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Réflexions à propos du Congrès "Innovative Teachers", Philadelphie, novembre 2006

vendredi 17 novembre 2006, par Caroline Jouneau-Sion

Au congrès "innovative teachers" de Philadelphie se sont retrouvés environ 150 enseignants de 35 pays du monde. Chacun était invité à présenter une réalisation "innovante", j’y ai amené les hyperpaysages dont le concept a eu un grand succès (merci Christine Partoune et merci les équipes de Liège, parce que je n’ai fait que présenter leurs idées...).

J’ai été surprise cependant de voir que la technique n’était pas l’élément essentiel des échanges, malgré le sponsoring de Microsoft. En réalité, nous étions tous choisis pour notre façon de voir l’enseignement : considérer que nos élèves sont autant dignes de respect que leurs enseignants, que notre travail n’est pas de leur faire ingurgiter du savoir mais des les aider à se construire et à bâtir un savoir maîtrisé. "Hands off" est devenu le slogan ;-) : les amener à l’autonomie. Bref, une façon de voir qui est partagée par beaucoup d’enseignants, et nous aurions pu être cent mille...

Dans les projets proposés, beaucoup de travail de groupe donc, de travail en autonomie. Et les TICE là-dedans ? Elles sont des outils pour arriver aux objectifs que nous nous sommes fixés.

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"School of the Future" Philadelphie, salle de classe
Le mobilier sur roulettes permet de donner à la classe davantage de mobilité, et d’organiser le mobilier en fonction du type de travail.

Cet état d’esprit a dominé la construction de l’"école du futur" de Philadelphie. Trois ans de travaux dont deux à réfléchir au projet pédagogique, les choix de construction et d’équipement du bâtiment n’intervenant que pour mettre en oeuvre ce projet d’équipe.

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"School of the Future" Philadelphie, aperçu des conditions matérielles
Deux TBI en pleine action permettent aux élèves deprésenter leur travail, un site repéré... Pour faire des recherches en autonomie, chacun dispose d’un ordinateur portable, connecté par wifi à internet. Il manque un peu de papier et de livres... Suis-je trop romantique ?

Ce bâtiment beau comme un sou neuf est ouvert dès 6h30 et propose aux élèves de ce quartier défavorisé une salle de sports moderne, un entraîneur et le petit déjeuner. Les cours commencent à 9h15 et se terminent à 16h15. L’école, qui accueille les élèves de 14 à 17 ans, reste ouverte jusqu’à 21 heures et propose également le repas du soir, parce que nous dit-on, "c’est peut-être les seuls repas qu’ils peuvent avoir".

Les enseignants coordonnent leurs enseignements : les élèves travaillent sur un thème trimestriel (en ce moment et jusqu’à Noël "l’identité") qui est abordé sous un angle différent dans chaque matière. Nous avons eu un aperçu des contenus grâce aux notes sur les tableaux blancs : en anglais, ils travaillaient sur un poème d’E. Poe et rédigeaient leur propre poème ; en arts plastiques, une recherche sur les sites dédiés aux arts ; en physique, ils réalisaient une construction ("leur territoire" (?) ) en carton ; en géographie, une recherche sur les migrations ; en musique, un travail sur les paroles d’un rappeur et, visiblement, une comparaison avec des musiciens plus "classiques" (hum...) comme Ray Charles. Grâce à un ENT [1] et à leur ordinateur portable, qui est le seul support de leurs production (pas de papier ni de stylo - c’est discutable mais c’est comme ça), leurs productions sont sauvegardées et peuvent être partagées - ou pas. On y a vu du travail individuel, du travail de groupe dans une atmosphère de travail plutôt sérieuse, même si quelques élèves étaient visiblement en train de faire autre chose que ce qui était demandé !!!

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un tableau...
j’ai ôté de la photo la personne qui était devant. Le reste, c’est du direct !!!

Cette école ne se veut de toutes façons pas un modèle : le plus important est le processus d’élaboration : construire une école qui réponde au projet de l’équipe. Cela passe par des petits détails : du mobilier à roulettes pour davantage de souplesse dans l’organisation des classes... et par un matériel très sophistiqué : TBI [2] et video projecteurs dans toutes les salles, camera au plafond pour filmer une manip’ ou le travail d’un groupe et le diffuser sur les TBI de l’établissement, une connexion wifi...

Pour résumer, cette école est extrêmement bien équipée mais on s’aperçoit en entrant dans les classes que le matériel n’est rien sans un prof motivé qui sait mobiliser ses élèves...

Les travaux présentés participaient du même esprit :

- Un travail remarquable sur les sources de l’information était présenté par un prof Sud-africain : il faisait rédiger le journal des élèves en insistant sur les sources ; puis il faisait réaliser une émision de radio à partir des journaux créés par la classe, en insistant sur les distorsions subies par les informations dans le passage de l’écrit à l’oral ; puis il faisait réaliser un journal télé à partir des journaux et des émissions de radio, avec le même travail de comparaison. La mise en pratique en temps réel apporte ici un élément essentiel : les mécanismes médiatiques sont ici vécus par les élèves.

- Plus technique cette fois, un travail sur Helsinki (me semble-t-il) avec des téléphones portables (qui prennent la photo et la video) associés à un GPS et à une plateforme pour l’enseignement proposée par le constructeur. Les élèves font leur reportage dans la ville, avec photos, vidéos, prise de coordonnées GPS ; en rentrant, sur les ordis, ils traitent l’information : statistiques, recherche d’info, localisation sur le plan de la ville et production d’une visite virtuelle.

- Plus simplement, des profs des écoles font rédiger des contes par les enfants sur un blog, à partir de leurs dessins scannés ou, si ils disposent de tablet PC, à partir de dessins réalisés directement sur l’ordinateur. Des échanges avec skype, des présentations assistées par ordinateur (diaporamas) pour partager un travail de recherche... ou un site web compilant les dossiers réalisés par les élèves sur le tsunami.

Voir en particulier les blogs et wikis de Mrs Cassidy

Bref des tas d’idées par forcément compliquées, dans lesquelles les techniques peuvent servir de motivation, de lien entre l’école et l’extérieur, ou alors (comme pour les hyperpaysages) permettre d’appréhender une notion (le géosystème, l’écosystème) qui passe très mal sur le papier.

- Exemple ? La réalisation d’un jeu vidéo qui est par nature pluridimensionnel (espace + temps + interactivité) par les élèves, même sur papier, permet de leur faire prendre conscience de la complexité du monde dans lequel nous vivons, ou de la complexité d’un phénomène : le jeu présenté par un autre Sud-africain (ah ils sont forts ces sud-africains...) concernait le fonctionnement de l’organisme humain. Bon là d’accord, c’était un projet un peu élaboré... ;-)

A suivre, ces journées m’ont donné des tas d’idées. Oserai-je les concrétiser ?


[1] Espace Numérique de Travail

[2] Tableau Blanc Interactif

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