Ce livre n'est pas une nouvelle biographie de saint François mais un recueil de quatre articles publiés entre 1967 et 1981. Jacques Le Goff les a retravaillé, notamment du point de vue de la bibliographie.
Ce n'est pas non plus une histoire de saint François mais plutôt une histoire de la vie au temps de saint François (premier quart du XIIIe siècle).
Le premier article intitulé " Les renouvellements et pesanteurs du monde féodal " nous brosse un portrait rapide (13 pages) de la vie au début du XIIIe siècle : le défrichement, l'urbanisation et surtout la place prépondérante qu'occupe l'Église à cette époque. Jacques le Goff montre alors la création de nouveaux ordres, l'essor du mouvement canonial et la multiplicité des ecclésiastique. Bien que l'Église se structure par des conciles, elle ne peut pas faire face aux hérésies (Cathares, Vaudois, Umiliati). Cet article a l'avantage d'être clair, bref et de bien restituer la situation ecclésiastique du début du XIIIe siècle.
Le second chapitre intitulé " A la recherche du vrai saint François " est une présentation de l'homme en faisant de nombreuses références au contexte qui l'entoure (histoire, géographie, culture…). Définir saint François à partir de ses propres écrits n'est pas facile puisque le saint ne s'y est quasiment jamais raconté. Quant à ses biographes, à qui donner plus de poids, aux conventuels ou aux spirituels ? Après ces préliminaires scientifiques, Jacques Le Goff nous dresse le portrait de saint François, un jeune homme imprégné par son époque. Il nuance les propos de l'un ou de l'autre de ses biographes afin d'en dresser un portrait le plus juste, qui se rapproche d'ailleurs des études récentes qu'ont publiées Chiara Frugoni ou Jacques Dalarun. Jacques Le Goff a rédigé une biographie chronologique et thématique de saint François en s'interrogeant en conclusion (13 pages) sur la question " saint François, médiéval ou moderne ? ". Saint François était avant tout un homme de son temps qui se voulait moderne à bien des égards (lutte des classes, montée en puissance des laïcs, développement de la monnaie dans les échanges…).
Le troisième article " le vocabulaire des catégories sociales chez saint François et ses biographes " s'adresse autant à l'historien qu'au professeur de lettres. En effet, Jacques Le Goff y fait une analyse très fine des mots employés par saint François et ses biographes (Thomas de Celano, Julien de Spire, Henri d'Avranches, saint Bonaventure, Jacques de Voragine et un bénédictin allemand anonyme du monastère d'Oberaltaich en Bavière). Les nobilis et les miles sont loin d'être les seuls personnages représentés dans la société franciscaine. On y présente à la fois la société céleste, la société franciscaine et la société terrestre chrétienne. Ces catégories trouvées dans les écrits de saint François se retrouvent sous une autre forme dans les œuvres de ses biographes. Cet article permet ainsi de mi "eux appréhender la société du XIIIe siècle.
Le quatrième article est intitulé " Franciscanisme et modèles culturels du XIIIe siècle " essaie de définir quels étaient les modèles sur lesquels pouvaient s'appuyer le saint. On retrouve là les grands thèmes qui ont marqué le début du XIIIe siècle : la ville, l'argent, le travail, la société, une nouvelle Église… Jacques le Goff décline également de nombreux thèmes trouvés dans les écrits de saint François.
Ce livre traite en fait de quatre aspects de la vie au temps de saint François. Ce n'est, non pas, un ouvrage à conseiller aux seuls franciscanisants mais à toutes les personnes curieuses du début du XIIIe siècle, qui y verront là une nouvelle approche.