Lire la lettre de Guy Môquet ?
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Synthèse des discussions (provisoire : 21 septembre 2007)

lundi 24 septembre 2007, par Caroline Jouneau-Sion

Lire aussi le dossier "Résistants et Résistances" de Daniel Letouzey

Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, la nouvelle tombe :

- http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-911007,0.html "Nicolas Sarkozy a affirmé que sa première décision, en tant que président de la République, sera "de demander au futur ministre de l’éducation nationale que cette lettre [celle de Guy Môquet] soit lue en début d’année à tous les lycéens de France"".

Aussitôt le débat s’installe sur H-francais :

Lire ou ne pas lire ?

Pour ma part, je ne lirai aucune lettre de résistant, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne.

A quoi rime cette décision ? Quel est le message ? Veut-on nous faire dire aux élèves qu’ils doivent être prêts à sacrifier leur vie pour la République ?

- le pacte germano-soviétique, parlons-en ! et causons, sans repentance, des responsabilités françaises dans icelui, plutôt Hitler que le Front populaire et tutti quanti ;

- 1945, l’épuration, Nuremberg, la guerre froide, la décolonisation ratée, l’après 1989... ou comment gâcher (relativement) une victoire contre le nazisme et se retrouver 60 ans plus tard avec (sensiblement) les mêmes questions.

(message suivant de F. Delpla, le lendemain, à propos du père de Guy Môquet, qui n’a pas été fusillé avec son fils)

Hier je voulais compléter mon message suivant lequel nous pouvions saisir au bond la balle présidentielle pour parler de choses essentielles, en me documentant sur l’ordonnateur français de la fusillade de Châteaubriant, le ministre de l’Intérieur de Vichy Pierre Pucheu, fusillé en Algérie le 20 mars 44 -et premier mort de l’épuration non sauvage.

Pour les défenseurs de Vichy cette mort fut et reste un drapeau, symbole de la collusion mafieuse entre gaullistes et communistes. Or quelle ne fut pas ma stupeur de voir que cette littérature accusait le député de Paris Prosper Môquet, présent à Alger, d’avoir fait pression sur le tribunal pour venger son fils ! Mea culpa donc : je m’étais fait, il y a très longtemps, mon petit cinéma en pensant qu’il ne pouvait qu’avoir été entraîné, avec son collègue député Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud et tous les autres, dans la décimation du communisme parisien à Châteaubriant. Prosper Môquet était donc en Algérie avec les députés dits (par les leurs) du "chemin de l’honneur" (Fajon, Rochet etc.), arrêtés pendant la drôle de guerre et que Vichy avait eu au moins l’honneur de mettre et de maintenir (à l’inverse d’un Mandel) à l’abri outre-Méditerranée (au printemps 41). Il a vécu et milité très vieux, décédant en 1986. Son parcours mérite mention, dans une démarche consistant à exposer les tenants et aboutissants historiques de l’exécution de Guy.

[Autre message, un peu plus tard : ]

Quand on est militant, on fait ce qu’on veut. Quand on est historien, on est tenu d’inscrire les faits dans un double cadre : la chronologie, et la vision d’ensemble d’une situation.

Ainsi : pas de discours historien sur le pacte g-s en faisant l’impasse sur Munich ; pas non plus si on n’évoque pas les négociations concomitantes de l’URSS avec l’Angleterre et la France.

C’est d’autant moins possible qu’en l’occurrence il y a un tireur de ficelles, parfaitement commun aux événements munichois et moscoutaires. C’est Hitler qui fait qu’il y a problème, c’est lui qui fait triompher sa solution du moment.

Désolé pour ceux qui croient qu’on ne peut s’opposer au discours de Berlière que par un discours stalinien. Staline est ici un gamin en culottes courtes tout comme Daladier et Chamberlain.

Comme l’a dit excellemment, en 1956 (en principe à propos d’autre chose, mais allez savoir avec la poésie), un stalinien repenti :

C’était un temps déraisonnable On avait mis les morts à table On faisait des châteaux de sable On prenait les loups pour des chiens Tout changeait de pôle et d’épaule La pièce était-elle ou non drôle Moi si j’y tenait mal mon rôle C’était de n’y comprendre rien

L’anticommunisme est une chose, dont on peut dire bien des choses. Aux mains de Hitler, c’est la pire des choses. Non pas en termes moraux (puisque je parle en historien) mais bien physiques et matériels : en nombre de morts et de ruines à la fin. Ne serait-ce que parce qu’à travers les communistes il vise les Juifs : embrasser le discours c’est pousser à la roue du massacre. En toute inconscience bien sûr... puisque c’est lui que très généralement on prend pour le gamin de l’histoire, le brouillon jusqu’ici chanceux qui va bien finir par trébucher (donc, par exemple, pour certains la pire faute, et la pire immaturité, serait de favoriser Moscou en étant "belliciste").

Le débat anti-historique qui prévaut jusqu’à ce jour et envahit même notre liste consiste à se renvoyer sans fin la balle : c’est vous, c’est votre camp qui a armé Hitler, sale munichois !! Non mais vous vous êtes vu, sale coco ?

Seul Churchill a gardé la tête hors du marais, et il a fini par rallier tout le monde... le temps que le problème se suicide et que les grenouilles retournent à leurs coassements.

Oui mais c’est pas juste : Churchill était un anticommuniste de la première heure, tout à fait insoupçonnable de complaisance quand il donnait la priorité au danger hitlérien. Eh oui, il fallait cela aussi sans doute.

Seul un inclassable pouvait damer le pion au plus inclassable des conquérants.

Et sous sa bannière tout le monde, des cagoulards aux communistes en passant par les socialistes de la non-intervention et du lâche soulagement, retrouve l’occasion d’abandonner ses petits calculs et de montrer ce qu’il vaut vraiment.

Restent les ruses de l’histoire : Môcquet finira-t-il en otage de l’ouverture sarkozyenne après avoir achevé son parcours terrestre en étant celui de Hitler ? La mystique dégénère plus que jamais en politique !! Mais c’est là un défi à relever par nous tous, et il est à notre portée. En voilà un gamin, un vrai, par l’âge, amoureux en attente du premier baiser d’Odette et enrôlé dans des enjeux qu’il ne peut guère analyser (à nous de le faire), tout prêt à croire non seulement que Staline a tout bon mais que les dirigeants passifs de la drôle de guerre, qui avaient arrêté son père, préparaient l’invasion hitlérienne, jugeant aussi important de faire vivre le parti que la patrie et sans doute ne distinguant guère les deux.

On peut soupçonner que dans sa lettre, ce qui a retenu l’attention de notre présidentiel paquet de nerfs (et, en amont, de son Guaino de conseiller), c’est qu’il n’est question ni de parti ni de patrie, mais uniquement, en apparence, de la famille. Pas de "camarade", pas de "vive Staline", pas de drapeau rouge... ni de tricolore (l’un sans l’autre, ce serait trop gros). En fait, la politique est tellement évidente qu’elle n’est pas dite : le parti, c’est aussi bien la voie qu’a tracée Papa (Prosper Môcquet, député et emprisonné par Daladier puis Reynaud puis Pétain) que les copains fusillés avec lui et qui ne sont autres que les communistes les plus célèbres (donc vraisemblablement les plus admirés) du lot, Tintin (Jean-Pierre Timbaud) et Michels (mais on prononce "Michel" et les distraits croient que c’est un frère ou un cousin).

La patrie n’est pas moins lisible. Guy veut que sa mort "serve à quelque chose" et que son frère soit fier de lui. Souvenirs d’école primaire, du petit tambour Bara ? On peut au moins esquisser le rapprochement (et rappeler les noces de 1789 et de 1917 que le PCF célèbre allègrement entre 35 et 39, et qui culminent dans les fêtes du cent-cinquantenaire, le 14 juillet 39). Nous pouvons d’ailleurs utiliser quelques autres textes, notamment une lettre à Herriot où Guy soulignait que son père était un ancien combattant : http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/259277.FR.php

Oui, décidément, voilà une magnifique entrée, pour causer de tous les choix qui s’offrent à nos ados, et de tous les pièges, qui n’ont guère changé tandis que les problèmes devenaient, s’il se peut, plus graves. En plus je viens d’apprendre que j’aurais des premières pour la première fois depuis longtemps. Ah c’est sûr, ils vont y avoir droit, à la lettre de Guy, le jour de la rentrée ! Et dans ce geste l’obéissance tiendra peu de place !!

- Au lycée Henri IV de Béziers, les enseignants on rédigé un texte.

Le texte est volontairement distant, n’appelle pas au boycott ni à quoi que ce soit, il donne simplement notre point de vue d’historiens sur une instrumentalisation institutionnelle de l’histoire. Je livre ce texte à titre d’exemple d’une démarche collective.

Lire le texte

Personnellement, je ne choisirai pas l’inertie, ce n’est pas dans ma nature. Je dirai simplement dans le cadre de mon enseignement en terminale que les différents régimes politiques cherchent à instrumentaliser l’histoire mais que la commémoration n’est pas l’histoire. Dans le cadre de l’étude des modèles en terminale, il y a des exemples, tout comme dans d’autres parties du programme des lycées. ( Je pense à l’installation de la République en1ere STG, ou à la troisième République en première S/ES/L, etc. En fait, cette instrumentalisation de l’histoire a eu lieu à toutes les époques. On pourrait aussi faire le parallèle entre la lecture de la lettre de Guy Môquet à l’équipe de France ( Qui a perdu contre l’Argentine juste après ), et la lecture de ce texte à une classe de terminale avant de passer le bac... ( Un peu facile non ?) Plus sérieusement, cette histoire qui m’a choqué relève de la faute de goût et aurait pu créer un incident diplomatique. Dans la pratique cela voulait dire que le rugby c’est la guerre, que les argentins sont des nazis qui vont fusiller des français résistants ? Il y a aussi une exploitation en classe de lycée sur la notion de symbole.

Bruno Modica (le 23/09/07)

- Emotion, distanciation

Christian Prior met en garde contre une histoire ancrée dans l’émotion :

Pour ma part, j’ai toujours refusé de lire les nombreuses lettres commémoratives qu’on m’a demandé de lire car je ne voulais pas confondre professeur et prédicateur ou seulement en les replaçant dans un ensemble documentaire. [...]

J’avais 17 ans quand j’ai lu la lettre de Guy Môquet pour la première fois et elle m’avait profondément bouleversé. Nul doute que des adolescents le seront aussi. A vrai dire, je ne peux la relire aujourd’hui sans émotion profonde. Mais cette émotion m’a empêché longtemps de réfléchir aux politiques des mouvements de la Résistance, leurs buts, leurs moyens etc. et je m’en veux de me laisser encore prendre. Et s’il faut parfois savoir rompre avec la loi et l’ordre jusqu’à mettre sa vie et celle des autres en jeu - mais est-ce vraiment le message que veut faire passer notre président ? - on ne peut le faire sans une réflexion profonde qui essaie donc de s’abstraire des émotions immédiates. Les lettres ou les vidéos diffusées dans les madressas d’Afghanistan ou d’Irak bouleversent ceux qui les regardent. Il leur est d’autant plus difficile de réfléchir aux buts, aux moyens et aux intérêts des camps en présence. Face à des ados sur des sujets aussi difficiles et aussi sensibles on se doit d’intervenir avec la plus extrême prudence.

Christian Prior

Jean-Louis Sève ne lirait pas cette lettre : « l’émotion rend manipulable, pas autonome »

Étant prof de collège, je ne devrais pas avoir à lire cette lettre à mes élèves, puisqu’il n’est prévu de le faire qu’en lycée. Mais dans le cas contraire, je refuserai. Peut-être lirai-je autre chose.

Ce n’est pas la célébration de la résistance qui me rebute, bien au contraire. Cette lettre, que je viens de relire (j’en avais oublié le contenu) n’est effectivement qu’une lettre très émouvante, sans message politique ni historique. C’est une lettre à sa famille d’un adolescent qui va mourir. Que ce soit de la fusillade ou du cancer, la lettre convient toujours. Il s’agit de provoquer l’émotion, pas la réflexion ; et le contenu de la lettre se trouvera largement amplifié par la solennité d’une lecture générale. S’émouvoir peut créer une opinion, mais ne permet pas de raisonner. Or je ne supporte plus guère cette tendance à privilégier l’émotion sur la raison. Celle qui conduit les journalistes du 20 h à faire un sujet "d’information" de plus de 5 min sur l’enterrement des victimes de telle catastrophe, en début de journal, comme si l’on apprenait quoique ce soit (qui a besoin de tout pour savoir la douleur de perdre quelqu’un de cher ?). Cette demande du gouvernement reflète tout à fait cette tendance ; sans malignité de sa part, je pense, il valide cet excès.

Prof d’histoire-géo et d’éducation civique, je dois m’appliquer à former les élèves à devenir des citoyens autonomes. L’émotion ne rend pas autonome, elle rend manipulable. Et que la cause soit juste ne change rien. Il n’est pas question de dénigrer l’émotivité, la compassion, l’empathie, à l’école. Seulement, le rôle de l’histoire et de l’éducation civique est d’apprendre à réfléchir, à raisonner, dans une société qui, me semble-t-il, valorise de plus en plus l’émotion. La lecture d’une lettre, ce n’est pas grand-chose ; mais pour moi c’est une fois de plus, une fois de trop.

Jean-Louis Sève

Quelle lettre lire plutôt que celle-là ?

- Lire la lettre de Guy Môquet pourquoi pas ?

Elle est très émouvante, comment ne pas être touché par l’assassinat d’un garçon de 17 ans !

L’expliquer est une autre affaire. La lettre ne contient pas de message politique direct, juste l’émotion du moment et la dignité de l’héroisme de ce jeune communiste. C’est tellement commode pour ceux qui veulent faire parler les morts ne et ne pas risquer d’être contredits. Pourquoi l’UMP ne va pas jusqu’au bout après avoir récupéré le programme du front national il peut aussi se proclamer "le parti des 75 000 fusillés" et recycler les bons vieux slogans du PCF ? Pour ma part, à côté de la lettre de Guy Môquet fusillé par les nazis, je lirai celle de Michel Manouchian arrêté par la police de Vichy.

Claude Robinot

(le ton est polémique mais encore une fois on ne convoque pas l’histoire au service d’une cause partisane que l’on essaye de masquer derrière une apparence d’unité nationale. Cette opinion n’engage que moi).

- Bruno Leroux propose quelques pistes de réflexion pour choisir une autre lettre :

Quitte à choisir une lettre d’un jeune communiste fusillé pendant la guerre, il aurait mieux valu choisir un résistant qu’un otage...Les profs qui liront cette lettre et qui se sentiront liés par le devoir de faire de l’Histoire rappelleront que Guy Môquet a été arrêté en octobre 1940, comme diffuseur d’une presse communiste qui, à l’époque, attaquait exclusivement Vichy et condamnait en bloc la guerre "inter-impérialiste" en renvoyant dos à dos Allemands et Britanniques. Il a donc été arrêté par Vichy avant que le PCF n’entre en résistance contre l’occupant, et fusillé comme otage lorsque le Parti a déclenché les premiers attentats contre les soldats allemands à l’été 1941. Cela n’empêche nullement Môquet (et ses camarades communistes fusillés avec lui à Chateaubriant) d’avoir fait preuve d’un esprit authentiquement résistant lors de leurs dernières semaines, et d’être morts en héros. Mais on ne peut ignorer que Guy Môquet fait partie des ces martyrs communistes dont la mort a été constamment instrumentalisée par le PCF pour faire oublier sa période "noire" de l’été et l’automne 40. En résumé : OUI pour lire en classe alternativement l’une ou l’autre des centaines de lettres de fusillés du recueil "La vie à en mourir", paru en 2003, mais NON pour faire précisément de Môquet le symbole de la résistance des jeunes au nazisme. Sinon, ce seront encore une fois de plus les profs que l’on enverra droit dans le mur au nom d’une énième injonction ministérielle (inutile, d’ailleurs, puisque "La vie à en mourir" a connu un succès retentissant et est déjà disponible en poche).

Bruno Leroux

Références

- A propos de Manouchian : De très nombreuses photographies de Manouchian, de son groupe et bien sûr de ’l’affiche rouge’ avec ’Manouchian’ dans http://images.google.com/imghp et Leo Ferré chantant, hélas pas sa meilleure interprétation : il n’est plus tout jeune sur dailymotion à http://www.dailymotion.com/video/xdvkv_leo-ferre-laffiche-rouge

Christian Prior

On trouvera l’affiche rouge en photo et en chanson (Ferré) ainsi qu’une biographie de Manouchian et la lettre à sa femme sur le site "Canzoni contro la guerra" (CJS)

- Autres lettres de fusillés : La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944, broché Collectif Tallandier 04/2003, ou Points Histoire, 04/2006

http://www.fondationresistance.com/pages/rech_doc/?p=cr_lecture&iIdCRLecture=35

- pour sortir des enjeux trop étroitement nationaux...

Barbara Koehn, La résistance allemande contre Hitler. 1933-1945 PUF - Politique d’aujourd’hui 2003

http://www.parutions.com/pages/1-4-7-3525.html

Daniel

Un dossier complémentaire

Dans mon lycée, le proviseur a reçu un dossier de textes pour la journée du 22/10, se sont les profs de philo qui en ont hérité (les historiens n’ont pas été convoqués)

Une lecture rapide du dossier, par dessus l’épaule de mes collègues de philo m’a permis d’y apercevoir

- la lettre de Guy Môquet
- un extrait de la bio de Sophie Scholl par Inge Scholl
- le poème "la Rose et le Réséda"
- d’autres textes de résistants à la veille de leur mort (les noms m’échappent)
- une lettre seulement celle d’un résistant italien dit "Ce sont les Français qui me livrent, mais je crie ’vive la France’, les Allemands qui m’exécutent et je crie ’vive le peuple allemand et l’Allemagne de demain".

On est loin de Manouchian !
Une caractéristique commune aucun de ces textes ne parle de la situation politique et historique, de l’émotion en vrac quand se n’est pas dans le style "vita exemplaris"
- un autre texte échappe à cette règle, celui de René Char dans les Cahiers d’Hypnos

pour vous faire une idée

http://www.education.gouv.fr/bo/2007/30/MENE0701517N.htm

Un joli aveu implicite cependant la lettre de Môquet est présentée avec un chapeau "fusillé avec ses 26 camarades" alors que le BO dit lui "22 OCTOBRE : COMMÉMORATION DU SOUVENIR DE GUY MÔQUET ET DE SES 26 COMPAGNONS FUSILLÉS "

Claude Robinot

Pour en lire davantage

Sur le web, à propos de la lettre de Guy Môquet

Références proposées par quelques co-listiers

- A propos de la lecture de la lettre de G. Môquet le 22 octobre, un gros dossier vient d’être réalisé par J P Husson sur le site Histoire et Mémoire du CRDP de Reims. Il apporte un éclairage sur le débat à propos de cette commémoration décidée par N Sarkozy, mais aussi sur G. Môquet et aussi sur les fusillés marnais. Des outils de réflexion. A consulter sur le site : http://www.crdp-reims.fr/memoire/informations/actualites/22_octobre.htm

Christine Galopeau de Almeida

- Pour alimenter le débat, le CVUH http://cvuh.free.fr/spip.php?article94

Vincent Chambarlhac

- « L’idée d’étudier un texte dans un but moral, donc politique, en quelques minutes, sans son contexte, un jour donné, est une absurdité pour qui est attaché bec et ongles à la neutralité de l’historien » écrit de son côté Hugo Billard.

http://www.lewebpedagogique.com/histoire/

Et dans la presse écrite

(liens pour les abonnés, le plus souvent...)

- L’article de JP Azéma Guy Môquet, Sarkozy et le roman national dans l’Histoire n° 323 septembre 2007

- Dans Libération, le 11 septembre 2007, Guy Môquet revu et corrigé - rebonds de Pierre Schill, C’est un pauvre cœur que celui auquel on interdit de renfermer plus d’une tendresse"". Marc Bloch

http://www.liberation.fr/rebonds/277501.FR.php

Daniel Letouzey

- Un excellent article montrant que Sarkozy n’est pas le premier à avoir utilisé la mort de Guy Môquet à des fins politiques, puisqu’il reprend même un fil tissé par les staliniens : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-927306,0.html ou http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-927306,0.html Je trouve ce texte exemplaire de ce que peuvent apporter les historiens à ce débat, il y a de quoi alimenter un travail passionnant à l’occasion de la lecture de la lettre dans les lycées à la rentrée.

Patrice Bride

Réaction à cet article : L’article de Berlière comporte ses propres excès propagandistes. D’une part,le pacte germano-soviétique transformé en alliance, et les compromissions de la direction du PCF dans l’été 40 étendues vers un aval mal défini, comme si on cherchait à toute force à les étirer jusqu’au 22 juin suivant. D’autre part, une partialité assez écoeurante et ahurissante aux dépens de Môquet.

Fusillé à 17 ans, il en avait donc 16 au moment de son arrestation. Et il se voit tout bonnement reprocher de n’avoir pas, avant celle-ci, tiré sur les Allemands ! En octobre 40 !!

Il faudrait raison garder. Les tracts qu’il distribuait au moment d’être arrêté n’appelaient pas à bouter l’Allemand, en raison du pacte, c’est vrai et c’est à dire à nos élèves, en appelant leur réflexion sur... plein de choses, Munich, l’habileté de Hitler, l’anticommunisme prioritaire de la City et de Chamblerlain, le goût stalinien pour les virages à 180°, le sommeil de Roosevelt, le lâchage de la Pologne par Pie XII... Pour autant ils ne devaient guère leur plaire, ces tracts, aux occupants, sinon pourquoi interrompre la distribution et coffrer les diffuseurs ?

Mais l’affaire se passe en France et il est symptomatique de ne pas lire, dans un tel article à propos d’une arrestation survenue le 13 octobre 40, le mot "Montoire" (la rencontre est du 24) ni l’expression "révolution nationale" (son esquisse est du 10). Abetz et Hitler ont fait mumuse avec le PCF, maintenant ils font mumuse avec Vichy, le mènent par le bout du nez vers un statut des Juifs (publié le 18 octobre), le tiennent en haleine avec une promesse de rencontre... et donnent enfin leur feu vert pour une répression anticommuniste féroce.

Enfin personne, même Berlière, ne nie que le PCF résiste après juin 41, ni que Môquet soit fusillé pour lui appartenir et lui rester fidèle. Donc en tant que résistant.

François Delpla

et un complément d’information :

- Pour compléter les informations fournies par F. Delpla, un texte élaboré par trois historiens de l’Université de Bourgogne (à laquelle appartient également Jean-Marc Berlière), refusé par Le Monde, publié dans l’Humanité du 26/6. Il s’agit de Xavier Vigna, Jean Vigreux (MCF) et Serge Wolikow (prof d’Université)

« Guy Môquet : le mythe et l’histoire », Le Monde 23 juin 2007

Comme prof d’HG je trouve en soi la polémique enrichissante, sans doute utilisable à la rentrée en histoire et ailleurs... cordialement,

Vincent Chambarlhac

- Il s’appelait Guy Môquet, il avait 17 ans. Dossier dans L’Humanité [signalé par Ph Watrelot]. dans l’article sur "Les premiers pas de la Résistance" : "Au moment où Guy Môquet est arrêté, le Parti communiste commence à sortir de son enfermement dans le schéma de la « guerre impérialiste des deux côtés » imposé par Moscou après le pacte germano-soviétique, et dont la plupart des militants restés fidèles n’ont pas connu les dérives qu’il a engendrées". http://www.humanite.fr/journal/2007-05-24/2007-05-24-851794

- Guy Môquet en toutes lettres (Edouard Launet) de même dans Google ou www.liberation.fr/transversales/grandsangles/259277.FR.php

GM est absent de l’index de L’âme de la France (Max Gallo) En une de Libé, "Cette droite qui veut tout". Daniel Letouzey

- Dans Libération de ce mardi 22 mai, page 23 "Rebonds", une contribution d’un collègue de Montpellier : "Pourquoi je en lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves à la rentrée." Claude Daussin

Et pourquoi pas en profiter pour présenter des historiens ?

A propos de la nécrologie de Norman Cohn (décédé le 31 juillet) dans le Guardian., Marc Lohez lance une idée :

[La nécrologie de NC] se termine ainsi (traduction rapide et approximative)

" Sa grandeur réside dans la façon dont il associait un profond travail de recherche universitaire et son amour de la vie ; c’est cela qui nourrissait sa critique des idéologies de la pureté et lui permettait de pointer du doigt les dangers qu’elles représentaient."

En découvrant la vie et la personnalité de l’homme au delà de l’oeuvre, je ne peux une fois de plus ne pas me poser cette question : nous enseignons une géographie et une histoire passablement vulgarisées qui passent la richesse de la recherche par les indispensables tamis des simplifications. Mais le chercheur, géographe ou historien, ne mérite-t’il pas d’être présenté aux élèves, ne serait-ce qu’une fois ?

A coté de la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet, témoignage d’une histoire personnelle inscrite dans le drame historique, j’ai bien envie de présenter rapidement la vie et l’oeuvre d’un historien à la rentrée, histoire (ah !) de ne pas en rester à une image de mémoire et d’émotion.

Mais vous, si vous aviez à présenter ainsi un géographe ou un historien en début d’année, lequel présenteriez vous ?

Marc Lohez

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