"La faim dans le monde" de Sylvie Brunel est à la fois un digest
efficace et un ouvrage militant. L'auteur, géographe, travaille en
effet
pour l'association ACF (Action contre la faim).
On tirera un grand profit de ces 150 pages; l'essentiel est dit en
neuf
courts chapitres, chaque fois suivis de documents: textes
fondamentaux
ou témoignages particuliers. Un petit nombre de cartes et de
graphiques
essentiels illustrent le texte.
Les deux premiers chapitres donnent les connaissances indispensables;
ils décrivent l'ampleur, la répartition géographique et donnent la
définition médicale du problème: les 800 millions d'affamés au sens
propre, la part écrasante de l'Asie et de l'Afrique (550 et 200
millions), la réapparition de la faim dans les pays riches, les
groupes
à risques (les femmes, enfants, ruraux, minorités), l'aspect souvent
sournois de la malnutrition, pas toujours aussi visible que les
enfants
biafrais au ventre ballonné et au visage de vieillard.
Les chapitres suivants montrent les liens entre la faim et le
complexe
système des problèmes du développement. Le rapport entre croissance
de
la population et développement de la production agricole est évoqué
pour rejeter le Malthusianisme: même avec 11 milliards d'êtres
humains,
il sera possible de nourrir la population, le problème étant
évidemment
celui de la répartition. Les évolutions des techniques agricoles, de
la
révolution verte aux OGM sont retracées, avec leurs conséquences
positives et/ou négatives. Les OGM sont clairement dénoncées, plus
pour
la domination économique qu'elles induisent que pour les risques
écologiques et sanitaires éventuels.
Après avoir rejeté l'illusion de la famine-catastrophe naturelle, le
livre prend un ton nettement plus militant et dénonciateur: la famine
est une arme politique: elle permet d'éliminer les groupes
d'opposants
ou d'attirer l'attention des médias et avec eux, de l'argent et des
denrées parfois détournées. Sylvie Brunel montre également la lenteur
et
les limites des grandes institutions internationales, mais elle
explique
aussi comment les ONG peuvent être prises en otage par les
gouvernement
et les chefs de guerre.
Ce livre n'a pourtant rien de décourageant: il est au contraire fort
stimulant: le potentiel agricole du monde est loin d'être
complètement
exploité, notamment en Afrique. Tous les habitants des pays en voie
de
développement pourraient manger à leur faim avec seulement 40
milliards
de dollars de plus. La faim dans le monde est un problème que l'on
pourrait vaincre: ce livre se présente aussi comme un appel à la
mobilisation des opinions publiques occidentales qui peuvent faire
bouger les choses.
Il s'achève enfin sur la dénonciation d'idées reçues: non, l'Afrique
n'est pas un continent maudit par son climat; non, l'agriculture
commerciale ne prend pas la place de l'agriculture vivrière; non, le
déversement des excédents des agricultures du "nord" n'est pas une
bonne solution à long terme; non, le réchauffement de la planète
n'est
pas forcément une mauvaise chose...