Quelle réponse a apporté le gouvernement à la précarité et à l’indépendance des jeunes chercheurs ?

Si on « creuse » la Loi LPR, on voit beaucoup de critiques se lever dans la presse, tant du côté de Libération que du côté du Monde.

Voici les principales critiques.

1.. L’effort financier est reporté aux quinquennats 2022/2027 et 2027/2032

2. Les moyens ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Certes, on envisage la création de 5000 postes mais sur 12 ans. À terme, on atteindrait péniblement 1 % du PIB pour la recherche (au lieu de 0.8 % en 2018) et on revaloriserait les carrières des chercheurs. En 2021, c’est 400 millions pour la recherche et 92 millions pour les salaires.

3. On marginalise le CNU, le Conseil National des Universités. Cette instance consultative et décisionnaire gère la carrière des enseignants chercheurs, aussi bien des professeurs des universités que des maîtres de conférences (suppression de sa qualification dans l’Article 5 de la Loi qui permet donc de recruter sans l’aval du CNU).

4. L’Article 38 remet en cause le droit de manifester avec 45.000 euros d’amende et 3 ans de prison comme sanction. Cet article a été heureusement censuré par le Conseil Constitutionnel.

« Le texte voté par le Parlement complétait le code de l’éducation pour sanctionner les intrusions dans les universités. Ce nouvel article renvoyait aux dispositions du code pénal réprimant les intrusions dans les établissements scolaires. Cet article a été censuré par le Conseil constitutionnel qui a considéré que cet article n’avait pas de lien direct ou indirect avec le texte initial (ce qu’on appelle un cavalier législatif) »

5. L’Article 4 créé des chaires de professeurs juniors mais dans une totale dépendance vis à vis de ceux qui les recrutent.

Cela permet-il de rattraper notre retard sur les pays d’Europe du Nord ? Non ce n’est pas un effort suffisant. Même Cédric Villani a voté contre en justifiant : « c’est un compromis final bâclé, qui ne rend pas justice au travail effectué ».

On remplace des CDD par des CDI de mission scientifique (Article 10), mais qui décide de donner ces CDI et sur quel choix de recherches ?

On divise les enseignants chercheurs en renforçant le financement privé et les recherches les plus « productives ».

Recherches appliquées scientifiques encore renforcées et recherches en sciences humaines encore fragilisées…

Ce projet de loi controversé suscite la défiance accrue de la communauté universitaire et scientifique. La confiance n’est pas présente !

En conclusion, la Loi LPR est avant tout une occasion manquée, elle exacerbe tensions et incompréhensions au lieu d’apaiser et elle divise les chercheurs qui resteront précaires et seront de moins en moins indépendants.

La Ministre de l’Enseignement Supérieur, Mme Vidal, a beau promettre d’optimiser et de défendre la recherche ; la majorité des chercheurs ne la croit pas et est très déçue de cette loi LPR.

PS : La Loi LPR a été votée par l’Assemblée le 17/11 2020 et a été promulguée le 24/12 2020 ;
elle est parue au JO le 26/12 2020.