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Les
nouveaux programmes de Seconde en lycée : mise en oeuvre, l'étude
de cas
Par Philippe
Le Ray, formateur en formation continue, Nantes
Etant sollicité par nos chers "modérateurs" je vous propose la synthèse
de départ suivante, afin de nourrir le débat de vos contributions et réactions.
Le plan proposé est le suivant :
- le cadrage : les principales dispositions du B.O.
- les réactions ( à partir de la synthèse de la consultation -eduscol- et
des interventions sur la liste)
- les questions
1°) Le cadrage
L'étude est celle de l'occupation différenciée de la terre par les hommes,
abordée à partir de sept thèmes. Ces thèmes sont abordés de façon problématique,
au travers d'exemples choisis sur tous les continents et à différentes
échelles.
La notion d'organisation de l'espace est au coeur de l'ensemble du programme,
abordée à travers deux entrées : l'environnement et l'aménagement. La
problématique commune est celle de l'appropriation et de la gestion de
l'espace par les sociétés.
L'approche est globale dépassant les distinctions entre géo physique et
humaine, générale et régionale....
La mise en oeuvre :
- des études de cas contextualisées. Une ou deux études de cas par thème
mettant en place les problématiques nécessaires et l"apprentissage du
raisonnement géographique. Elles doivent être représentatives, définir
des enjeux, être diversifiées et contextualisées.
- elles doivent impliquer une approche multiscalaire (ce n'est pas l'étude
du même phénomène à différentes échelles, mais la démonstration qu'un
phénomène étudié à une échelle donnée ne peut être compris sans référence
à d'autre échelles)
- l'utilisation des outils géographiques : privilégier le repérage, la
lecture critique, et la mise en relation des informations ( texte intégral
B.O. 6 H.S. du 31 août 2000)

2°) Les réactions
Deux sources : la synthèse nationale de la consultation disponible sur
eduscol et les réactions des clionautes sur la liste.
La synthèse : http://www.eduscol.education.fr.disc_e/LLPEFR11.htm
Je passe rapidement sur la satisfaction majoritaire pour aborder les critiques
:
- place de la géo physique trop réduite
- place de la cartographie trop réduite
- appréhension d'une géographie systémique
- thème introductif trop complexe
- articulation du thème introd. aux autres obscure
- instrumentalisation de la géo
- études de cas répétitives et lassantes
Sur la liste les principales critiques portaient
:
- sur le principe de l'étude de cas
- sur la généralisation impossible
- sur la scientificité de la méthode
De même les analyses de manuel sont très centrés sur les études de cas
et concluent le plus souvent à l'impossibilité de trouver un cas qui brasse
l'ensemble d'un thème. Notamment elles semblent échouer à gérer les deux
sous-entrées du programme : aménagement et environnement.
D'autres voix se sont fait entendre pour défendre la démarche géographique
par étude de cas en situant leur réponse soit sur le plan épistémologique
(D Comelli, G Baudet), soit sur le plan du raisonnement géographique (P
Le Ray). De même l'importance accordée par les "critiques" de manuel aux
études de cas peuvent être lues comme une "défense et illustration" de
la méthode.

3°) Questions et pistes :
- Comment reconnaître une étude de cas ?
Il me semble qu'elle doit décrire une situation concrète. Par exemple
j'utilise ici la synthèse de D. Letouzey http://dletouzey.free.fr/peda/mg2cas1.doc
) pour moi : l'arme alimentaire, le blé; agricultures vivrières, agricultures
commerciales; nourrir 10 MD d'hommes; la Bretagne, agriculture et environnement;
les OGM; la filière porcine en Europe; la révolution verte; le café et
les relations Nord/Sud, ne sont pas des études de cas ( les co-listiers
attentifs auront remarqué que j'ai pris un exemple par manuel ;-) ). Elles
ne décrivent un exemple d'organisation de l'espace par une société, mais
se situent déjà au niveau d'une généralisation.
Cette situation concrète doit être décrite par une diversité de documents
géographiques (ou para-géographiques) : cartes, croquis, photos, images
satellitales, articles de journaux, extraits de publications de géographes,
sites Internet... permettant de croiser les approches. Le problème du
nombre de documents (5 à 10 selon M. Dardier, IPR de Rouen) me paraît
beaucoup moins intéressant que la question de leur mise en relation possible.
- Comment reconnaître une bonne étude de cas ?
C'est celle permet une problématisation, c'est-à-dire qui suscite un questionnement
chez nos élèves. Bien sûr l'enseignant fait ses choix en fonction de l'émergence
souhaité du questionnement (cf message P. Mallet). Ces questions ne doivent
pouvoir trouver une réponse que par l'apport d'outils et concepts géographiques
(mais oui, il faut un prof :-) ). Ce qui redonne du sens à la disparition
des programmes de la géo physique et humaine ès qualité.
Par exemple pour comprendre les inondations catastrophiques au Bangladesh,
il faudra faire appel en géo physique au mécanisme climatique de la mousson,
aux différences d'altitudes entre barrière himalayenne et terres basses
des deltas du Gange et du Brahmapoutre, à des notions d'hydrologie (débit,
régime, lit majeur, lit mineur...), mais aussi à des notions de géo humaine
(densités rurales, déforestation des pentes, rapports géopolitiques entre
Inde et Bangla Desh pour la question des barrages...).
L'enseignant doit tenir prêt ces outils pour répondre au questionnement
de l'élève à partir du cas étudié.
- Comment utiliser une étude de cas ?
Il apparaît que l'étude de cas qui permet de brasser tous les aspects
d'un thème est utopique, le collage d'études pour couvrir tous les aspects
menant à une généralisation l'est tout autant surtout dans le temps dont
nous disposons.
Il faut donc s'appuyer sur une démarche systémique, ou pour ceux que le
mot inquiète construire avec les élèves le schéma, l'organigramme, le
croquis, le modèle, (le chorème ?) qui permettra de comprendre les actions
et les inter-actions dans la situation étudiée.
Par exemple pour reprendre l'exemple du Bangladesh, tous les éléments
de géographie physique peuvent être rassemblés dans un schéma du "cycle
de la mousson", ceux de géographie humaine dans le "cycle du mal-développement".
La catastrophe étant alors à l'intersection de ces deux cycles qui conduisent
d'une part à l'inondation des terres basses et d'autre part à l'occupation
maximale des zones à risque. ( M.Genet peut donc trouver une réponse à
ses inquiétudes sur la transférabilité).
Ce modèle pourra alors être transposé pour analyser d'autres exemples
(mais pas d'autres études de cas) On peut alors s'intéresser au débat
épistémologique qui traverse la géographie entre "lois de l'espace" et
"contingence" (cf message D Comelli). Ou reposer la question de la causalité
en géographie ( qui est une des question passionnante, mais difficile
de l'agreg renouvelée de géo cette année). On peut aussi s'intéresser
aux effets de l'emboîtement d'échelle (Sirajganj dans le Bangla Desh,
le Bangla Desh dans les grandes plaines indo-gangétiques, les plaines
dans le sous-continent indien, le sous-continent indien en Asie ...)
- Comment faire de la géographie en seconde ?
Si votre étude de cas a fonctionné :
- vos élèves ont utilisé des supports géographiques variés pour analyser
une situation
- ils ont été obligés de faire appel à des outils et notions de géo physique
et humaine pour comprendre des situations
- ils ont fait appel à de grands raisonnements géographiques : organisation
de l'espace, réponse différenciée des sociétés, modélisation, changement
d'échelle, causalité...
Alors s'ils n'ont pas fait de géographie, ils
n'en feront jamais !!!
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