autre histoire. Elle est secondée par Gilles de Rais, ici transformé en brute monumentale quasi indestructible et qui la sert aveuglément. L’intention de l’auteur est assez clair : Jeanne incarne à elle seule l’allégorie de l’impérialisme européen agressif, position renforcée par son alliance avec une Romanov ce qui n’est pas sans renvoyer aux différends du Japon avec la Russie et l’Occident à la fin du XIXeme siècle. Le traitement graphique de Jeanne lui attribue un corps androgyne en contrepoint des autres personnages féminins (le héros lui demandant au passage même s’il s’agit d’un homme ou d’une femme), des cheveux courts et un pouvoir mystique lié au feu.

Que reste-t-il de la Jeanne d’Arc historique dans ce personnage ?

Autant le dire pas grand-chose. Ici elle campe une guerrière, coriace,sanguinaire et impulsive contrairement à Anastasia, un caractère en contradiction avec les témoignages d’époque qui rapporte une Jeanne plutôt pacifique (sauf à l’égard des ribaudes) et soucieuse de ne pas verser le sang. L’auteur n’hésite pas dans les chapitres 22 et 23 à la charger d’une violence extrême doublée de paroles racistes anachroniques à l’égard du héros Shimazu. Le seul moment de grâce perceptible reste celui où ce dernier la jette dans un puits. Jeanne reprend contact avec l’eau ce qui la projette au moment où elle fut brûlée à Rouen. Elle finit par se présenter au héros en tant qu’héroïne qui s’est battue pour la France et qui en est morte, brûlée sur un bûcher. Cet élément n’est présent que pour expliquer sa maîtrise du feu son rejet et sa haine envers une humanité ingrate. En retour, Shimazu lui avoue son ignorance et même son désintérêt total et définitif pour son histoire. Mais ici, peu importe la réalité historique qui ici se résume à trois éléments non structurants du récit : l’identité de Jeanne, son combat, sa mort sur un bûcher et l’existence de Gilles de Rais. Seul compte ici le sentiment que Jeanne a pu développer au moment de sa mort historique et qui expliquerait sa présence parmi les « Rebuts » à abattre. Bien entendu , le graphisme ne privilégie quasi aucune réalité historique quant au traitement de son physique (sauf les cheveux courts) et en particulier de son armure qui répond au contraire aux critères répondant en partie au genre steampunk en usage actuellement dans les mangas. Jeanne d’Arc qui apparaît cependant comme une cavalière émérite use et joue davantage du couteau et de la flamme que de l’épée et de l’étendard. Bien entendu l’éthique du samouraï est sauve : le héros refuse de la tuer.

Jeanne « guest star »

Enfin, parfois Jeanne d’Arc apparaît en arrière-plan d’une histoire plus complexe et, sans être le personnage principal, sa trajectoire historique vient nourrir une réflexion plus globale de l’auteur. Ainsi par exemple, nous pouvons citer l’apparition de Jeanne d’Arc dans Foods Wars, manga s’inscrivant dans le genre gastronomique écrit par Yūto Tsukuda et dessiné par Shun Saeki, (avec la participation de Yuki Morisaki, qui parvient à combiner l’impensable : mannequin et chef pour les plats). Mais je préfère retenir l’apparition de Jeanne dans l’oeuvre de Gō Nagai dans Devil Man paru au Japon au début des années 70.

Nous sommes en 1972 et Gō Nagai n’a pas encore créé Grezinger (connu sous le nom de Goldorak, en France) ni Cutey Honey. A une époque où le Japon est encore marqué par le traumatisme de la guerre, Gō Nagai qui est né le 6 septembre 1945, est alors un jeune auteur prometteur, nourri dans son enfance par ces récits traumatisants de la guerre. Antimilitariste, opposant à l’arme nucléaire et à l’impérialisme américain, il est également pris par les mouvements d’émancipations et de révoltes estudiantines et ouvrières qui caractérisent la fin des années 60 au Japon. C’est dans ce contexte qu’il publie Devilman entre 1972 et 1973 dans Weekly Shōnen Magazine. La trame globale de Devilman est la suivante : Akira Fudô, jeune garçon peureux ne parvient pas à défendre son amie agressée par des voyous. Il est secouru par Ryô, son ami d’enfance. Ce dernier venu le chercher lui fait alors une terrible révélation : les démons existent et sont sur le point de se réveiller. Le seul moyen de les combattre pour Akira est d’en devenir un à son tour. Jeanne apparaît dans le tome 3 de la série. Pendant qu’Akira se familiarise avec les pouvoirs d’Amon en tant que Devilman, son ami Ryô, lui, a acquis un autre pouvoir : celui de voyager à travers le temps, afin de combattre les démons qui se sont immiscés dans certains bouleversements majeurs de l’Histoire humaine. Durant cinq chapitres indépendants et fatalistes, Gō Nagai revisite à sa manière certains événements historiques avec en tête Jeanne d’Arc [5]. L’histoire met donc en avant une Jeanne attrapée sur le champ de bataille par des démons qui la jugent et l’accusent de sorcellerie pour justifier sa mise à mort. Jeanne tente de répondre. Elle se défend avec des arguments prenant pour thème la liberté l’indépendance et le féminisme que des manifestants japonais de gauche de l’époque ne peuvent pas renier mais elle ne doit sa survie qu’à Devilman qui finit bien sûr, par la délivrer.

*-*-*

Ainsi Jeanne d’Arc apparaît dans la plupart des genres du manga comme une héroïne incontournable. Ici je ne vous ai proposé que quelques titres parmi ceux disponibles. A-t-elle inspiré des personnages féminins ? Difficile de l’affirmer … Pour cela il faudrait interroger et faire avouer les mangakas sur leurs processus de création. Mais nous pouvons avec notre distance et notre imagination assumées, supposer que le fantôme de la Pucelle hante de manière inconsciente certains profils féminins sur papier. A ce titre, Casca l’héroïne de Berserk, manga de Kentaro Miura classé dans le genre dark fantasy publié à partir de 1989, cumule des points communs. Née à la frontière entre deux territoires en guerre, cheveux courts et menant bataille épée à la main, les similitudes basiques sont là. Pour autant, l’auteur ne revendique officiellement aucune inspiration provenant de Domrémy mais, inconsciemment, le lecteur occidental peut être amené à y songer …

Sur ce, (et comme je n’ai pas d’idée pour conclure de manière sérieuse et académique), j’espère que cet aperçu de la manière dont cette icône du roman national française est déconstruite et relativisée par le manga vous aura permis de sourire et de voir autrement une partie de la BD japonaise.

A très vite pour une autre série 😉

Cécile DUNOUHAUD

Bibliographie indicative :

-Colette BEAUNE Jeanne d’Arc, vérités et légendes, Paris Editions Perrin, 2020 (3ème édition), 253 pages.

-Marie-Véronique CLIN Idées reçues sur Jeanne d’Arc, Paris, Editions le Cavalier bleu, avril 2020, 123 pages

– Pascal-Raphaël AMBROGI, Dominique LE TOURNEAU Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc, Paris, Desclée De Brouwer, 2017

-Naoko MORITA « Bande dessinée et pédagogie : pour une esthétique du « manga d’information » au Japon » pp. 93-104, extrait de : Naoko Morita, La pédagogie par l’image en France et au Japon, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 154 pages. Lien : https://books.openedition.org/pur/35212?lang=fr

 

 

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[1] Bien entendu, il n’est pas question ici d’aborder le fond de Lady Oscar qui peut faire légitimement sursauter des historiens  allergiques à la fantaisie des mangas. Mais son importance a été reconnue à tel point que son auteure Ideka Riyoko est jusqu’à ce jour la seule mangaka décorée de la Légion d’Honneur. Lady Oscar est reconnu pour avoir jeté un pont culturel entre la France et le Japon

[2] Les mangas affichant une volonté historique ou soucieux de véracité accompagnent leur volume d’un petit dossier documentaire éclairant le (jeune) lecteur sur certains aspects techniques peu ou pas abordés dans l’intrigue. Par exemple Reine d’Egypte de Chie Inudoh intègre dans le tome 3 quelques pages centrées le British Museum et quelques reliques exposées de l’Egypte des pharaons.

[3] Lors de son procès, Jeanne déclara ne savoir « ni A ni B ». Au total, 19 de ses lettres ont été conservées dont 3 signées de sa main.

[4] Je n’en dis pas plus !

[5] Les chapitres suivants reviennent notamment sur les origines de l’antisémitisme d’Hitler, les prémisses de la Révolution Française, et le conflit opposant Little Big Horn les Sioux et les Cheyennes à l’armée américaine.

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Nous vous annonçons que très prochainement la Rubrique Bachibac va s’enrichir notablement et nous lançons ici un appel aux collègues intéressés à rejoindre notre équipe, en particulier ceux qui enseignent en sections Abibac et Esabac.

L’objectif est de constituer des équipes « Sections Binationales » autour de nos disciplines Histoire et Géographie, en associant nos collègues de Langue et Littérature. Nous souhaiterions surtout que des collègues espagnols, allemands et italiens enseignant dans ces sections puissent également y participer.

Cet espace se veut un lieu d’échanges et de réflexions sur une Histoire politique comparée entre les différents pays concernés, un lieu de contacts afin de fédérer et de créer une synergie sur d’éventuelles mobilités de professeurs et d’élèves, un espace de réflexion sur la formation des collègues et un lieu de convergence pour les différents acteurs (Parents, élèves et Institutions).

Rejoignez-nous ! Nous avons besoin de vous pour construire ensemble ce beau projet !
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Acte III du déconfinement. La veille des Clionautes passe les 100 jours… https://www.clionautes.org/la-veille-des-clionautes-continue-avec-le-deconfinement-en-attendant-lapres.html https://www.clionautes.org/la-veille-des-clionautes-continue-avec-le-deconfinement-en-attendant-lapres.html#respond Sun, 28 Jun 2020 10:24:01 +0000 https://www.clionautes.org/?p=20137 J45 et 100e jour depuis le confinement !

Les Clionautes opposent leur badge « aux badges de la honte ». Rejoignez-nous pour agir ! 

C’est pour cela que nous continuons à vous informer régulièrement des actualités, de l’évolution du monde, de nos ressentis, de nos colères et nos bonheurs, sans se faire trop d’illusions sur une fin et un retour rapides à la « normale ».

Notre vie a de toute façon changé.

2 juin 2020 : Acte II du déconfinement

Déconfinement, Acte II : Après une période de transition de 21 jours – soit 74 jours en tout depuis le 17 mars – ce sont les cafés et les restaurants, lieux de convivialité à la française, qui ouvrent enfin. L’économie du pays et ses écoles restent dans un flou lié au moment historique que nous vivons. Et courage à ceux qui reprennent enfin le travail en continuant à se protéger et à observer les règles de distanciation sociale.

J48 : Nous sommes à un peu plus d’une semaine d’un déconfinement à la fois espéré et redouté.

Acte I du déconfinement, au jour le jour

J30 : 1 mois passé et encore autant à vivre. Les médias nous informent et nous saturent. On continuera donc d’y faire le tri avec  les données ci-dessous, toujours agrémentées de quelques pincées d’humour et de culture. Et puis privilégier l’occasion de lire ou d’écouter une réflexion qui prenne en compte l’inédit de nos vies confinées et ce que pourrait être l’après. Aujourd’hui, ce que serait « la sortie de guerre » selon Stéphane Audoin-Rouzeau.

Le confinement est là ! A partir du mardi 17 mars, les Clionautes vous informent avec les dernières Informations scientifiques et pratiques sur les conséquences quant à notre travail et à notre vie quotidienne.

Le journal au quotidien des 56 jours de confinement

Pour sortir d’un climat anxiogène, largement entretenu par les chaînes d’information continue, Jean-Michel Crosnier tient une veille quotidienne sur les informations pertinentes et vérifiées à propos de ce phénomène largement inédit.

Historiens et géographes, nous mesurons aussi le caractère particulier de cette pandémie qui illustre à notre sens un aspect de la mondialisation qui n’est pas forcément le plus positif. Notre mode de vie, nos sociétés, seront–elles bouleversées à l’issue de cette pandémie  ? Il est certainement trop tôt pour le dire. Mais il est incontestable que des dispositifs particuliers se mettent en place, que les sociétés ont des postures de résilience différentes, mais au final, il y aura certainement des leçons à tirer de cet épisode.

Bruno Modica, pour le Comité éditorial des Clionautes

Comment pourra être le monde d’Après 

Des infos scientifiques, au fur et à mesure des avancées des chercheurs de la communauté internationale (données statistiques, cartes, analyses par les experts de la santé et de la géopolitique. 

 

 

 

 

 

La carte mondiale Arcgis actualisée chaque jour

 

 

 

De la cartographie historique :

les premières pandémies cartographiées au XIXe siècle avec les ravages du choléra à Londres et à Paris par John Snow et Charles Piquet : :http://www.pearltrees.com/clio_news/premieres-cartographies/id30292160

 

 

 

 

une échelle de temps comparant les grandes pandémies par nombre de morts :

 

 

 

 

 

 

 

 

Visualiser l’histoire des pandémies

 

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Les badges de la honte ! https://www.clionautes.org/les-badges-de-la-honte.html https://www.clionautes.org/les-badges-de-la-honte.html#comments Sat, 27 Jun 2020 09:14:01 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21442 On a pu croire, l’espace d’un instant, au détour d’un clic de souris, à une plaisanterie. Mais les plus expérimentés d’entre nous ont très vite compris.

En sortie de crise, le pire est toujours certain.

À l’origine de ce qui relève bel et bien d’un coup de colère, cette initiative d’une direction académique du numérique éducatif dont l’absence de culture historique l’a conduite à réinventer les décorations pour services rendus que la défunte Union soviétique distribuait pour n’importe quelle occasion.

Les Clionautes sont des historiens géographes, et nous savons décrypter un message, même lorsqu’il prend l’allure de la bienveillance ou de la reconnaissance.

Car soyons clairs, dans cette campagne sur les « open badges » distribués aux professeurs méritants, il n’y aura ni reconnaissance, ni bienveillance.

Depuis le 17 mars, des professeurs pionniers du numérique, et dont la formation ne doit rien à ce qui a pu être dispensé par les dispositifs coûteux de la DAFPEN, se sont investis et engagés, avec leur propres solutions logicielles et matérielles pour remédier aux déficiences de leur institution.

Avec le temps de réaction qui la caractérise, c’est-à-dire après la bataille, voici que la direction académique du numérique éducatif de l’académie de Montpellier, suivie par d’autres hélas !, propose aux professeurs qui se sont investis :

http://www.pearltrees.com/t/badges-academie-de-montpellier/id25841303

complot maçonnique

Une superbe collection de badges gommettes, parfois présentée par la rectrice elle-même, comme à Poitiers, en guise de reconnaissance.

Et la pandémie se répand. Nice n’est pas épargnée. Nous compléterons au fur et à mesure la liste des clusters.

Ces fameux badges avaient été envisagés auparavant, dans le cadre de dispositifs toujours aussi coûteux et inutiles, avant la pandémie.

MAIS ce qui est tragique, et disons le mot honteux, c’est que des services comme la direction académique du numérique éducatif, cherchent à instrumentaliser, à seule fin de justifier leur existence dont l’utilité interroge, l’investissement volontaire, désintéressé dans la plupart des cas, des professeurs pendant la période du confinement.

Ce ne sont pas ces badges à l’esthétique douteuse, version label Rouge pour certains produits alimentaires, assortis d’appellations en novlangue « agilité pédagogique », saupoudrés d’écriture inclusive «  Passeur.euse », par exemple qui vont dissimuler les défaillances majeures de l’institution « éducation nationale » dans ce domaine.

« Nous sommes prêts ! » disait un ministre de rencontre à qui voulait l’entendre.

« Nous arrivons toujours en retard ! » chantent les carabiniers d’Offenbach !

Nous sommes pour beaucoup d’entre nous en colère, car dans le domaine de l’utilisation du numérique éducatif, les Clionautes ont été des pionniers, des découvreurs, des bâtisseurs.

  • Combien de séquences, d’évaluations, de sources documentaires utilisables, avons-nous été capables de mettre en ligne à la disposition de nos collègues ?
  • Faut-il vraiment comparer ces ressources vraiment utiles, directement opérationnelles, à ces litanies d’injonctions à découvrir des ressources qui n’ont pas été évaluées, et que certaines inspections pédagogiques régionales diffusaient en utilisant ces listes académiques au fonctionnement vertical qui rappellent ce que l’on appelait, avec ce typique détournement de langage, « le centralisme démocratique », si peu démocratique d’ailleurs ?

Il s’est même trouvé certains collègues, très peu nombreux il est vrai, qui ont accepté de fournir quelques séquences pour alimenter des sites académiques dont le vide était sidéral. Ils mériteront assurément qu’on vienne apposer sur leur poitrine ces badges « de la honte ».

Car je n’ai pas d’autre mot à proposer. La HONTE !

Après 15 jours de continuité pédagogique, mise en œuvre à l’initiative des professeurs, avec leurs propres moyens, sans aucun soutien, apprendre au détour d’une déclaration sur une chaîne d’information en continu que cela n’aurait servi à rien, a bel et bien représenté pour beaucoup d’entre nous une humiliation.

Et cette humiliation, nous la portons en nous comme une tache honteuse. 

En voyant ces alignements de badges aux couleurs chatoyantes, élaborés sans doute par un cabinet d’infographie, ce qui au passage nous amène à nous interroger sur le coût de cette campagne, nous tenons à rappeler aux « roitelets » qui nous gouvernent, ces généraux d’armée mexicaine aux titres ronflants de chargés de missions diverses (et dernière innovation en date : les GAR, Gestionnaires d’Accès aux Ressources), que c’est dans nos classes, avec de vrais élèves, que nous attendons de voir mis en œuvre les gadgets qu’ils préconisent.

On a même osé proposer un badge de « transmetteur.euse » sans en reprendre le terme heureusement, cela aurait été une insulte à nos soldats.

 

Nous en proposerons un autre : il existe depuis 20 ans, et nous sommes fiers de l’arborer !

C’est un badge de transmetteur en effet, et c’est bien ce que nous sommes. «Transmetteurs et passeurs de savoir».

Et ce badge de transmetteur qui porte nos couleurs, on me permettra de l’associer à la devise des vrais transmetteurs,

« L’arme qui unit toutes les armes »

ADHÉRER AUX CLIONAUTES  

Le temps du combat est venu ! 

Ne pas réagir et laisser faire, c’est être complice d’une machine qui broie les individus, stérilise leurs initiatives, les humilie et les infantilise.

Ce ne sont pas des likes sur les réseaux sociaux dont nous avons besoin ! Mais de votre engagement, résolu et déterminé comme historiens et géographes à nos côtés, chez nous, chez vous !

ADHÉRER AUX CLIONAUTES 

Post-scriptum.

Cette épidémie de Badging semble se diffuser sur plusieurs académies. Après Montpellier, Nice et Poitiers, nous avons pu noter que Versailles avait été contaminée. il nous a été également apporté une pépite originale venue de Normandie qui daterait de 2017.

jamais la formule « quand on touche le fond, on creuse encore » n’a jamais été aussi appropriée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul voici également un récapitulatif utile sur l’origine de la pandémie.

Qu’est-ce qu’un Open Badge ?

NUMÉRIQUE ET DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL

Et pour ceux qui n’auraient pas compris cette pitrerie, vous trouverez ici un schéma ludique, comme de bien entendu, qu’il conviendra de modéliser à défaut de mémoriser, car cela suppose un effort, dans le socle de compétences.

Mise à jour du 1er juillet 17h38

durement éprouvés par le covid 19 la région Grand EST semblait être à l’école de la pandémie du Badging 20.

hélas, hélas, hélas, dans l’académie de Besançon la DANE avait laissé sur sa page, avant de le retirer à 17h30 exactement le lien vers les badges BRAVO

Badges pour Reconnaître les Aspirations, les Valeurs et les Œuvres 

Parce que chers amis, malheureusement je n’invente rien, il se trouve dans les services académiques, avec dans ce cas précis un financement région, Bourgogne Franche-Comté pour dire clairement les choses, des gens qui sont payés à trouver des conneries pareilles.

Beaucoup de gens de bonne foi je le répète ont cru que ce genre de fadaises était une blague lorsque nous avons publié cela sur les réseaux sociaux.

Et bien non, dans cette situation comme dans bien d’autres malheureusement dans notre institution, le pire relève toujours de la certitude.

Malheureusement,  les éminences numériques de ce service dont on pourrait largement se passer n’ont pas supprimé le lien dans le menu. Ils peuvent me demander, on leur expliquera comment faire.

Et bien entendu, cerise sur le gâteau vous trouverez sur ce site les preuves de ce forfait.

Le lancement des Openbadges à la #JNE_19

Allez, soyons fous, je vous offre un badge, il sera certainement collector.

Quand on y réfléchit, et lorsque l’on connaît la concentration d’adeptes des foutaises pédagogiques dans cette académie, dont certains furent d’ailleurs Clionautes, avant que nous ne remettions l’église au centre du village, et que nous transformions cette association en mouvement disciplinaire basé sur la transmission de la connaissance des savoirs, ce n’est finalement pas très étonnant.

La lutte contre cette pandémie du BADGING 19 sera dure et difficile, mais nous allons y arriver.

 

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https://www.clionautes.org/les-badges-de-la-honte.html/feed 7 post_thumbnail https://www.clionautes.org/wp-content/uploads/clionautes/2020/06/badge-boat-reconnaitre-en-nouvelle-aquitaine-sans-contour-300x242-e1588870384415.png 400 284
Jeanne d’Arc, une héroïne au service des mangas https://www.clionautes.org/jeanne-darc-une-heroine-au-service-des-mangas.html https://www.clionautes.org/jeanne-darc-une-heroine-au-service-des-mangas.html#comments Sat, 20 Jun 2020 09:57:01 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21310 Une guerrière derrière la Reine ? …

Depuis la fin du XIXe siècle, les relations culturelles entre la France et le Japon ont toujours été marquées par une forme d’intensité et de respects mutuels qui se sont exprimés à de multiples reprises. Le manga s’est fait la traduction de l’intérêt porté par les Japonais pour la culture et l’histoire de France, et réciproquement, comme en témoigne l’importante publication de Paul Erman Europe Japon, regards croisés en bande dessinée parue chez Glénat en 2009. Cet ouvrage se proposait alors de confronter et de réfléchir sur les visions réciproques de ces deux cultures parfois aux antipodes l’une de l’autre à travers le manga. Cette comparaison repose essentiellement sur les représentations historiques et sociétales que se font les deux pays à travers quelques exemples choisis. Jeanne d’Arc en fait justement partie.

Ce serait également enfoncer une porte ouverte que de rappeler la fascination des Japonais pour l’histoire de France comme en témoigne leur présence et même l’existence de syndrôme de Paris, trouble psychologique spécifique aux japonais visitant la capitale tandis qu’à l’inverse, pour beaucoup de français reste le fantasme « d’aller au Japon ». La fascination pour les icônes et la culture locales est réelle et réciproque.

Parmi les personnages de l’histoire de France qui fascinent les Japonais nous retrouvons, non pas un ou plusieurs héros masculins, mais deux femmes avec en tête de liste LA reine française par excellence aux yeux des japonais : Marie-Antoinette.

Dans la génération des 40tenaires (dont je fais partie … Chut !), rares sont ceux qui ont échappé aux premiers dessins animés diffusés qui n’étaient pas estampillés Made in Japan. A l’époque, les programmateurs ont fait la part belle aux anime en provenance du Japon susceptibles de parler à la culture occidentale en sélectionnant les programmes porteurs de cette culture réciproque en provenance du Japon : on pourrait citer Saint Seiya qui repose sur les mythologies grecques et nordiques, City Hunter (avec son Ryo Saeba à mi-chemin entre un Belmondo et Alain Delon en version obsédé sexuel) mais aussi Lady Oscar qui très vite a montré tout l’intérêt que la culture populaire japonaise a porté à Marie -Antoinette et la période de la Révolution Française. Mais, mais …. Peut-être plus encore que cette dernière qui a sans doute trop focalisé l’intérêt français (de mon point de vue de lectrice de mangas), un autre personnage-phare de l’histoire de France a certainement davantage fasciné les mangakas : Jeanne d’Arc. Sa représentation a commencé à susciter l‘intérêt en France de manière assez tardive à l’occasion de la publication de la série Jeanne par Yoshikazu Yasuhiro chez Tonkam en 2003 qui a fait l’objet d’un certain nombre d’articles conséquents à l’époque. Et pourtant, ce manga, très soigné sur le fond et la forme, n’était ni le premier ni le dernier consacré à la Pucelle d’Orléans.

Par curiosité durant le confinement, j’ai donc procédé à une rapide recension des publications japonaises prenant Jeanne d’Arc pour héroïne. Malgré la distance et l’impossibilité de procéder à un décompte final précis, j’ai néanmoins réussi à recenser une … trentaine de titres sûrs depuis les années 50. Avouons que pour un recensement mené à distance, c’est déjà pas mal …[1]

Je me propose donc à travers ce premier article que je signe pour Clio Geek de revenir (de manière modeste) sur la manière dont Jeanne d’Arc a été représentée aussi souvent dans les mangas. Je me suis posée deux questions : pourquoi Jeanne d’Arc a été reprise comme héroïne principale ou secondaire par les mangakas et comment ?

Par souci de démarche scientifique pure et dure, je rappelle deux failles majeures difficiles à surmonter :

-l’impossibilité de recenser tous les mangas amenant Jeanne d’Arc dans le récit de manière directe ou indirecte,

-le degré de connaissance réel du personnage historique par un certain nombre de mangakas / si possible leur degré de connaissances de Jeanne même si, sur des titres parfois très fantaisistes de bonnes surprises émergent témoignant d’un réel souci historique et pédagogique de la part des auteurs … Donc, tout en ayant conscience de ces failles, nous allons aborder le sujet de notre point de vue avec 10 heures de décalage horaire (sans compter l’enregistrement des bagages et l’attente dans la salle d’embarquement).

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Rappel : chronologie de la vie de Jeanne d’Arc (pour mieux situer les éléments qui vont suivre …)

1412 : (6 janvier ?) naissance de Jeanne d’Arc

1424 : Jeanne entend des voix qu’elle identifie à celles de Sainte Catherine, de Sainte Marguerite et de Saint Michel. Ces voix lui parleraient au nom de Dieu pour lui confier une mission, celle d’aller trouver le Dauphin et de l’amener à Reims pour le faire couronner roi.

1428 : Jeanne décide de quitter ses parents pour se rendre à Vaucouleurs, une forteresse proche de Domrémy. Elle souhaite y rencontrer Robert de Baudricourt, le capitaine de la place, afin qu’il l’emmène voir le roi.

8 mai 1429 : libération d’Orléans.

17 juillet 1429, Charles est couronné roi de France dans la cathédrale de Reims en présence de Jeanne, et prend le nom de Charles VII.

8 septembre 1429 : échec de la reconquête de Paris.

23 mai 1430 : Jeanne est faite prisonnière à Compiègne par les Bourguignons qui la vendent aux Anglais pour 10 000 livres. Elle est emmenée à Rouen pour être jugée par un tribunal.

21 février – 30 mai 1431 : procès de Jeanne sous la présidence de l’évêque Pierre Cauchon.

30 mai 1431 : Jeanne est brûlée sur la place du marché à Rouen. Ses restes sont jetés dans la Seine.

1453 : fin de la guerre de Cent Ans

1456 : procès en réhabilitation de Jeanne d’Arc.

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Jeanne d’Arc, un idéal féminin franco-japonais pour le mangaka 

Comment expliquer cette surreprésentation d’une figure féminine, majeure, de l’histoire de France ? Plusieurs explications peuvent être avancées.

Premier élément que j’invoquerai : Jeanne est « exotique » car française, lointaine ce qui autorise à priori plus facilement au Japon la fantaisie et les distorsions de l’histoire. En effet, Jeanne a cet avantage local de ne pas subir de pression de la part de groupements nationalistes, ici japonais, ce qui ne serait pas forcément le cas avec une icône de l’histoire japonaise. Puisqu’il n’existe aucune pression, le mangaka est libre de l’utiliser dans toutes les situations possibles en fonction du public, du genre visé et du message à faire passer.

Dès lors qu’il s’agit d’incarner la France Jeanne semble choisie de préférence sans doute à cause des caractéristiques que nous allons développer. Je prendrais ici un exemple : le cas du manga satirique Hetalia : Axis Powers, créé par Hidekaz Himaruya distribué en ligne puis publié par Gentosha sous forme de tankōbon (recueil de chapitres) depuis 2008 et qui a la particularité d’anthropomorphiser les différents pays du monde. La France a pour allégorie un amateur de bons vins Francis Bonnefoy dont l’anniversaire a lieu (coïncidence ?) le 14 juillet. Si l’époque de la guerre de 100 ans n’est pas l’objet d’histoire privilégié, dans un album d’illustré ainsi que dans l’anime correspondant, Jeanne apparaît comme la personne représentative du patriotisme, celle qui s’est sacrifiée, personnellement, pour (la) France. Elle peut cependant représenter aussi un miroir inversé et inconscient de l’idéal du samouraï avec qui elle partage la religiosité, la discipline militaire, les armes, et un certain sens du sacrifice.

Ensuite, tout lecteur de manga dénué d’hypocrisie reconnaîtra volontiers que Jeanne épouse a priori un certain idéal féminin majoritairement présent dans les mangas, à savoir la jeune fille qui se situe à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte, (Jeanne étant morte à 19 ans) s’inscrivant dans la catégorie des guerrières. Héroïne par excellence, elle peut sans problème être placée au premier rang de l’histoire et éviter le rôle de la potiche hypersexualisée, plus courant, et qui est censée mettre en valeur le héros (sauf exception récente). Revêtue de son armure, elle est ainsi parfaite pour rejoindre la tradition très représentée dans les mangas de la jeune fille combattante pour une juste cause.

N’oublions pas également deux reproches majeurs qui lui furent formulés de son vivant : le port de l’habit d’homme et la pratique de la sorcellerie. Ces deux accusations permettent ainsi au mangaka de la glisser dans deux autres catégories très présentes dans les publications : celles des femmes travesties et des « magical girls ».

Ayant choisi l’habit masculin de son vivant, elle rejoint là aussi malgré elle une autre tradition de représentations féminines classiques dans les mangas que l’on retrouve avec des personnages connus tels que Princesse Saphir ou Lady Oscar.  Mais ce caractère s’est sensiblement estompé au fil du temps et les représentations récentes font de Jeanne un personnage de plus en plus sexualisé, parfois à outrance.

Le genre travesti remonte à la création du personnage de « Princesse Saphir » par Ozamu Tezuka en 1953. Au début des années 50, Tezuka cherche le moyen d’attirer un lectorat féminin, jusqu’alors peu visé par les auteurs. Mais il se heurte à un problème : comment engager son héroïne dans des scènes d’action alors que l’époque reste encore imprégnée d’un conservatisme total concernant la représentation des femmes ? En effet, cette dernière est vue avant tout comme un être fragile, futile et secondaire, dont l’occupation unique demeure les travaux ménagers. Par conséquent, la mentalité de l’époque ne permet pas à Tezuka de mettre en scène une fille accomplissant des actions héroïques et politiques, domaines réservés aux garçons. Mais … (parce qu’en histoire, il y a toujours un « mais » …) la solution est trouvée : son héros sera une jeune fille travestie par nécessité mais ayant en prime un comportement naturel doublement stéréotypé respectant la tradition : elle est à la fois masculine (intrépidité et courage) et féminine (le goût des beaux vêtements y compris féminins). Cette particularité repose sur la faute commise par un ange malicieux Tink, qui la dote d’un cœur masculin et d’un cœur féminin. La trame repose dès lors sur le synopsis suivant : Saphir est l’héritière du trône du royaume imaginaire de Silverland. Mais ce trône étant réservé aux garçons, Saphir est élevée comme un garçon par son père. A la suite de plusieurs malversations orchestrées par le (forcément vilain) duc de Duralumin, Saphir se voit contrainte de cacher son identité féminine afin d’hériter et d’empêcher la prise de pouvoir par Duralumin aidé par Lord Nylon. Le succès est immédiat auprès du lectorat visé, ce qui ouvre par la suite de nombreuses perspectives aux mangakas qui multiplient les genres en direction des publics féminins et masculins.

La « magical girl » apparait peu après dans les mangas avec les personnages d’Akko, héroïne du manga de Himitsu no Akko-cham publié à partir de 1962, puis, plus connue en Occident, Sally la petite sorcière publiée à partir de 1966. La « magical girl » se définit comme étant une jeune fille, plutôt solitaire, liée à un royaume magique, et possédant des pouvoirs magiques exercés avec discrétion. Son but est, bien entendu, de faire le bien autour d’elle. Elle est la plupart du temps accompagnée soit d’animaux magiques, soit de rares compagnons initiés. Les personnages les plus représentatifs du genre connus en Occident sont : Gigi et surtout Sailor Moon qui a constitué dans les années 90 un tournant. Sa créatrice Naoko Takeuchi y insère dans son récit des éléments du genre Sentai à savoir le groupe destiné à accomplir une mission supérieure pour le Bien de l’humanité. Mais Jeanne d’Arc, qui s’insère historiquement parfaitement à ce genre avec, entre autres, Gilles de Rai dans son groupe, serait plutôt actuellement intégrée à un autre sous-genre plus récent et daté des années 2000 : le « magical guntai » où l’héroïne est intégrée à un groupe de magiciennes marqué par la présence d’une hiérarchie quasi militaire entre ces dernières. Cette trame se retrouve notamment dans le manga Mahou Shoujo Taruto Magika : the legend of Jeanne d’Arc, écrit et illustré par le duo Magica Quartet composé de Masugitsune et Kawazuku et publié chez Honbusha à partir de 2013. Nous sommes en 1425. Jeanne aperçoit un jour une fée. Attaquée par des soldats visiblement possédés, elle est secourue par une jeune fille aux pouvoirs magiques, Riz, et une créature nommée Kyube que Jeanne confond avec un ange et qu’elle est la seule à pouvoir voir. Kyube finit par proposer à Jeanne (qu’il rebaptise Tart) d’intégrer son équipe de magical girls et conclut un contrat qui changera l’histoire de la France. Tart accepte, suit une initiation au combat sous la direction de Riz et quitte Domrémy en 1428.

Mahou Shoujo Taruto Magika : the legend of Jeanne d’Arc rejoint naturellement un autre genre :  le mahō shōjo. Ce dernier genre est qualifié de « féministe » car les histoires proposent aux lectrices japonaises (les premières visées) un idéal féminin émancipateur à l’opposé de la vision traditionnelle de la société japonaise qui impose encore une certaine idée de la jeune fille soumise au patriarcat et cantonnée aux travaux domestiques. Revêtue d’un uniforme (ici son armure), elle fait face à ses ennemis, non sans pleurer parfois comme une madeleine et sans éprouver de la peur. Tout en se battant en tant que fille, elle parvient au fil de l’histoire à surmonter ses angoisses et à se contrôler. Elle n’est plus la victime soumise mais la fille qui gagne et domine. Jeanne d’Arc présente une nouvelle fois le profil idéal pour les auteurs.

Pour toutes ces raisons évoquées, il paraît donc difficile de voir dans la représentation de Jeanne dans les mangas une figure purement militaire ou militariste puisqu’ici elle ne fait qu’empiéter sur un domaine masculin et elle s’efface au profit d’une dimension plus intime et féministe car destinée à un lectorat  féminin, en priorité japonais. Si nous écartons les mangas à vocation pédagogique dont nous reparlerons dans une seconde partie, les intrigues politiques de l’époque et sa lutte contre les Anglais est rarement au premier plan et ne sert que de trame et de cadre de fond. En ce sens, nous pouvons même voir une forme de conservatisme de la part des auteurs qui hésitent à faire de Jeanne l’héroïne majeure et affirmée d’une affaire politique européenne, la guerre de Cent Ans, cette dernière étant édulcorée, réduite au minimum, voire absente. La politique reste une affaire d’hommes.

 

Des angles morts parfaits pour la fiction

 

-Cheveux longs ou cheveux courts ?

Jeanne d’Arc est enfin une candidate parfaite pour les mangas grâce aux nombreux angles morts de son histoire. Le premier concerne son image puisqu’elle demeure une jeune fille dont le visage (et le corps) reste du domaine de l’imagination, aucun portrait réalisé de son vivant n’ayant traversé le temps[2]. N’ayant donc pas réellement de visage historique sur lequel s’appuyer, le mangaka se retrouve donc libre d’y poser le profil qu’il souhaite sans avoir le sentiment de trahir franchement l’histoire. Malgré tout, il existe des descriptions et des traditions orales de Lorraine et de la région d’Orléans qui nous donnent une idée de l’allure de la Pucelle.

Selon les divers témoignages, Jeanne d’Arc aurait été brune, portait les cheveux coupés en rond comme les hommes de guerre de son temps, et mesurait environ 1,60 m. Qualifiée de « bien compassée et forte » dans La chronique de la pucelle, elle apparaîtrait plutôt sportive[3]. Ce sont les miniaturistes italiens des années 1500 qui l’imaginent blonde, grande et mince. Cette dernière image perdure à travers le temps. Deux autres représentations de Jeanne d’Arc ont traversé le temps :

  • Le plus connu est issu du Journal de Clément de Fauquembergue, greffier au Parlement de Paris, un croquis de profil réalisé en marge en 1429 où Jeanne, de profil porte les cheveux longs, une robe et une épée sur le côté. Mais il est assez peu probable que son auteur ait rencontré Jeanne et il semble certain qu’il l’ait plutôt réalisé d’après les rumeurs et/ou son imagination.
  • Le second portrait plus complet à notre disposition a été réalisé vers 1450, vingt ans après la mort de la Pucelle. Il s’agit d’une enluminure dont l’auteur est inconnu, qui apparaît dans un manuscrit des « Poèmes » rédigés par Charles 1er d’Orléans, prince poète et cousin du Dauphin Charles VII[4].

Globalement, les auteurs ont sensiblement respecté les descriptions de l’époque et ce dernier portrait jusqu’aux années 2000 : Jeanne est une jeune fille aux cheveux courts châtains ou roux et en armure. Depuis les années 2000, la fantaisie est de mise : elle est généralement plutôt blonde aux yeux clairs (sans doute pour respecter aussi les stéréotypes japonais concernant la femme occidentale), les cheveux longs parfois et, parfois, dans la tradition conservatrice du manga, un peu naïve (mais pas trop). Son armure est remplacée par un costume clair orné le plus souvent de la croix d’une manière ou d’une autre et de la fleur de lys, symbole de la royauté présent sur son étendard.

Mais ces représentations restent minoritaires, l’idée d’une Jeanne aux cheveux courts est plutôt respectée comme le montre la couverture du tome 2 du seinen de Yuu Hikasa Marion publié en 2019 où Jeanne d’Arc est certes secondaire dans l’intrigue mais un aspect de l’histoire important. L’héroïne y apparaît avec une épée, autre attribut marquant de la Pucelle.

Dans les autres versions (plus ou moins barrées) la mettant en scène, ce sont aussi les cheveux courts qui ont visiblement la préférence comme le montre la version de Jeanne proposée dans Afterschool charisma écrit et dessiné par Kumiko Suekane. Cette version envoie du rêve (!) comme le montre parfaitement le synopsis de base proposé par l’éditeur : « À l’académie St Kleio, le droit d’entrée est très exclusif. La prestigieuse institution n’accueille que des clones de personnages historiques célèbres : Mozart, Élisabeth Ire, Freud, Napoléon ou Hitler. Sommés d’exceller dans les disciplines où ont brillé leurs modèles, ils ignorent tout de la raison de leur existence. Parmi eux, une seule anomalie, le jeune Shiro Kamiya, adolescent tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Alors que le lycéen tente à grand-peine de s’intégrer au milieu de ses illustres camarades, John Kennedy, premier clone sorti de l’académie, est assassiné en pleine campagne électorale. Un clone est-il condamné à revivre le destin de son modèle ? Quels moyens a-t-il d’échapper à son sort ? ». C’est ainsi que Jeanne, naturellement présente, se retrouve parmi d’autres figures féminines notoires : Marie Curie, Elizabeth 1ère ou encore l’impératrice Cixi. Cheveux courts châtains clairs aux yeux bleus, elle incarne la figure féminine forte à la fois mâture et distante de l’histoire mais paniquée par son statut de clone d’une figure de l’histoire à la fin tragique.

-Jamais sans mon épée ni mon étendard !

Les deux autres vides (et pas des moindres) largement exploités par les mangakas concernent son environnement matériel et familial.

Bien qu’elle soit célèbre, il ne reste aucune trace, aucun objet possédé par Jeanne de son vivant. Aucun objet lui ayant appartenu n’a été retrouvé, ni armes ou armure, ni étendard ou épée personnelle. Lors de son procès, Jeanne expliqua elle-même les symboles inscrits sur son étendard :

 « Interrogée si, lorsqu’elle vint à Orléans, elle avait une enseigne, en français estandard ou bannière, et de quelle couleur elle était, elle répond qu’elle avait une enseigne dont le champ était semé de lys, et il y avait là le monde figuré et deux anges sur les côtés (sans doute Sainte Catherine et Sainte Marguerite), et il était de couleur blanche, de toile blanche ou boucassin, et étaient là ces devises : Jhesus Maria, ainsi qu’il lui semble, et les franges étaient de soie »[5].

L’étendard de Jeanne n’est pas oublié par les mangakas, bien au contraire et nous le retrouvons dans la plupart des représentations de Jeanne quelquesoit le degré de fantaisie du personnage et du scénario. Il rejoint là une tradition du héros/ de l’héroïne qui possède toujours un attribut matériel le/la caractérisant, l’auteur n’ayant pas besoin ici de l’inventer. Si les anges n’apparaissent pas forcément, la fleur de lys dont la symbolique n’échappe pas au lectorat japonais, est retenue voire en constitue le seul élément. Dans le cas de Mahou Shoujo Taruto Magika, la bannière insère par contre de manière opportune, Kyube entre Sainte Catherine et Sainte Marguerite.

-Le procès et le bûcher

Certaines autres failles ou ambiguïtés sont aussi largement exploitées sporadiquement par les mangakas. Je ne prendrai pas ici le procès en lui-même, ni le traitement de l’Évêque Cauchon, qui mériterait une analyse comparative approfondie, mais plutôt un autre point sensible, celui concernant les témoignages faisant état d’une tentative de viol contre Jeanne après son jugement et avant son exécution. Deux témoignages contradictoires laissent ainsi une porte entrouverte.

Le premier est formulé par le frère Martin Ladvenu. Ce dernier, membre de l’ordre des frères prêcheurs au couvent de Rouen, âgé d’environ cinquante-six ans au moment du procès de Jeanne, rapporte avoir appris de cette dernière qu’un seigneur anglais serait venu vers elle et aurait tenter de la prendre de force. À la suite de ce moment de tension elle aurait repris l’habit d’homme afin d’éviter toute nouvelle tentative. Ysambard de La Pierre, dominicain du couvent de la Pierre quant à lui affirme alors l’inverse : Jeanne aurait été bel et bien violée à l’occasion de cette rencontre. Un troisième témoignage existe : celui de Pierre Cusquel, maître maçon au château où est détenu Jeanne, qui rapporte les « on dit » et infirmerait la version de Martin Ladvenu. Dans tous les cas, c’est à la suite d’un rapport conflictuel non éclairé, avec des visiteurs peu scrupuleux qu’elle aurait décidé de reprendre l’habit d’homme. Ce doute est exploité par le seinen horrifique Dance Macabre – A Brief History of the Darker Side, signé Kôichi Onishi et publié en 2009 au Japon [6]. Ce manga se propose de revenir en deux volumes sur quelques épisodes historiques sanglants de l’histoire occidentale, Jeanne d’Arc constituant le premier, l’Inquisition, Caligula et la crucifixion de Jésus lui succédant. L’histoire débute en 1430 par sa capture et se termine par sa mort. Entre temps, ce one shot présente Jeanne d’Arc dans la tradition de la frêle jeune fille victime de la barbarie et des calculs politiques, et lui fait subir un viol collectif orchestré par Cauchon qui la force ainsi à reprendre l’habit d’homme, raison principale pour laquelle elle fut brûlée.

-À Catherine …

L’autre faille exploitée concerne sa famille sur laquelle demeurent des inconnues. Si ses parents ont une identité avérée par contre ses frères et sœurs nés avant elle, ont parfois connu un destin incertain. Jeanne avait 3 frères : Jacquemin, Jean et Pierre et une sœur Catherine, morte en 1429 [7]. Ici aussi, ce sont les incertitudes qui permettent une liberté de scénario. Dans la version rattachée au genre shonen proposée par Akio Shiba et Ryo Kurashina[8], Catherine apparaît comme une sœur jalouse de la beauté de sa sœur. Dans Mahou Shoujo Taruto Magika à l’inverse, Catherine est une sœur cadette admirative qui apprend à se battre pour imiter Jeanne, tandis que ses trois frères sont 3 jumeaux. Sa mort, due à une attaque de soldats anglais possédés, sert alors de déclencheur : Jeanne/ Tart part se battre aux côtés de Kyube et des magical girls afin que personne ne connaisse la même tragédie et elle fait le vœu auprès de Kyube de posséder : « le pouvoir d’illuminer la France », vœu qui lui est accordé.

-*-*-

Pour achever cette première partie, je procéderai rapidement aux rappels de quelques évidences. Jeanne d’Arc fait l’objet depuis le XVe siècle de nombreuses rumeurs et légendes entretenues au fil des siècles, qui sont propices à des scénarios divers et variés tandis que son histoire personnelle et familiale est remplie de failles propices pour un scénario de fiction. Et l’imagination peut aller très loin même si cette mythologie semble peu utilisée à priori par les mangakas. Par conséquent, Jeanne d’Arc offre en tant que personnage historique authentique cette double qualité d’être à la fois de s’ancrer dans le réel (attrait culturel et commercial non négligeable) et de pouvoir coller complètement un personnage féminin fantasmé sur lequel ne pèse aucun enjeu au Japon….

Dès lors, une typologie des différentes « Manga-d’Arc » avec quelques surprises à la clé, est possible, ce que nous verrons dans une seconde partie … (attention la 3ème Jeanne vous étonnera …)

Cécile Dunouhaud

_____________________________________________

[1] Pour rappel : en 2009 ce sont pas moins de 1400 titres qui sont publiés au Japon. En France ce sont 150 à 200 sorties enregistrées par an selon les éditeurs. Par conséquent, nous partons sur une hypothèse basse.

[2] Le seul portrait probablement assez fidèle mais perdu depuis, que Jeanne dit avoir vu comme tel fut celui qu’elle dit : « avoir vu, à Arras, une peinture de la main d’un écosser : il y avait la ressemblance d’elle toute armée et présenter une lettre à son droit et était agenouillé d’un genou ». L’auteur de ce portrait, fut probablement James Poulvoir qui avait peint l’étendard de Jeanne d’Arc et avait côtoyé cette dernière.

[3] Cité par Colette Beaune Jeanne d’Arc, vérités et légendes, éditions Tempus, p.213.

[4] Durant sa captivité en Angleterre, il rédige des poèmes (où la Pucelle n’est pas mentionnée) où apparaît ce portrait de Jeanne. Aucun de ses poèmes ne fait mention de Jeanne, mais nous pouvons facilement concevoir que Charles ait connu ou aperçu Jeanne et donc, que ce portrait est pourvu d’une certaine authenticité.

[5] Extrait des minutes du procès datées des 27 février et 10 mars 1430 (traduction).

[6] Ce manga n’a (apparemment) pas été traduit en français dans le cadre d’une publication officielle.

[7] Mariée, Catherine est probablement morte en couches comme beaucoup de femmes de son époque.

[8] Non traduit en français mais disponible en anglais. Publié au Japon à partir de 2013, Il a été publié en 2019 aux éditions Medibang.

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Boîte à outil – Pop culture et enseignement https://www.clionautes.org/boite-a-outil-pop-culture-et-enseignement.html https://www.clionautes.org/boite-a-outil-pop-culture-et-enseignement.html#comments Sun, 07 Jun 2020 09:08:26 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21146 Cet article est le premier d’une série que j’espère utile. L’idée centrale est d’explorer les possibilités pédagogiques offertes par l’utilisation de la Culture Pop ou Culture Geek selon les présentations propres à chacun. L’idée de la « boîte à outils » va donc consister en une série d’analyses, de propositions pédagogiques qui seront autant de pistes à explorer pour les esprits curieux. Tout est basé sur mes usages, mes lectures, mes usages en classe. Des pistes de lecture seront disponibles en annexe.

Le cadre principal de cette exploration est la spécialité de HGGSP en Première et Terminale. Cette dernière fait partie de la réforme du lycée et offre un terrain de jeu que je trouve très intéressant. J’emploie à dessein l’expression « terrain de jeu » : il faut se faire plaisir, ce qui n’est pas du tout incompatible avec la rigueur intellectuelle nécessaire à tout enseignement. Ceci posé, ces pistes sont aussi exploitables en Histoire, Géographie ou EMC au collège et au lycée. Encore une fois les esprits curieux sauront construire leurs propres réflexions.

Il s’agit donc à travers ce premier article de préciser les richesses et spécificités de la « Culture Geek » et de construire une grille d’analyse, une méthode permettant d’appréhender les différentes thématiques proposées par les programmes. Dans cette perspective, je fais le choix délibéré de mettre la géopolitique au cœur des réflexions car elle mêle histoire, géographie et sciences politiques. C’est un angle d’attaque qui permet d’éviter les écueils des cours classiques en histoire-géographie ou sciences politiques façon SES, ce qui n’est absolument pas l’idée de cette spécialité. Cerise sur le gâteau, le BO précise que la géopolitique est au cœur des réflexions et que la dimension culturelle est essentielle :

L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques développe une approche pluridisciplinaire qui, pour analyser et élucider la complexité du monde, mobilise plusieurs points de vue, des concepts et des méthodes variés […] la géopolitique a une place centrale dans ce programme.

[…]

L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques prépare les élèves à la poursuite d’études dans de nombreux cursus : à l’université (histoire, géographie, science politique, droit…), en classes préparatoires aux grandes écoles, en écoles de journalisme, en instituts d’études politiques, en écoles de commerce et de management… Grâce à cet enseignement, l’élève développe en effet les compétences utiles à la réussite des études dans le supérieur : autonomie, capacité de réflexion et d’analyse, qualité de l’expression écrite ou orale, curiosité intellectuelle

Culture générale et curiosité intellectuelle vont de pair. Bien entendu, il y a les auteurs reconnus, les œuvres classiques. Mais comme rédacteur de Clio-Geek je vais aussi proposer, comme je le fais par ailleurs pour les préparations au concours des IEP en « Question Contemporaine », une approche clairement orientée vers la « Culture Geek » : les écrans au sens large, la BD, les mangas, la science-fiction, la fantasy bref tout ce qui doit permettre aux élèves et futurs étudiants de cultiver leur curiosité.

 

Culture, sous-culture, culture légitime : les bases d’une équation

 

Voici une clé essentielle du problème. De façon récurrente, notamment pour les personnes qui dénigrent la « Culture Geek », le terme de sous-culture est utilisé de façon péjorative. C’est un petit peu comme s’il était possible de définir une culture de qualité dont le reflet négatif serait constitué par  une masse de produits de consommation qui ne mériterait pas vraiment qu’on s’y attarde. On retrouve notamment ce genre de critiques contre les mangas ou leurs déclinaisons animées, comme ce fut le cas à l’époque du « Club Dorothée » dans les années 90. C’est aussi une critique récurrente contre les jeux vidéo ou même, de façon plus globale, les mondes imaginaires, même si aujourd’hui il semble largement admis dans la population et intégré à certaines approches pédagogiques.

Pour définir la « Culture Geek » ou « Culture Populaire » il est possible de cerner deux leviers principaux. Tout d’abord un effet de masse : il s’agit de toucher toujours plus de personnes, de consommateurs. De l’autre côté on retrouve une multiplicité des supports. C’est ce que Henry Jenkins a défini comme la « culture de la convergence ». Cet auteur s’est intéressé aux transformations de la culture à l’âge du numérique et notamment au concept de convergence. À travers ce dernier il montre que les produits culturels actuels formant la « Culture Populaire » empruntent divers moyens pour toucher la population. Il peut s’agir du téléphone portable, de la télévision, des livres, des jeux vidéo, etc…

Peut-on se passer dans le cadre de nos programmes de la mise en perspective de phénomènes culturels touchant la majorité des personnes, par simple opposition à une culture qui serait plus qualitative et élitiste ? Peut-on se passer de l’étude de ces groupes à la tête d’empires culturels, tel Disney, Netflix ou d’autres marques, lorsqu’on peut mesurer l’impact concret de ses œuvres dans la vie réelle ?

Il suffit de voir les références par exemple du président Trump à la série « Game of Thrones » ou de Barack Obama citant « House of Cards ». La réponse qui s’impose à mes yeux est limpide : non. Je pense qu’il est nécessaire d’ouvrir les champs culturels des élèves, de leur donner des clés pour comprendre le monde. Il ne s’agit pas de rejeter une « culture classique », bien au contraire même. Cette dernière irrigue les œuvres de Culture Geek.  Par exemple si je prends le manga de Kentaro Miura, « Berserk », une œuvre de Dark fantasy, on y retrouve une influence très claire d’œuvres beaucoup plus, entre guillemets « légitimes », telle « La Divine comédie » de Dante.

Comment utiliser ces œuvres ?

Pour faire simple on pourrait aborder cette question par le biais de 4 angles d’attaque.

On pourra voir par exemple une approche classique, que l’on retrouve notamment chez les Marxistes, consistant à dire que, un petit peu l’image de la religion, cette culture de masse est faite pour distraire les gens, pour les endormir. Ce serait donc un avatar du capitalisme pour maintenir sa position dominante.

Il est également possible de voir la culture populaire comme un miroir de la société. Il s’agirait donc, en étudiant des séries, des mécanismes de jeu vidéo, des histoires de science-fiction, de percevoir les idées-forces, les mythes des sociétés. Par exemple dans la science-fiction américaine le mythe de la « frontier », de l’exploration, ou dans les œuvres japonaises la fascination pour la modernité, par exemple à travers les œuvres de Mecha tel la série des « Gundam ».

On peut aussi pousser la réflexion encore plus loin à la suite des travaux de Michel Foucault, en empruntant les chemins de l’école « poststructuraliste ». L’idée centrale serait ici que la « Culture Geek »  accompagnerait et soutiendrait les idées du discours politique dominant. Par exemple, toutes les séries ou les films qui défendent l’intervention armée des États-Unis, ci qui est aussi perceptible dans certains jeux vidéo, soutiendrait la politique américaine post 11 septembre. Dans ce cas, il s’agirait de démonter les mécanismes de cette culture populaire et de l’aborder avec un regard très critique.

Je crois que ce qui est encore plus fascinant, en tout cas qui m’intéresse davantage encore, c’est la possibilité de voir comment ces œuvres, ces univers imaginaires, ces histoires ont pu influencer le monde réel. Est-ce que le terrain de l’élection de Barack Obama a pu être préparé d’une façon ou d’une autre par la série 24 heures chrono dans laquelle il y avait un président d’origine afro-américaine ? Est-ce que les jeux vidéo violents alimentent la violence réelle et poussent au passage à l’acte ? La façon dont on va jouer un jeu sur la démocratie peut-elle influencer notre propre pratique du vote ?

Pour utiliser ces grilles d’analyse il est nécessaire de consommer de la culture, sous toutes ses formes. Il voir lire, voir, écouter. Il est nécessaire de réfléchir à la façon dont ces œuvres ont été produites et de questionner l’audience. On peut avoir la meilleure série du monde, le meilleur jeu vidéo du monde ; si personne ne la regarde ou si personne n’y joue, l’impact sera réduit à néant.

 

Mise en application – Films et Séries comme outils pédagogiques pour découvrir la spécialité HGGSP

Il ne faut pas perdre de vue l’objectif central de la HGGSP : appliquer la méthode proposée consistant à croiser les champs de l’histoire, la géographie, la géopolitique et les sciences politiques à un thème d’actualité. Pour ce faire il est déjà possible de profiter des lumières de ce très bon exemple de l’ESCE :

Un document d’accroche plus simple peut être soumis aux élèves : une interview de Dominique Moïsi présentant chez Jean Jacques Bourdin son livre « La géopolitique des séries » :

Dominique Moïsi voit dans les séries un reflet des enjeux géopolitiques à l’instar de « Game of Thrones » qui serait une transposition du Moyen-Orient actuel, ce qui mérite très largement d’être questionné et remis en perspective.

Phase 1 – Poser les bases de la réflexion

=> Pour les élèves : sonder leurs pratiques, leurs représentations du cinéma et des séries télévisées. Lieux de production dominant, codes culturels, Netflix, thèmes, tout ce qui leur passe par la tête. Les mots sont écrits au tableau.

=> Poser une grille d’analyse : se référer à la correction proposée. Il s’agit ici de diviser entre les 4 approches, soit Histoire, Géographie, Géopolitique et Sciences politiques.

 

Phase 2 – Appliquer cette grille à des documents / dossiers

Le document 1 est une chronologie interactive sous son format .pdf, disponible en annexe.

Consigne : pour chacun des documents proposés, remplir une grille d’analyse. Dans un premier temps le document 1 est décortiqué par mes soins afin de montrer un chemin, puis les documents suivants sont étudiés par binômes avec reprise au tableau. Pourquoi ne pas partir des travaux d’élèves ? Parce que nous sommes la première semaine de septembre, qu’il fait chaud, que selon la classe les questions peuvent fuser autant que les silences et peuvent devenir pesant. Je suis donc partisan d’imprimer un rythme, quitte à lâcher la bride s’il le faut.

Doc1

 

Correction possible

Les approches sont par la suite multiples et dépendent en réalité des objectifs et intérêts de chacun. Tous ces documents sont disponibles en annexe et les sources sont précisées. Exemples d’approches (un Geek comprendrait qu’il existe donc plusieurs decks) qui sont à compléter si besoin avec d’autres documents proposés dans le Pearltrees de Clio-news :

  • Carte sur les adaptations de série : très efficace pour montrer comment les séries que les élèves pensent souvent américaines sont en réalité le fruit d’échanges beaucoup plus riches. Si l’on veut aller plus loin, il est même possible de se concentrer sur une seule série connue en français sous le titre de « Homeland ». Une activité de comparaison de générique est proposée dans l’espace Pearltrees des élèves. Le cas est très éclairant pour l’adaptation russe, « Rodina », dont le générique est une perle à exploiter comparativement au générique de « Homeland ».

 

  • Articles sur la puissance chinoise : on mettra en avant le soft power, sa capacité à investir à Hollywood, sa volonté d’imposer de nouveaux codes, la défense du système communiste etc etc. Il est aussi possible d’utiliser l’article sur la censure d’Hollywood pour mesurer le poids croissant d’un marché sur des réalisateurs qui peuvent être enclins à céder aux exigences de rentrées financières plus importantes.

Pour les plus téméraires je ne résiste pas à suggérer de s’aventurer sur les pas jouissivement geek des remakes chinois avec une perle absolue : « Mad Max Fury Road » de G.Miller devenant « Mad Shelia ». Au firmament du copier-coller avec une très belle réflexion sur le droit d’auteur vu de Chine. On peut aussi rebondir sur le nouveau Rambo, qui est chinois, qui sauve l’Afrique contre les méchants occidentaux : tout le monde aura reconnu « Wolf Warrior 2 » croisé dans le doc 1.

 

  • Dossier sur The Wire : changement d’échelle, questionnement en sciences politiques, objet d’études universitaires là aussi c’est un excellent support qui permet de sortir du jeu de puissance et de montrer d’autres acteurs, d’explorer la critique de la société américaine, la question du racisme dans ce qui est aujourd’hui l’Amérique de Trump.

 

  • Carte de l’influence de Nollywood : un peu d’exotisme pour les élèves à compléter avec les vidéos proposées. Approche qui a le mérite de sortir des considérations purement occidentales ou chinoises : le soft power du Nigéria existe et il cartonne ! À mettre en perspective avec la situation toujours instable du pays.

 

  • Article sur la géopolitique et les feuilletons turcs : ici aussi un peu d’exotisme « mais pas que ». Qui savait que la Turquie produit plus de séries et touche, selon les régions du monde, plus de consommateurs que les séries US ? Que Netflix s’est emparé du phénomène ? Que ces séries sont un véritable enjeu géopolitique au point de voir la situation en Syrie peser sur les financements des productions ? Là aussi il y a beaucoup à tirer.

 

Phase 3 – Ouvrir à la culture personnelle

 

L’approche sera ici nécessairement plus magistrale. L’objectif est de montrer aux élèves que la curiosité intellectuelle, les lectures, les recherches diverses et variées peuvent et doivent nourrir toute réflexion pour donner véritablement de la substance à la grille d’analyse définie. Ici seront mobilisées les connaissances acquises par ailleurs et c’est donc bien l’occasion de tisser des liens, à reproduire toute l’année et en Terminale, avec les enseignements du tronc commun et des passions plus personnelles. Voici quelques pistes à compléter selon vos propres approches. Bien entendu ces exemples sont aussi largement exploitables, au collège comme au lycée. Ces œuvres ne sont pas à proprement parlé « geek » et nous sommes dans une approche plus classique de l’étude aux médias via le cinéma. Ce peut d’ailleurs être une porte d’entrée avant de choisir des œuvres appartenant plus spécifiquement à la pop culture.

Le XXe siècle, porté par les révolutions technologique, s’est imposé comme le siècle de l’image et on ne peut pas dire que la tendance soit au reflux. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la place majeure du cinéma en géopolitique. Cette dernière  ne peut laisser de côté l’approche culturelle, les représentations. Si la chronologie proposée dans l’activité précédente a posé quelques jalons du temps long, il faut aller plus loin et faire quelques focus.

 

Le manichéisme est une puissante grille de lecture qu’il faut questionner avec rigueur pour en démonter les fils

 

  • Une présentation de Sergueï Eisentein qui, au nom de la propagande voulue par Staline présente de façon binaire les faits peut  tout à fait porter les élèves à sortir des sentiers battus de leurs représentations. Très souvent le cinéma hollywoodien est présenté, à raison, comme manichéen avec son happy end et ses méchants. Une étude du « Alexandre Nevski » montrerait que cette approche est rigoureusement identique. En 1938 l’autre, l’ennemi, l’Allemand, est un barbare qui ne parviendra pas à triompher de la Russie. Et puis c’est l’occasion de faire passer du Prokofiev !

On pourra aussi élargir la réflexion et questionner la rupture et la continuité. Rupture de la révolution bolchevique, continuité de la mise en valeur d’une Russie éternelle que l’on retrouvera pendant la « Grande guerre patriotique » où Staline n’hésitera pas à convoquer les héros du passé. Voir à ce sujet le nom des grandes opérations de libération type « Bagration » à l’été 44.

 

Étudier des oeuvres témoignant des bouleversements de leur époque
  • => Comme ce sera le cas pour le thème sur la Démocratie, pour étudier un système politique on peut prendre appui sur des œuvres témoins. Je pense ici au « Testament du Docteur Mabuse » de Fritz Lang pour le totalitarisme (film de 1933) tout comme d’ailleurs au « Nosferatu » de Murnau dans lequel la peste prend tout son sens dès lors que l’on remet le film dans son contexte d’une Allemagne économique dévastée des années 20 (le film date de 1922).

 

Confronter le temps long et ses représentations à travers le monde
  • => Au cœur des rapports de puissance et de l’étude des médias, aborder le cinéma de propagande sur le long terme et selon divers espaces culturels et en cherchant à sortir des sentiers battus :

« La Guerre des Empires » (2010) de Nirattisai Kaljareuk sur le nationalisme thaïlandais.

 

« Kolberg » (1945) de Veit Harlan et Wolfgang Liebeneiner, produit en pleine agonie du Reich, pure produit de propagande jusqu’au-boutiste.

 

« Naissance d’une nation » (1915) de David Wark Griffith, immense film pour appréhender la construction des représentations américaines.

Focus : une même période vue à travers des oeuvres différentes
  • => Il peut être aussi possible de prendre une période et de voir comment cette dernière est traitée par le cinéma ou les séries télévisées. On songera à la guerre du Vietnam, à celle d’Algérie, aux conflits actuels ou au second conflit mondial. Je dois dire que ce dernier présente sans doute le plus de possibilités simples à travers des questionnements multiples et d’actualité.

*traitement de la mémoire des camps dans le cinéma entre 1945 et nos jours. Les exemples sont multiples et seront abordés en profondeur en Terminale.

*étude comparée du « Jour  le plus long » et de « Il faut sauver le soldat Ryan » avec une guerre quasi joyeuse et héroïque en pleine guerre froide (1962) sous la direction de Ken Annakin et Andrew Marton et une approche plus crue et réaliste dans le film de Spielberg en 1998. Le film de guerre « made in hollywood » est à lui seul un sujet immense et accessible.

*sans doute moins connu mais tout aussi intéressant : le front de l’Est au cinéma. Mettre en relation par exemple la destruction de Varsovie à travers « Ils ont combattu pour la patrie » de Sergueï Bondartchouk et le « Insurrection » de Jan Komasa traduction française de « Varsovie 1944 ». La vision des faits illustre pleinement les tensions actuelles entre Moscou et Varsovie. Ceci peut aussi fonctionner avec la bataille de Stalingrad vue par le cinéma allemand et russe.

*Pour aborder le temps long du conflit et la question des mémoires, on peut explorer la vision allemande de la guerre et ses impacts. Pourquoi pas partir de « Generation War », la série sortie en 2013.

On y retrouve un regard sur le passé par le pays vaincu, mais aussi une ancienne puissance du cinéma qui s’ouvre de plus en plus à l’international, au point de proposer une suite au « Das Boot » de W.Petersen.

Qu’en faire ? Étudier le retour d’un soft power à l’allemande, du moins le questionner. S’intéresser à la ville de Berlin et à son rayonnement via les studios de Babelsberg. Mettre en relief les critiques vis-à-vis de la domination allemande dans l’UE actuelle, critiques économiques d’une forme d’hégémonie. Ceci pourra être abordé dans la définition de la puissance plus tard dans l’année. On peut aussi comparer les approches françaises et allemandes dans le traitement des mémoires et questionner les enjeux politiques et géopolitiques en explorant la notion de rayonnement. On pourrait aussi prendre une approche similaire avec le Japon qui produit désormais des œuvres assumant le passé et le questionnant sans pour autant que ceci soit nécessairement connu à l’étranger.

Enfin toujours pour ce conflit, on pourrait aussi s’attarder sur la vie quotidienne, sur les personnes simples et voir comment le cinéma s’est emparé de ces acteurs pris dans la tourmente. Les histoires d’amour sont à ce titre fascinantes de puissance mobilisatrice que ce soit d’une façon légère avec le « Guerre et passion » de Peter Hyams (1979), d’une façon plus dramatique avec le « Lucie Aubrac » de Claude Berri (1996), ou d’une façon simplement sublime avec Terrence Malick dans « Une vie cachée » (il sort en décembre prochain) racontant la résistance, par amour, d’un paysan autrichien face au nazisme.

 

La Science-fiction au service de l’analyse de problématiques contemporaines
  • => Dernière piste qui sort un peu plus de sentiers battus : partir d’une problématique actuelle comme le réchauffement climatique et ses conséquences et voir comment le cinéma s’en empare. Il y aurait bien entendu les films catastrophes hollywoodiens type « Le jour d’après » ce qui permettrait de questionner le rôle des acteurs, des ONG, des États, celui des Pays du Sud que l’on voit ouvrir les frontières pour accueillir les réfugiés américains dans le cas du Mexique … Nous pénétrons ici dans la partie Blockbusters chère à la « Culture Geek ».

Mais je pense plus encore à la structure narrative consistant à fabriquer un ennemi pour faire triompher le bien, ce qui reprend donc aussi le thème du manichéisme présenté plus tôt. À chaque période son adversaire : la guerre froide a charrié son lot d’adversaires communistes ou assimilés ; les Martiens de « La guerre des mondes » ou « La chose d’un autre monde » sorti en plein délire maccarthyste en 1951.

On pourrait tout à fait s’intéresser aux méchants dans James Bond pour creuser ce qu’ils nous disent de l’époque des films et des rapports de force. Mais il y a encore mieux : « Godzilla 2 » et « Avengers endgame », tous deux sortis cette année, « Endgame » concluant l’arc narratif ouvert par « Infinity war » lui de 2018, offrent une approche intéressante des problématiques actuelles. Dans les deux cas, le mal, l’ennemi suprême est intelligent, des activistes résolues appuyés par une scientifique de renom et un extraterrestre implacable et totalement réfléchi dans le cas de Thanos. Or que proposent ces deux films ? Et bien face aux délires des humains, à leur capacité à tout détruire à commencer par leur planète, autant en éradiquer une bonne partie. Pour Thanos ce sera grâce à des pierres d’infinité, pour les activistes ce sera en réveillant des monstres que Godzilla, le véritable maître de la planète, devra affronter. Là aussi le temps long et le changement d’échelle peut être percutant : ces thématiques ont été exploitées par le passé, les années 70 offrant une belle réflexion avec un « Soleil Vert » ou la Corée du Sud offrant en 2009 dans « The last day » une version plus confidentielle mais démontrant que ces questionnement ne sont pas l’apanage de l’Occident.

Il faudrait par ailleurs étudier les entrées au box office, pourquoi pas les cartographier pour mesurer l’impact potentiel sur les pays développés ou non. Bref, autant de piste qu’il appartiendra à chacune et chacun de méditer.

***

Conclusion

On le voit, les exemples sont légions. Tout au long des articles qui vont suivre je proposerai de sortir un peu des sentiers battus en utilisant à plein la pop culture. Cette séquence sur le cinéma et les séries télévisées est donc une façon de montrer aux élèves qu’il est possible d’appliquer la grille de lecture de cette spécialité à de multiples sujets et que la culture doit être utilisée sous toutes ses formes.

Prochaine aventure de cette boîte à outil : Culture Geek et Démocratie.

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Pistes de lecture

D.Peyron, Culture Geek, FYP éditions, 2013

H.Jenkins, La culture de la convergence, des médias au transmédia, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Armand Colin, 2014

J.Ditmer, Popular culture Geopolitics, and Identity, Lanham, Rowman and Littlefield, 2010

D.Jackson, Entraitainement and politics : The Influence of Pop culture on Yong adults political Socialization, New York, Peter Lang, 2009

J.Storey, Cultural Theory and Popular Culture, Routledge (8ème édition), 2018

C.Boggs and T. Pollard, The Hollywood War Machine : U.S. Militarism and Popular Culture, Routledge (2nde édition), 2017

Ressources disponibles en ligne :

https://www.culturalpolitics.net/

https://www.erudit.org/fr/revues/ps/2012-v31-n1-ps0364/1013131ar/

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https://www.clionautes.org/boite-a-outil-pop-culture-et-enseignement.html/feed 7 post_thumbnail https://www.clionautes.org/wp-content/uploads/clionautes/2020/06/mad-shelia.jpg 400 284
Table ronde Clio Geek – Festival de Géopolitique de Grenoble https://www.clionautes.org/table-ronde-clio-geek-festival-de-geopolitique-de-grenoble.html https://www.clionautes.org/table-ronde-clio-geek-festival-de-geopolitique-de-grenoble.html#comments Thu, 04 Jun 2020 08:36:28 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21105 Nous avions choisi comme titre de cette table ronde « La pop culture. Quand l’entertainment rencontre la géopolitique ». Nous sommes heureux de vous présenter à l’occasion de ce e-festival de géopolitique une table ronde que les Clionautes, enseignants partenaires pédagogique du FGG devaient animer devant un large parterre de festivaliers mais aussi de  lycéens et d’étudiants. Nous tenons à remercier l’équipe du festival pour nous avoir donné l’opportunité de nous exprimer sur un sujet novateur et encore peu défriché, au moment où  l’Education nationale avec une audace assez inattendue, il faut le reconnaître, l’introduit dans les programmes
de lycée.

La révolution numérique a été un démultiplicateur pour la culture pop, lui permettant de passer de culture de niche populaire à culture de masse de plus en plus reconnue. Cette dernière est donc fille de son temps et se pose la question de savoir si elle permet d’aborder les problématiques géopolitiques de notre monde de façon pertinente. Comme l’exploiter dans le cadre des nouveaux programmes ? Est-ce seulement une idée pertinente et, si oui, à quelles conditions ? Comment le numérique impacte-t-il le processus créatif ? En quoi est-ce un enjeu de soft power ?

 

C’est à ses questions que je convie 2 collègues membres dirigeants de l’association des Clionautes, historiens et géographes impliqués dans les usages numériques et tournés vers l’avenir. William Brou, professeur en collège et auteur de la chaine Youtube « Histoire en jeux » et Ludovic Chevassus, professeur en lycée et spécialiste de la pop culture et de son usage géopolitique.

Jean-Michel Crosnier, référent du Comité éditorial des Clionautes pour les questions de géopolitique.

 

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https://www.clionautes.org/table-ronde-clio-geek-festival-de-geopolitique-de-grenoble.html/feed 1 post_thumbnail https://www.clionautes.org/wp-content/uploads/clionautes/2020/06/f680fb32-a54a-476c-9d32-aadb271856cd.png 400 284
Les Clionautes associés à Belin pour le manuel MAX. https://www.clionautes.org/les-clionautes-associes-a-belin-pour-le-manuel-max.html https://www.clionautes.org/les-clionautes-associes-a-belin-pour-le-manuel-max.html#respond Mon, 01 Jun 2020 18:57:15 +0000 https://www.clionautes.org/?p=21060 Pour la rentrée 2020, notre association contribue aux compléments pédagogiques des manuels numériques MAX d’Histoire, de Géographie et de Spécialité, sur les trois niveaux de lycée. Le manuel MAX est une version numérique augmentée des manuels classiques et peut être choisi par les enseignants dès la rentrée prochaine.

Ce partenariat est le résultat d’une réflexion et d’une action menées depuis plusieurs mois. Si, en tant que présidente, j’ai naturellement dirigé les opérations, rien n’aurait été possible sans le dévouement, la disponibilité et le professionnalisme constant des membres du Comité éditorial.

Ce partenariat manifeste notre première contribution globale au soutien des tâches d’évaluation de l’enseignant. Nous sommes plus que jamais désireux de faciliter le quotidien professionnel des collègues, de défendre une vision exigeante de nos disciplines et surtout d’offrir aux élèves des contenus toujours plus adaptés.

Voici un certain nombre d’éléments qui vous permettront de mieux comprendre la démarche de notre association.

 

Petite histoire d’un projet et d’un partenariat

Depuis plusieurs années, les Clionautes réfléchissent aux usages offerts par le numérique. À l’occasion de la réforme du lycée et du baccalauréat, le Comité éditorial de l’association a d’abord envisagé un manuel numérique complet. Soucieux d’offrir, dès la première édition, un contenu riche et fiable techniquement, le Comité éditorial a préféré prendre le temps d’acquérir les compétences requises. Une aussi belle aventure mérite du temps.

Le Comité a alors choisi de cibler sa réflexion sur l’adaptation du numérique à l’évaluation. Nous avons dressé deux constats. Dans nos disciplines, le travail sur document occupe une place centrale. Vu que, mécaniquement, se poserait la question des droits d’auteur, notamment pour la Géographie, il fallait trouver un partenaire éprouvé en la matière. C’est une chose de produire un exercice dans un cadre restreint, c’en est une autre avec la perspective d’une large diffusion. Deuxièmement, la fin du manuel papier dans de nombreux territoires a rendu plus pressante la modernisation des manuels numériques par les éditeurs. Or, d’après nos observations, ceux-ci ont davantage porté leurs efforts vers les manuels granulaires et personnalisables. Cela va bien entendu dans le bon sens mais, finalement, l’évaluation elle-même restait encore assez marginale dans leur offre. L’occasion était belle pour les Clionautes d’agir et nous l’avons saisie.

Restait à choisir l’éditeur. Tous les cadres de l’association étant enseignants, nous avions déjà une expérience d’utilisateur de tous les manuels du marché avec nos classes. N’étant rédacteurs d’aucun d’entre eux, nous avons pu opérer une sélection sur le seul critère de la qualité de l’offre proposée. Puis nous sommes entrés en contact avec chacune des maisons sélectionnés. Après discussion avec plusieurs d’entre elles, c’est finalement avec Belin que nous avons conclu. 

Que proposons-nous ?

Notre association s’est engagée à livrer une évaluation pour le manuel Max pour chaque chapitre d’Histoire et de Géographie, de la classe de Seconde à la Terminale. Elle s’est également engagée à fournir deux évaluations par thème pour l’enseignement de spécialité d’Histoire, Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques.

Chaque évaluation, composée de moins d’une quinzaine de questions, doit durer vingt minutes pour l’élève. La correction globale menée par l’enseignant peut occuper le reste de la séance.

L’évaluation est corrigée automatiquement et son résultat, sur 20 points, peut intégrer le bulletin trimestriel au titre, selon les chapitres, d’une évaluation diagnostique de début de chapitre (mesure des connaissances et compétences préalables) ou d’une évaluation de validation des acquis (fin de chapitre).

Pour le tronc commun, le test est conçu en deux parties. Une première partie évalue la maîtrise des savoirs fondamentaux par un QCM de huit questions. Une seconde partie évalue la maîtrise de compétences autour de l’analyse documentaire. Cette seconde partie est différenciée. Les élèves qui ont obtenu un résultat moyen ou faible en première partie sont orientés vers un exercice de remédiation. Les autres sont acheminés vers un exercice avancé.

 

Objectifs et intérêt de ces évaluations

Entre l’alourdissement des effectifs, la diminution voire la disparition des dédoublements et les exigences des programmes, c’est peu dire que notre charge de travail s’accroît. Les différents exercices prévus pour les E3C (Épreuves communes de contrôle continu), que soit la réponse à une question problématisée, l’étude de document ou l’exercice cartographique, réclament une solide préparation technique. Or nous avons toujours besoin de mesurer et de valoriser pour elles-mêmes la maîtrise des connaissances et compétences fondamentales. Les évaluations des Clionautes sont là pour satisfaire ce besoin tout en permettant à chacun de concentrer son travail de correction sur la préparation aux E3C.

L’hétérogénéité croissante des classes nécessite d’adapter toujours plus nos contenus et nos pratiques pédagogiques. Nous le savons tous mais la mise en pratique n’est pas évidente. En effet, même si nous parvenons à repérer les situations de fragilité, il faut pouvoir proposer en réponse une remédiation adaptée tout en accompagnant les autres élèves. Les évaluations des Clionautes offrent des éléments de réponse. Pour les élèves qui ont obtenu des résultats faibles ou fragiles à la première partie, une seconde partie permet de retravailler les connaissances essentielles par l’analyse documentaire.

La révolution numérique ouvre des possibilités fantastiques pour nos métiers. Il existe quantité d’applications permettant de bâtir des évaluations en ligne. Le fait est que beaucoup d’entre nous sommes encore intimidés par ce genre d’exercices qui exigent, quoi qu’on en dise, un temps certain d’autoformation et de conception. Les évaluations des Clionautes dispensent l’enseignant de cette tâche en proposant des contenus finis, variés et très simples d’utilisation. Nous sommes convaincus que si les enseignants doivent s’approcher du numérique, le numérique doit aussi venir avec eux. L’appétit venant en mangeant, nous ne doutons pas que ces évaluations permettront à chacun de s’emparer de ce type d’exercice.

 

Et demain ?

Nous ne souhaitons pas en rester là. Nous bâtissons sur la durée. Belin a toujours été un interlocuteur constructif et disponible. Nous avons plusieurs axes de développement. En voici trois.

Nous souhaitons élargir la base de nos concepteurs. Notre accord s’étant conclu à la fin de l’hiver et la crise du coronavirus nous ayant rattrapés, nous avons mis à contribution une équipe resserrée de dix concepteurs déjà habitués à produire des contenus sur le site et avec une expérience sur ce type d’exercice. Pour les manuels de Terminale dont la production est échelonnée sur l’été 2020, tous les adhérents volontaires peuvent se faire connaître. Notre association est collaborative jusqu’au bout.

Nous souhaitons améliorer les performances techniques des exerciseurs. Nous avons exploité toutes les possibilités du logiciel fourni par Belin et sommes en mesure de présenter QCM, mots à relier, repérage et surlignage de texte, questions d’associations, cartes à trou, etc. Mais il faut aller encore plus loin, ouvrir de nouveaux horizons, diversifier et complexifier encore l’offre.

Nous souhaitons renforcer la différenciation des exercices. Nous avons des élèves à troubles DYS, d’autres en section européenne ou Bachibac/Abibac, etc. Nous souhaitons également que l’enseignant puisse avoir des possibilités de paramétrage plus ouvertes. Bref, les défis ne manquent pas!

Les Clionautes sont et seront là pour les relever.

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Écoles primaires : dépasser les peurs en enseignant la géographie du Coronavirus https://www.clionautes.org/ecoles-primaires-depasser-les-peurs-en-enseignant-la-geographie-du-coronavirus.html https://www.clionautes.org/ecoles-primaires-depasser-les-peurs-en-enseignant-la-geographie-du-coronavirus.html#respond Sun, 17 May 2020 20:11:06 +0000 https://www.clionautes.org/?p=20941 Mai 2020 : après deux mois de confinement, les classes viennent de rouvrir leurs portes avec inquiétude pour les uns, sérénité pour les autres, adaptation au nouveau contexte pour tout le monde. Au-delà des questions de protocole sanitaire qui ont fait l’objet de débats, parfois âpres, sur les tous premiers jours, qu’en est-il des contenus d’enseignement ?

Le Coronavirus peut constituer un sujet d’étude pertinent dans les classes et amener les élèves à penser spatialement cette pandémie et ses nombreuses causes et conséquences.

Plusieurs facteurs permettent d’étayer cette proposition que je prends ici dans le cadre du premier degré.

L’étude des questions sanitaires n’est pas nommément inscrite dans les instructions officielles mais le large paradigme de l’habiter décliné autour de verbes d’actions autorise à faire du Coronavirus un exemple parlant :

On peut convoquer l’entrée « découvrir le(s) lieu(x) où j’habite » pour interroger les espaces domestiques du confinement ; « satisfaire les besoins alimentaires » pour questionner l’un des motifs autorisés de l’attestation dérogatoire de sortie qu’est l’approvisionnement ; « se déplacer » pour visualiser la progression spatiale de l’épidémie ; « communiquer grâce à Internet » pour saisir l’adaptation des habitants au télétravail et poursuivre l’activité économique, sociale et éducative.

Les disciplines humanistes, scientifiques, artistiques et sportives ont davantage pâti de cette situation d’enseignement à distance. A la fois côté élèves et côté enseignants, la plus grande familiarité des contenus en français et en mathématiques et la plus grande facilité à les transmettre, tant pour des exercices différés que pour la classe virtuelle, a mécaniquement freiné les autres domaines. La nécessité d’une contextualisation et d’un étayage oral des disciplines comme la géographie est réelle.

Enfin, le calendrier peut apparaitre ici comme un allié : l’arrivée de la période des révisions et bilans cumulée au fait que les programmations et progressions ont été mises à mal permet d’enseigner en lien avec cette actualité qui aura marqué de jeunes esprits.

Il conviendra d’amener également prise de distance et déconstruction des discours médiatiques, ainsi que sur les modes de représentation cartographiques.

Cette réflexion sur l’enseignement de la géographie dans le premier degré vise à sortir nos collègues de ce climat anxiogène et à retrouver l’essence même de leur métier : participer à la construction de citoyens éclairés sur le monde qui les entoure.

Voir deux exemples de séances pouvant être testées en cycle 3 sur ce lien et celui-ci.

Crédit dessin: Samuel Dereuder

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Chronique géovirale n°8 – Comment le virus évolue-t-il dans un espace mondial ? https://www.clionautes.org/chronique-geovirale-n8-comment-le-virus-evolue-t-il-dans-un-espace-mondial.html https://www.clionautes.org/chronique-geovirale-n8-comment-le-virus-evolue-t-il-dans-un-espace-mondial.html#respond Tue, 28 Apr 2020 13:23:43 +0000 https://www.clionautes.org/?p=20692 Dans cette série de chroniques augmentée régulièrement, Michel Lussault, directeur de l’École urbaine de Lyon, propose une analyse de la situation liée à la pandémie de COVID-19 en suggérant d’en faire un événement anthropocène total :

https://medium.com/anthropocene2050/chroniques-géo-virales-e144c57db628

Dans les chroniques précédentes, il a été déjà souligné que le virus était « hyperscalaire », qu’il agissait à toutes les échelles en même temps.
Mais une action différenciée selon les échelles. Si la modalité de la contagion est identique partout, les conditions de déploiement, son impact sont différentes selon les échelles, locales ou nationales.
On pourrait même dire qu’il n’y a pas 2 endroits où cela se passe de façon identique…
L’espace géographique mondial est différencié : « anisotrope », de même les espaces locaux. On le voit pour la France avec la carte du surmortalité des départements. Jusqu’au quartier, voire l’immeuble.
Bien du travail pour le constater, et beaucoup à faire pour le comprendre. Mais il est clair que la différenciation est très marquée.
Pourquoi la Lombardie plus que le Piémont. Pourquoi Bergame plus que Milan ? Etc.

Hypothèse interprétative synthétique à discuter : 

5 facteurs principaux :
1- les modalités d’entrée du virus sont très différentes : il y a le rôle majeur du tourisme international et national. Ex. Une communauté au coeur des sports d’hiver de l’Idaho, et aussi les lieux de rassemblement notamment spirituels, aggravés par des super spreaders qui ont pu contaminer plusieurs dizaines d’individus au vu de leur charge virale.
2- Les taux de prévalence : âge, diabète, insuffisance respiratoire, inégalités socio-raciales, concentration d’anciens ; l’épidémie les met en évidence.
3- L’état du système de soins nationaux, qui n’ont pas eu la même résistance au virus.
4- Quelle préparation des pouvoirs publics à l’épidémie ? Quel rôle ont-ils joué dans l’accroissement ou l’affaiblissement de celle-ci ? Mais quid des sociétés ? Quelles ont été leurs réactions notamment culturelles ? Comprendre ce qui se joue entre les pouvoirs publics et les sociétés concernées.
5- La configuration géographique d’un espace et ses modalités de fonctionnement. La Lombardie est en centre urbain très interconnecté, et donc propice à la diffusion dela pandémie.

Mais rien n’est jamais simple. Ces facteurs sont relatifs et contredits pas de nombreux ex. Manhattan, plus densément urbanisé mais beaucoup moins touché que Staten Island. Plus : le type de densité et le type de relation spatiale des individus dans un espace donné va créer des différenciations.
Ces 5 facteurs forment un système explicatif possible. Mais il reste beaucoup à faire pour apprécier comment ces facteurs interagissent ensemble. La mondialisation globalise les phénomènes mais n’estompe en rien les spécificités locales et régionales.

Paradoxe bien intéressant.

Conseil de lecture : Clélia Gasquet-Blanchard géographe qui a écrit « Ebola, géographie d’une crise sanitaire », paru aux PUR  en 2017.

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