Maazrui A.A. et Wondji C.,
,
L'Afrique depuis 1935. Histoire générale de l'Afrique, volume VIII,,
UNESCO 1998, 639 p, bibliographie
Par Chantal Valensky
Il aura fallu attendre près de 10 ans entre le volume VII "L'Afrique sous la domination
coloniale 1880-1935" (1989) et le dernier volume de la collection "Histoire générale de
l'Afrique" en version abrégée, L'Afrique depuis 1935 (1998), publié sous la direction d'Ali A.
Maazrui.
Retard préjudiciable quant à l'opportunité de cette publication d'autant que la rédaction a été
arrêtée en 1989. Certes un chapitre d'actualisation (chapitre 30) et un tableau chronologique
couvrent les faits jusqu'au milieu de l'année 1997 et pallient cette lacune. Mais au regard et de
cette actualité, et du renouveau de l'historiographie contemporaine africaine, notamment à
l'égard des guerres de libération et des indépendances, cet ouvrage de 639 pages date
cruellement.
Obsolescence imputable à l'ambition du projet -dresser un tableau exhaustif de l'histoire et de
la civilisation de l'Afrique- et aux lourdeurs de la mise en œuvre de cette réalisation-fleuve -43
rédacteurs différents pour ce volume-, des chapitres rédigés par une à quatre personnalités
(politiciens, universitaires, écrivains,…). Livre-monument auquel revient la place de "lieu de
mémoire", reflet du volontarisme africain des années 60.
Cette publication fait tout de même œuvre utile, les synthèses sur l'histoire africaine étant
exceptionnelles (l'autre référence étant la Cambridge History of Africa, en 8 volumes mais qui
date aussi) et fait majeur, écrite essentiellement par des Africains.
Les trois premières sections en 14 chapitres abordent, dans des passages convenus, très
répétitifs et selon un découpage régional classique, l'histoire des colonies puis des Etats
africains de 1935 au milieu des années 80. Il faut cependant signaler le caractère synthétique
du chapitre 5, pp. 91-103, sur les concepts politiques, philosophiques et religieux des luttes de
libération (avec une insistance sur l'originalité de la pensée de N. Krumah, que l'on retrouve
d'ailleurs dans le chapitre sur la philosophie).
La section 4 en deux chapitres traite de la question-clé de la nation, des structures et des
valeurs qui la constituent. Le terme d'intégration -décliné de multiples manières- recouvre des
problèmes de fusion (d'hommes, de sociétés), de syncrétisme, d'assocation politique, régionale
tant économique que culturelle et reflète la gestation d'Etats en chantier.
La section 5 (Changements socioculturels depuis 1935) en 6 chapitres sera indispensable à
quiconque voudra s'informer des sujets littéraires, religieux, artistiques,… dans un esprit de
synthèse.
De caractère inégal, mais tout à fait exploitables, sont les sections 6 à 7 (en 7 chapitres) sur le
rayonnement international de l'Afrique. Notamment la section 6 qui en une cinquantaine de
pages propose une vision d'ensemble sur le panafricanisme à partir d'une démarche historique
classique des mouvements d'émancipation prolongée jusqu'aux problèmes de l'O.U.A. La
section 7 traitant de l'Afrique dans les relations internationales, entre les pays capitalistes,
socialistes et l'O.N.U. n'apporte que des faits généraux et reste encore très marquée par le
discours anticolonialiste, anti-impérialiste et tiers-mondiste des années 60/70. Ce qui ne peut
pas nous surprendre.
En bref. Beaucoup de regrets (entre autres, l'absence d'index, la rareté et la médiocrité de la
plupart des cartes) pour quelques satisfactions, chichement comptées (l'iconographie officielle
des officiels, quelques pans du voile consensuel soulevé sur les contradictions des mouvements
et idéologies de la libération mais aussitôt rabaissé et qu'il faut lire entre tant de lignes -à vous
donner le tournis de les référencer). Et je conviendrai avec Guillaume Lévêque des mêmes
réserves émises lors de son compte rendu du volume 5.